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14 août 2011 7 14 /08 /août /2011 20:41

CARS 2

Flash McQueen, la star des circuits automobiles, et son fidèle compagnon Martin la dépanneuse reprennent la route pour de nouvelles aventures. Les voilà partis pour courir le tout premier Grand Prix Mondial, qui sacrera la voiture la plus rapide du monde ! Mais la route du championnat est pleine d'imprévus, de déviations et de surprises hilarantes, surtout lorsque Martin se retrouve malgré lui entraîné dans une histoire comme il n'en arrive qu'à lui: une affaire d'espionnage international ! Écartelé entre son désir d'assister Flash dans cette course particulièrement difficile et celui de mener à bien une mission d'espionnage top secrète, Martin se lance dans un voyage bourré d'action et une course-poursuite explosive sur les routes du Japon et de l'Europe, suivi par ses amis et regardé par le monde entier. Sur la route, Flash et Martin vont vivre mille rebondissements et rencontrer de nouveaux personnages: agents secrets, redoutables méchants et adversaires décidés sur les circuits automobiles...

 

MON AVIS (vu en 3D relief)

Autant le dire tout de suite: si il est bien la suite de CARS, sorti en 2006, CARS 2 (toujours dirigé par John Lasseter mais co-réalisé par Brad Lewis) est néanmoins très différent du premier opus. Alors que le film original avait pour personnage principal Flash McQueen, bolide arrogant et sûr de lui, obsédé par le fait de gagner les courses automobiles mais qui reverra peu à peu ses priorités au contact des habitants de Radiator Springs, bled paumé dans lequel il aura malgré lui échoué suite à un incident de la route; CARS 2, lui, met en avant Martin, la dépanneuse gaffeuse avec laquelle Flash s'était lié d'amitié dans le premier épisode. Autre différence majeure: là où CARS prêchait la lenteur et l'importance de savoir prendre son temps dans un monde où tout va toujours de plus en plus vite, CARS 2, au contraire, joue à fond la carte de la rapidité; avec une intrigue qui va à 100 à l'heure du début à la fin, entraînant les personnages - et les spectateurs ! - dans une rocambolesque histoire d'espionnage, digne des meilleurs JAMES BOND (!). Les clins d'œil affluent, de l'agent 007 à MISSION: IMPOSSIBLE, les références sont aussi nombreuses que savoureuses (à ce titre d'ailleurs, l'impressionnante scène d'ouverture en est un parfait exemple). L'intrigue, si elle est sans réelle surprise, maintient habilement le suspense et offre, une fois encore, une jolie réflexion sur l'amitié; tout en délivrant une morale écologique qui, au risque d'agacer certains, demeure cependant plus que jamais d'actualité.

La réalisation fait, quant à elle, preuve d'un rythme trépidant, enchaînant les courses-poursuites et les scènes d'action à une cadence infernale sans laisser le moindre répit aux personnages et aux spectateurs, lesquels regretteront alors peut-être le rythme beaucoup plus calme - il faut bien le dire !... - du premier opus. Côté animation, si la 3D demeure assez anecdotique dans l'ensemble, elle apporte néanmoins une belle profondeur de champ aux décors et aux dessins; ces derniers étant toujours aussi magnifiques et aussi sidérants de réalisme. L'ensemble est en outre porté par une bande originale certes un peu répétitive par moments mais toutefois agréable à l'oreille, et par un doublage français (Guillaume Canet, Cécile de France, Gilles Lellouche, Mélanie Doutey, Lambert Wilson...) de qualité. Ajoutons enfin que le court-métrage VACANCES À HAWAÏ (qui, comme le veut la tradition pixarienne, précède le film) est particulièrement savoureux dans la mesure où il nous permet de retrouver, avec un plaisir non dissimulé, une partie des différents personnages du dernier film Pixar, à savoir TOY STORY 3.

Bref, sans avoir l'ingéniosité ou la maturité d'autres films du studio à la lampe (on a connu Pixar plus inspiré...), CARS 2 reste tout de même un divertissement de haute envergure; qui devrait sans problème séduire petits (attention toutefois pour les plus jeunes, qui auront peut-être un peu plus de mal à suivre et à comprendre toute l'intrigue, laquelle se révèlera sans doute un chouilla trop complexe pour eux... drôle de paradoxe pour un film qui se destine en priorité à un jeune public !), grands et autres amoureux du volant et des belles bagnoles. Vroum !...



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4 août 2011 4 04 /08 /août /2011 06:48

LES CONTES DE LA NUIT

Tous les soirs, une fille, un garçon et un vieux technicien se retrouvent dans un petit cinéma qui semble abandonné, mais qui est plein de merveilles. Les trois amis inventent, se documentent, dessinent, se déguisent. Et ils jouent toutes les histoires dont ils ont envie, dans une nuit magique où tout est possible, créant ainsi six contes qui les mèneront dans des époques et lieux divers, de l'Afrique aux Antilles, en passant par le Tibet ou encore... en pays Aztèque. Au programme donc: LE LOUP-GAROU, TIJEAN ET LA BELLE-SANS-CONNAÎTRE, L'ÉLUE DE LA VILLE D'OR, LE GARÇON TAM-TAM, LE GARÇON QUI NE MENTAIT JAMAIS et LA FILLE-BICHE ET LE FILS DE L'ARCHITECTE...

MON AVIS (vu en 3D relief)

Le mois de juillet aura vu le numérique et la 3D s'installer - enfin !... - dans le vieux cinoche de mon quartier, offrant ainsi à ses (rares...) spectateurs un joli (?) cadeau pour démarrer l'été. Pour inaugurer l'arrivée de cette nouveauté, LES CONTES DE LA NUIT me paraissait être un film tout à fait approprié, d'autant plus que les critiques globalement enjouées de la presse m'ont naturellement confortée dans cette idée. Je ne me suis pas trompée, et ait eu raison de faire une nouvelle fois confiance à mon intuition, laquelle me guide souvent vers les films qui sont susceptibles de retenir mon attention. LES CONTES DE LA NUIT marque le grand retour de Michel Ocelot (papa de KIRIKOU et AZUR ET ASMAR, entre autres...) au théâtre d'ombres chinoises, plus de dix ans après son superbe PRINCES ET PRINCESSES, qui utilisait déjà ce procédé, reprenant des courts-métrages qu'Ocelot avait alors à l'origine réalisés pour le petit écran. À ce sujet justement, il faut préciser que les cinq premiers contes proposés dans ces CONTES DE LA NUIT sont également repris d'une série télévisée créée par Ocelot, intitulée DRAGONS ET PRINCESSES (que je n'ai pas vue), diffusée sur Canal+ l'an dernier, et qui comptait au total dix courts-métrages; dont Ocelot a sélectionné les cinq qui se prêteraient le mieux au relief afin de les réunir dans ce long-métrage, pour les besoins duquel il a imaginé et écrit une sixième histoire inédite. La technique, savoureusement désuète, des ombres chinoises offre au spectateur un délicieux voyage dans le temps, le ramenant aux balbutiements du 7e Art et des premiers films d'animation. Si ce n'est que, cette fois, Michel Ocelot a décidé d'y adjoindre les progrès du cinéma moderne et d'utiliser, pour la première fois dans l'histoire de son œuvre, la technologie 3D. Passé l'effet de dépaysement, la conjugaison - quelque peu inhabituelle et atypique - de ces deux techniques radicalement différentes fonctionne parfaitement, la 3D, bien qu'assez discrète et anecdotique dans l'ensemble, donnant une vraie profondeur de champ aux décors, tout à fait fabuleux au passage. Une fois encore, donc, Ocelot nous émerveille et nous en met plein les yeux avec une animation qui, si elle est absolument magnifique sur le plan purement esthétique, est littéralement fantastique sur le plan purement artistique.

Sur le plan purement scénaristique, il est bien évident que les six contes proposés s'adressent principalement aux enfants, lesquels devraient se régaler avec des histoires qui, si elles pourront sembler très simplistes et très naïves à un public plus adulte, feront sans aucun doute le bonheur des plus jeunes; qui trouveront là matière à réfléchir et à échanger autour de récits porteurs de valeurs (paix, amour, tolérance, liberté...) fondamentales et universelles qu'Ocelot, en parfait conteur, s'efforce de transmettre par le biais de ses petits héros de papier, auxquels chaque bambin peut aisément s'identifier. Bien sûr, les contes proposés ne sont pas tous aussi aboutis et aussi réussis qu'on aurait pu l'espérer, et n'évitent pas toujours la facilité. À cela s'ajoute un doublage de qualité parfois inégale, en outre pénalisé par une réalisation qui, par moments, manque sérieusement de rythme et s'étire en longueur, faisant naître un léger sentiment d'ennui chez le spectateur. L'absence quasi totale de musique n'aide pas non plus à accrocher. Mais l'ensemble, plein de poésie et d'onirisme, est heureusement suffisamment bien fait pour captiver jusqu'à son terme.

Peut-être pas aussi féerique que ne le laissait présager son titre, LES CONTES DE LA NUIT n'en demeure pas moins un agréable divertissement, à voir en famille, avec des yeux et une âme d'enfant.



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17 juin 2011 5 17 /06 /juin /2011 12:52

Dans les années 40, condamné à perpétuité pour le double meurtre de sa femme et de l'amant de celle-ci, un jeune banquier réservé se lie d'amitié avec un vieux taulard. Une émouvante histoire d'amitié derrière les barreaux, doublée d'une ode magnifique à l'espoir.

En 1947, Andy Dufresne, un jeune banquier, est condamné à la prison à vie pour le double meurtre de sa femme et de l'amant de celle-ci. Ayant beau clamer son innocence, il est alors transféré à la prison de Shawshank, le pénitencier le plus sévère de l'État du Maine, dirigé d'une main de fer par l'implacable directeur Norton et son adjoint, le brutal capitaine Hadley. Les conditions de vie y sont d'autant plus pénibles pour Andy qu'il est bientôt victime d'agressions, lesquelles deviennent de plus en plus fréquentes et violentes au fil du temps. Il surmonte pourtant peu à peu les épreuves et se lie d'amitié avec Red, un vétéran désabusé de Shawshank, détenu depuis 20 ans...

Avis:

Pour sa première réalisation, le cinéaste Frank Darabont frappait - déjà !... - très fort avec ce très beau THE SHAWSHANK REDEMPTION adapté d'une nouvelle de Stephen King, et plus connu en France sous le titre LES ÉVADÉS (titre d'ailleurs extrêmement décrié et jugé médiocre et stupide - ce qui en même temps n'est pas tout à fait faux... - dans la mesure où il dévoile d'emblée ce que Darabont s'est forcé de nous cacher pour mieux nous surprendre avec plus tard... titre pourtant assez joli si on l'interprète différemment, dans le sens métaphorique du terme où il semble en fait traduire l'évasion de l'esprit pratiquée par les deux personnages principaux...). Lauréat de nombreuses nominations et récompenses (très justement méritées, d'ailleurs !), LES ÉVADÉS fut pourtant un cuisant échec commercial lors de sa sortie en salles, en 1994, et ce malgré des critiques alors (déjà ?...) plus que positives. Ce n'est qu'une fois sorti en vidéo - et sans doute grâce aussi, par la suite, à ses multiples rediffusions sur le petit écran - qu'il a peu à peu acquis son statut de film culte et incontournable, figurant désormais en bonne place dans les listes consacrant les meilleurs films de tous les temps... paradoxal, non ?... Mais comme on dit, ce sont les années qui font la postérité... et non l'inverse. Belle revanche en tout cas pour un film qui a été, en son temps, injustement boudé et sous-estimé et est passé quelque peu inaperçu. S'ouvrant sur un procès (ou plutôt sur un verdict), l'histoire des ÉVADÉS se situe à la fin des années 40 (en 1947, plus précisément) et narre le parcours d'Andy Dufresne, un jeune banquier réservé, doublement condamné à la prison pour les meurtres de sa femme et de l'amant de cette dernière, et incarcéré à Shawshank, le pénitencier le plus sévère de l'État du Maine. Très vite, on comprend que la question principale de l'intrigue n'est pas tant de savoir si - oui ou non - Andy est coupable, mais plutôt si il va survivre à cet effroyable endroit, où les détenus finissent par se construire eux-mêmes leur propre prison intérieure à l'intérieur même de la prison qui les retient et leur ôte tout souvenir du monde extérieur; à l'image du vieux Brooks (interprété par James Whitmore), libéré au bout de cinquante ans de détention et qui se retrouve alors dans un monde qu'il a jadis connu mais qui a depuis bien changé, et auquel il sera incapable de s'adapter, connaissant une fin plus tragique encore que ne pouvait l'être son enfermement entre quatre murs. S'étalant sur près d'une vingtaine d'années, le récit suit l'évolution d'Andy (lequel fera bientôt montre de ses talents de banquier, blanchissant notamment l'argent pas toujours très net du directeur du pénitencier; devenant ainsi ironiquement - comme il le dira justement lui-même - un hors-la-loi en prison, après avoir été honnête durant toute sa vie en liberté !...), et s'attache à dépeindre les rapports amicaux très forts qui vont peu à peu se tisser entre Andy et un vieux taulard, Red, vétéran de Shawshank, détenu depuis vingt ans; et qui deviendra au fil du temps le meilleur ami d'Andy, bien que les deux hommes aient des caractères radicalement différents et ne partagent pas toujours les mêmes idées. Chacun transformera ainsi la vie de l'autre. Résumé ainsi, le synopsis peut sembler un rien classique: quoi d'original en effet dans l'histoire de deux détenus qui vont devenir amis ?... C'est sans compter sur le génie de Frank Darabont pour donner de la profondeur et de la richesse à une histoire en vérité beaucoup plus captivante et surprenante qu'il n'y paraît; une histoire qui parle d'amitié, de rédemption, de justice, de liberté (liberté du corps, mais surtout, liberté de l'esprit...), d'évasion (évasion de l'esprit et, par la suite, du corps...); une histoire qui parle avant tout, et surtout, d'espoir. "L'espoir", affirme Andy, "est une chose en nous que rien ne peut atteindre" ("Même à Shawshank, on n'enferme pas l'espoir", peut-on lire sur l'affiche qui vous est présentée en haut de page). Ce à quoi Red rétorque: "L'espoir, c'est dangereux. L'espoir peut rendre un homme fou"; et à quoi Andy répondra plus tard: "Je crois que tout se résume en un simple choix: dépêche-toi de vivre ou dépêche-toi de mourir". Hymne à la liberté, hymne à la vie, hymne à l'espérance, LES ÉVADÉS est aussi une réflexion quasi philosophique sur la prison et sur la force de l'amitié derrière les barreaux; mais dont la véritable réussite réside dans le fait d'avoir su dépeindre - de manière très réaliste, et sans aucune complaisance - l'horreur (au propre comme au figuré) et la langueur de l'enfermement; et, par dessus tout, la longueur du temps qui passe, et qui semble s'écouler incroyablement plus lentement pour des taulards; qui doivent alors absolument, comme le dit très justement Red, s'occuper l'esprit, de n'importe quelle manière que ce soit; afin de ne pas sombrer dans la folie de l'attente interminable de la liberté ("Shawshank", dira encore Red, "on vous y enferme pour la vie: c'est justement ce qu'ils vous prennent..."). Sobre et sans artifices, la mise en scène de Darabont maintient et accroît habilement l'intérêt du spectateur du début jusqu'à la fin, aidée en cela par une musique émouvante et particulièrement inspirée de Thomas Newman; et transcendée par une interprétation lumineuse, de très grande qualité et d'une vive intensité. En tête d'affiche, le formidable et très charismatique tandem Tim Robbins/Morgan Freeman fonctionne à merveille, se donnant la réplique avec un plaisir communicatif et livrant chacun une prestation puissante; démontrant qu'ils sont tous deux littéralement habités par leurs personnages (ô combien attachants, au passage !), leur insufflant cette pointe infinie d'humanité qui les caractérisent tout au long de l'histoire et les distinguent des autres détenus; lesquels sont respectivement interprétés par William Sadler et Gil Bellows (entre autres). On retiendra également les brillantes compositions de Bob Gunton, parfaitement cynique en directeur de prison implacable et obtus (pour reprendre les mots d'Andy !); et de Clancy Brown, machiavélique à souhait sous les traits d'un gardien sadique et assez peu aimable. Œuvre phare et emblématique du cinéma américain des années 90, LES ÉVADÉS s'impose aujourd'hui comme une référence majeure du 7e Art pour tout cinéphile qui se respecte. Cinq ans après ce film, son réalisateur retrouvera de nouveau le milieu carcéral et l'univers de Stephen King pour les besoins de LA LIGNE VERTE, avec Tom Hanks.



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28 mai 2011 6 28 /05 /mai /2011 15:00

Fille aînée d'un puisatier, Patricia s'éprend d'un aviateur. Lorsque la guerre éclate, celui-ci part au front, ignorant que Patricia attend un enfant de lui. Repoussée par les parents du jeune homme, Patricia sera en outre rejetée par son propre père, lequel devra alors apprendre à faire la part des choses entre question d'honneur et d'amour.

Fin des années 1930, en Provence. Pascal Amoretti creuse des puits dans la campagne provençale. Il est veuf et père de six filles, qu'il élève dignement. Il aimerait marier l'aînée, Patricia, à son ouvrier, le brave Felipe Rambert; mais la jolie demoiselle rencontre un jour le beau Jacques Mazel, officier dans l'aviation, et se laisse séduire par ce fils de riches commerçants. Malheureusement, peu après, la Seconde Guerre Mondiale éclate et le jeune homme est rappelé d'urgence pour des manœuvres en Afrique. Découvrant qu'elle est enceinte, Patricia est rejetée par son père et se croit alors abandonnée...

Avis:

C'est toujours un plaisir que de se replonger dans l'univers à la fois tendre et pittoresque de Marcel Pagnol, toujours un plaisir que de parcourir ses chaudes collines provençales illuminées par le soleil et bercées par le doux chant des cigales et des grillons, toujours un plaisir que de retrouver ses personnages au caractère bien trempé et à l'accent du Sud bien prononcé ("avé l'accent" !); ces personnages ordinaires dont les histoires extraordinaires sont un peu les nôtres, histoires d'un quotidien fait de grandes joies et de petits chagrins, histoires de la vie, tout simplement. Écrivain hors pair, cinéaste d'exception, dialoguiste subtil jouant avec les mots (et les maux...); Marcel Pagnol aura donné au cinéma français ses lettres de noblesse, lui offrant quelques-uns de ses plus grands chefs-d'œuvre: MARIUS, FANNY, CÉSAR, bien sûr; mais aussi LE SCHPOUNTZ, REGAIN, LA FEMME DU BOULANGER; ou encore, un peu tombé dans l'oubli aujourd'hui (et c'est fort regrettable...), LA FILLE DU PUISATIER, qui date de 1940. Rare film français à avoir été tourné en pleine Occupation, LA FILLE DU PUISATIER célébrait les retrouvailles de Pagnol avec son acteur fétiche, Raimu, tout en réunissant également - pour la première et dernière fois, hélas - un trio de chic et de choc: Pagnol et Raimu, donc, mais aussi... Fernandel, dans le rôle de Felipe, le brave ouvrier et ami du puisatier Pascal Amoretti (Raimu); amoureux de Patricia (Josette Day), la fille de ce dernier et qui, malheureusement pour notre pauvre Felipe, est éprise d'un autre: Jacques Mazel (Georges Grey), aviateur et fils du riche Mr Mazel (Fernand Charpin) et de sa femme, Mme Mazel (Line Noro). De cet amour naîtra un enfant non désiré. Alors que, pendant ce temps, la guerre éclate et Patricia se retrouve seule, repoussée par son père et par les parents de Jacques, lequel est parti au front et ignore tout... De cette trame scénaristique classique et sans surprise, Pagnol - metteur en scène touché par la grâce (!) - avait tiré un long-métrage exceptionnel, dans la droite lignée de ses films précédents, tour à tour drôle et poignant, aux répliques inoubliables et à l'interprétation magistrale; prouvant et démontrant une nouvelle fois au public que les histoires les plus simples sont peut-être les plus belles et les plus fortes (émotionnellement parlant), justement parce que leur simplicité apparente n'a d'égale que leur authenticité (et leur valeur...) permanente; trouvant matière à puiser dans des réflexions vitales, à la portée universelle et intemporelle. Près de soixante-dix ans plus tard, passant pour la première fois derrière la caméra, l'acteur Daniel Auteuil s'approprie l'univers de Pagnol pour signer sa propre version de LA FILLE DU PUISATIER. Ce qui, entre nous, n'a rien de surprenant; quand on sait que c'est justement à travers l'univers du célèbre écrivain-cinéaste qu'Auteuil s'est fait connaître du grand public, en tenant le rôle d'Ugolin dans le diptyque JEAN DE FLORETTE/MANON DES SOURCES réalisé par Claude Berri en 1986 et inspiré de l'œuvre éponyme de Pagnol; et qui vaudra à Auteuil de décrocher un César du meilleur acteur. Vingt-cinq ans après cette consécration mémorable, cette nouvelle version de LA FILLE DU PUISATIER résonne donc comme un retour aux sources pour le comédien, considéré depuis comme une valeur sûre du cinéma français. Pour ceux qui, comme moi, ont vu le film original de Pagnol, on ne pourra que s'incliner en constatant la fidélité et le respect d'Auteuil envers son modèle; Auteuil proposant ici une sage adaptation, qui reprend presque mot pour mot les dialogues du long-métrage initial et se contente d'en copier/coller les scènes clés. Aucune surprise donc de ce côté-là, l'histoire n'a pas changé (et en même temps, c'est tant mieux !). Ce qui a en revanche changé, c'est l'apparition de la couleur (le noir & blanc du film initial possédait un certain charme, même si la couleur - judicieusement utilisée, au passage - met merveilleusement en valeur la beauté des paysages provençaux), la mise en scène (plutôt prometteuse pour un réalisateur débutant, et ce malgré quelques maladresses de-ci de-là), et, naturellement, l'interprétation (de qualité assez inégale dans l'ensemble, il faut bien l'avouer). Sans crainte de se frotter au jeu - inévitable - de la comparaison, Daniel Auteuil reprend le rôle du puisatier jadis tenu par Raimu, rôle qui semble lui tenir particulièrement à cœur et qu'il défend, ma foi, avec tout le talent qu'on lui connaît (se montrant tantôt dur, tendre, drôle ou émouvant); même si il est loin d'égaler son illustre aïeul. Succédant, de son côté, à Fernandel, Kad Merad compose un attachant Felipe, à l'accent du Sud certes pas toujours très crédible, mais attachant. Toute en grâce et en sensibilité retenue, la lumineuse Astrid Bergès-Frisbey prête ses traits à Patricia, la (trop !...) jolie fille du puisatier qui fera tourner la tête du beau Nicolas Duvauchelle, alias Jacques Mazel, l'aviateur un brin volage. Tous deux forment un magnifique couple, même si l'on pourra regretter le petit manque de naturel qui émane parfois du jeu d'Astrid Bergès-Frisbey, et même si l'on pourra reprocher à Nicolas Duvauchelle d'être quelque peu froid et distant dans sa manière de jouer; donnant l'impression fâcheuse de réciter son texte plutôt que de le vivre. Si il ne peut nous faire oublier Fernand Charpin (inimitable Mr Mazel), Jean-Pierre Darroussin s'en tire cependant avec les honneurs, livrant une composition simple, certes, mais plutôt juste. On ne pourra en revanche pas dire la même chose du jeu - littéralement insupportable - de Sabine Azéma (alias Mme Mazel). Surjouant à l'extrême, elle se révèle vite particulièrement agaçante et apparaît finalement comme la seule véritable erreur de casting dans une distribution par ailleurs tout à fait honnête, ce qui est somme toute assez regrettable, dans la mesure où son personnage - bien que secondaire - joue néanmoins un rôle crucial dans le déroulement de l'intrigue. Point de vue réalisation, comme je l'ai déjà noté plus haut, la mise en scène tient globalement bien la route et se révèle plutôt prometteuse pour un cinéaste en herbe; bien qu'elle ne soit pas toujours exempte de quelques faiblesses et maladresses, et bien qu'elle manque un tantinet de vie - et semble donc un peu fade - comparée à la réalisation de Pagnol. La photographie est, quant à elle, superbe, et les décors naturels retranscrivent parfaitement la beauté et le charme de la Provence. Enfin, la musique d'Alexandre Desplat touche par sa simplicité et sa délicatesse. En résumé, sans être un film parfait, cette relecture de LA FILLE DU PUISATIER a au moins le mérite de remettre au goût du jour Pagnol et son œuvre; et émeut de par la sincérité évidente avec laquelle son metteur en scène et acteur principal la revisite; lequel semble d'ailleurs avoir trouvé en Pagnol une jolie source d'inspiration, puisqu'il envisage de réadapter prochainement - toujours pour le grand écran - la mythique Trilogie Marseillaise. Comme le dit, à un moment donné, le personnage de Pascal Amoretti en parlant de sa fille: "C'est comme un trésor que le Bon Dieu m'a donné". Et bien, pour paraphraser le brave homme, et en guise de conclusion; je dirai que Pagnol, ses films, son œuvre, c'est aussi "comme un trésor que le Bon Dieu nous a donné", comme un cadeau que le cinéma nous a offert et continue de nous offrir; un cadeau que l'on déballe avec toujours le même plaisir et la même émotion. Et pour ça, merci, monsieur Auteuil, de nous le rappeler.

POUR ALLER PLUS LOIN... QUELQUES LIENS UTILES:

- À PROPOS DU FILM ORIGINAL DE MARCEL PAGNOL -

Chronique complète du film sur mon ancien blog

Une analyse détaillée de l'œuvre, de son contexte historique et de son DVD par l'excellent site DVDClassik

Fiche du film sur Wikipédia

Fiche du film sur le site officiel de Marcel Pagnol, avec photos et extrait vidéo à l'appui

- À PROPOS DU FILM DE DANIEL AUTEUIL -

Site officiel du film

Fiche du film sur Wikipédia

Fiche du film sur le site officiel de Marcel Pagnol

Secrets et anecdotes de tournage sur la fiche Allociné du film

L'interview vidéo de Daniel Auteuil par Allociné

L'interview vidéo d'Astrid Bergès-Frisbey par Allociné

- Sans oublier, bien sûr, la bande-annonce officielle qui vous est présentée ci-dessous -



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12 mai 2011 4 12 /05 /mai /2011 06:43

Deux adolescents solitaires se lient d'amitié et s'inventent un monde imaginaire pour fuir la réalité de leur vie quotidienne. Une magnifique histoire d'amitié et d'aventures, doublée d'un voyage magique dans un univers féerique. Entrez dans le fabuleux royaume de Térabithia !

Jess, garçon solitaire et introverti issu d'une modeste famille nombreuse, se lie d'amitié avec Leslie, sa nouvelle voisine, fille unique d'un couple d'écrivains; qui vient tout juste d'emménager dans la maison faisant face à celle de Jess, et en outre nouvellement arrivée dans l'école - et dans la classe - de ce dernier. Constatant rapidement, l'un et l'autre, qu'ils partagent plusieurs points communs - notamment celui d'être tous deux rejetés par leurs camarades de classe, et quelque peu délaissés par leur famille respective - Jess et Leslie sympathisent et s'inventent bientôt un monde imaginaire et secret, Térabithia, pour fuir la réalité de leur quotidien. Mais lorsque cet univers magique prend soudainement vie, les deux adolescents se retrouvent - dès lors - confrontés à des aventures plus périlleuses que ce qu'ils avaient imaginé...

Avis:

Voici un film qui gagne à être davantage connu et, plus encore, reconnu. Découvert durant les dernières fêtes de Noël au hasard d'une programmation télévisée, revu en DVD à peine un mois plus tard, LE SECRET DE TÉRABITHIA fut et restera pour moi une très bonne surprise et un énorme coup de cœur, en même temps qu'une vraie claque émotionnelle. Je dois pourtant avouer qu'en m'installant devant ma télé, je n'attendais pas spécialement grand-chose de ce film, partant simplement avec l'espoir de passer un bon moment. Ce fut finalement bien plus qu'un simple bon moment. Ce fut un moment de vie dans ma vie de spectatrice. De la même manière que l'intrigue du SECRET DE TÉRABITHIA représente un moment de vie - bien particulier - dans la vie de son personnage principal, un moment de vie qui va changer sa vie et aussi, quelque part, la vie des personnages qui l'entourent. Sorti en 2007, ce long-métrage réalisé par Gabor Csupo est en fait l'adaptation cinématographique d'un roman - BRIDGE TO TERABITHIA, ce qui signifie littéralement LE PONT DE TÉRABITHIA, titre qui a d'ailleurs été donné à ce film dans la version québécoise - de Katherine Paterson (paru une première fois en France sous le titre LE ROYAUME DE LA RIVIÈRE, puis ensuite réédité - à l'occasion de la sortie de ce film - sous le titre LE SECRET DE TÉRABITHIA), véritable best-seller outre-Atlantique et livre culte de toute une génération. Je dois pour ma part reconnaître que je n'avais jamais entendu parler de ce bouquin avant de découvrir ce film, ce film qui, je dois le dire, m'a justement donné envie de lire ce bouquin; ce que j'espère pouvoir faire... bientôt (!). Précisons également que, lors de sa sortie dans les salles obscures (en 2007, donc), LE SECRET DE TÉRABITHIA a malgré lui pâti d'une mauvaise campagne promotionnelle et d'une bande-annonce (voir la vidéo présentée en bas de page) quelque peu mensongère le faisant - à tort - passer pour un banal et naïf conte pour enfants, teinté de fantastique, d'aventures et d'héroïc fantasy; et a, de fait, été injustement (et bêtement...) boudé par un public qui s'attendait tout naturellement à voir un énième film dans la lignée, par exemple, du MONDE DE NARNIA (le plus ironiquement drôle dans tout ça, c'est que les équipes qui avaient travaillé sur les effets spéciaux de NARNIA - mais aussi du SEIGNEUR DES ANNEAUX, comme on peut l'apprendre par les différents bonus proposés sur le DVD - ont justement travaillé sur les effets spéciaux de ce film-là... amusant, non ?...). Alors qu'il n'en est rien (ou du moins, disons qu'il ne se résume pas qu'à ça). Même si LE SECRET DE TÉRABITHIA est effectivement assez proche du conte, et même si le générique de début (superbe générique, au passage !...) met justement en avant le côté merveilleux - et fantastique - du propos, ce film s'apparente plutôt - au final - à un drame humain; dans lequel le fantastique, le rêve et l'imaginaire rapprochent et consolent (le fameux pont dont il est justement question dans le titre original illustre admirablement cela, représentant - de façon symbolique et métaphorique - le pont qui sépare - ou rapproche... - le rêve de la réalité), tout en prenant corps à partir d'éléments réels, ancrés dans la réalité du quotidien des personnages (ce qui s'avère être une idée particulièrement brillante et audacieuse, il faut bien l'avouer !). LE SECRET DE TÉRABITHIA est un drame humain, qui montre, avec force et subtilité, que le rêve continue, doit continuer, de la même manière que la vie reprend et continue après un drame. Le ton dramatique (et tragique, finalement, même si l'espoir parviendra à renaître...) de l'intrigue est d'ailleurs donné dès les premières minutes, lorsque nous faisons la connaissance de Jess, le personnage principal. Adolescent solitaire, introverti, mal dans sa peau, Jess est incompris par ses camarades de classe, qui le rejettent et se moquent constamment de lui; et par sa (nombreuse !) famille, qui ne lui prête que peu d'attention, entre des sœurs aînées qui ne lui témoignent guère d'affection, une mère quelque peu débordée et un père trop souvent absent et qui, en outre, lui préfère sa petite sœur Maybelle. Jusqu'au jour où le destin place sur son chemin Leslie, sa nouvelle voisine et nouvelle camarade de classe, fille unique d'un couple d'écrivains. Bien vite, cette dernière va à son tour subir les moqueries et rejets de ses camarades... sauf de Jess, qui comprend alors que Leslie est, en quelque sorte, son alter ego féminin. Entre eux, c'est le début d'une belle et grande histoire d'amitié, qui les conduira à créer un monde imaginaire et fabuleux, Térabithia, pour fuir la réalité de leur quotidien; changeant à jamais leur vie. À partir de cette trame scénaristique plutôt classique et sans surprise (du moins, au premier abord !), le réalisateur Gabor Csupo réussit à dresser un intelligent et fascinant parallèle entre le rêve et la réalité; tout en filmant la rencontre attachante de deux adolescents à la fois si différents et si semblables, narrant avec pudeur et retenue une formidable histoire d'amitié et d'aventures, qui va se révéler beaucoup plus profonde, sombre, complexe, mais également beaucoup plus émouvante qu'on ne pouvait s'y attendre. Alternant les genres, passant du drame humain à la chronique familiale, jonglant avec les codes du traditionnel film fantastique pour la jeunesse et une symbolique mystique plus adulte, Csupo signe une œuvre sobre et sans artifices, magnifique sur le plan visuel et intellectuel, au travers de laquelle les effets spéciaux se mettent pleinement au service du scénario; et qui touche de par l'universalité et l'intemporalité de son histoire, et de par la pureté et l'intensité de la réflexion humaniste qui s'en dégage. Soutenu par une musique aux notes envoûtantes et enchanteresses (que l'on doit au talentueux compositeur qu'est Aaron Zigman), LE SECRET DE TÉRABITHIA s'appuie en outre sur une solide interprétation, parfaite depuis les premiers jusqu'aux seconds rôles (lesquels ont aussi la part belle !), et d'où se distingue tout particulièrement le jeune tandem vedette Josh Hutcherson/AnnaSophia Robb (tous deux excellents dans les principaux rôles, se complètant et se renvoyant la balle à merveille, témoignage d'une réelle complicité qui va bien au-delà de l'histoire d'amitié fictive qui réunit leurs personnages à l'écran); ainsi que, dans les seconds rôles, Robert Patrick (impressionnant en père froid et absent) et Zooey Deschanel (charmante en prof de musique plutôt cool et volontiers taquine); avec enfin une mention spéciale à la petite et adorable Bailee Madison, qui - avec un naturel plutôt sidérant pour son jeune âge - campe Maybelle, l'espiègle petite sœur de Jess. Suscitant tour à tour l'émerveillement, le rire, l'émotion, la réflexion, LE SECRET DE TÉRABITHIA est une œuvre qui détonne dans ce genre de production contemporaine; prenant le spectateur par surprise avec une intrigue à la noirceur insoupçonnée et insoupçonnable, une intrigue qui, malgré son caractère dramatique, poignant mais jamais larmoyant (il est important, encore une fois, de le souligner), nous dit de toujours garder notre esprit bien ouvert. À noter que les passionnants bonus présentés sur le DVD permettent de mieux saisir toute la richesse de la dimension à la fois symbolique, métaphorique, onirique et mystique que possède la mise en scène (et en ce sens, d'ailleurs, le commentaire audio du réalisateur est une vraie mine d'or). En résumé, et pour conclure, LE SECRET DE TÉRABITHIA est un bijou, une véritable ode au rêve, à l'imaginaire, à l'amitié et à la vie; à partager en famille et, de préférence, en VO.



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18 avril 2011 1 18 /04 /avril /2011 09:49

Le roi d'Angleterre George VI (1895-1952), père de la reine Elizabeth II, souffrait de problèmes d'élocution. Ce film raconte comment un orthophoniste peu ordinaire, Lionel Logue, parvint à le guérir. Quand la petite histoire rencontre la grande ou le récit d'une incroyable histoire vraie que l'Histoire a oubliée.

D'après l'histoire vraie et méconnue du père de l'actuelle reine Elizabeth II, qui va devenir, contraint et forcé, le roi George VI, suite à l'abdication de son frère Édouard VIII. D'apparence fragile, incapable de s'exprimer en public, considéré par certains comme inapte à la fonction, George VI tentera de surmonter son handicap grâce au soutien indéfectible de sa femme et d'affronter ses peurs avec l'aide d'un thérapeute du langage aux méthodes peu conventionnelles. Il devra vaincre son bégaiement pour assumer pleinement son rôle, et faire de son empire le premier rempart contre l'Allemagne nazie...

Avis:

Grand favori de la dernière cérémonie des Oscars, avec un total record de 12 nominations (pour finalement 4 statuettes remportées: meilleur film, meilleur réalisateur, meilleur acteur et meilleur scénario original), LE DISCOURS D'UN ROI (THE KING'S SPEECH), succès surprise de ce premier trimestre 2011, est sans nul doute à classer parmi les meilleurs films de ce début d'année, et, tout simplement, parmi les meilleurs films du moment. Situé dans l'Angleterre des années 30, LE DISCOURS D'UN ROI narre l'histoire vraie (et cependant méconnue, parce qu'oubliée...) du prince Albert (Bertie), duc d'York, qui sera malgré lui précipité sur le trône suite à l'abdication de son frère Édouard VIII (lequel préféra l'amour d'une femme deux fois mariée et divorcée, ce qui était naturellement très mal vu par la société de l'époque; et en outre totalement contraire au protocole) et deviendra roi sous le nom de George VI. Souffrant d'une forme sévère de bégaiement, George VI devra se tourner vers un orthophoniste pour soigner son mal afin de pouvoir assurer pleinement ses fonctions (et ses obligations...) de souverain. Ou plutôt un thérapeute du langage aux méthodes peu ordinaires et au caractère bien trempé, peu impressionné par le fait que son patient - qui deviendra peu à peu son ami - soit prétendant à la couronne: Lionel Logue, australien d'origine et acteur raté de son état, qui a fait de sa vocation manquée une véritable institution du langage et de la parole. Si LE DISCOURS D'UN ROI touche autant, c'est peut-être parce qu'il est - bien au-delà de la simple évocation biographique, bien au-delà de la simple chronique historique - le portrait bouleversant d'un homme tourmenté et à fleur de peau, d'un homme en proie à ses démons et à ses blessures secrètes, et qui devra trouver au plus profond de lui-même le courage et la force d'affronter ses peurs, pour finalement accomplir la tâche dont il a été chargée. Un homme qui devra d'abord retrouver confiance en lui pour acquérir la confiance de ses pairs... et de son peuple. Sobre et plutôt classique, la mise en scène de Tom Hooper bénéficie d'une reconstitution très soignée et est en outre soutenue par la bande originale enchanteresse du compositeur français Alexandre Desplat (nominé aux Oscars), qui signe ici une partition inspirée, toute en délicatesse et en émotion contenue; et à laquelle viennent s'ajouter de grands morceaux de musique classique, parmi lesquels la fameuse Symphonie n°7 de Beethoven, qui semble n'avoir jamais été aussi belle que dans ce film. Les dialogues, parsemés d'un humour typiquement british des plus savoureux, rendent le propos d'autant plus intéressant et attrayant à suivre que le contexte historique de l'époque - si il peut dans un premier temps paraître complexe - est en fait très bien expliqué et retracé, sans pour autant que cela ne tourne à la leçon d'Histoire, donnant au contraire une valeur quasi documentaire au récit. La qualité exceptionnelle de l'interprétation (Colin Firth, Geoffrey Rush, Helena Bonham Carter, Guy Pearce...) ne fait qu'ajouter à la réussite incontestable de cette œuvre passionnée et passionnante, aux allures de classique instantané, qui s'avère également être une pertinente réflexion symbolique (presque métaphorique) sur la monarchie et, surtout, sur la force du langage et de la parole et, par dessus tout, sur le pouvoir de la communication. Réflexion qui atteint des sommets lors du flamboyant et tant attendu discours final qui donne son titre au film, magnifique de lyrisme et d'intensité, et qui laisse littéralement le spectateur pantois et... sans voix.



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18 février 2011 5 18 /02 /février /2011 13:34

Dans les années 90, un douanier belge francophobe se voit contraint de faire équipe avec un français, au moment de la construction de l'Europe et de la suppression des frontières franco-belges.

1er janvier 1993: passage à l'Europe. Deux douaniers, l'un belge, l'autre français, apprennent la disparition prochaine de leur poste de douane situé dans la commune de Courquain France et Koorkin Belgique. Francophobe de père en fils et douanier belge trop zélé, Ruben Vandevoorde se voit contraint et forcé d'inaugurer la première brigade volante mixte franco-belge. Son collègue français, Mathias Ducatel, considéré par Ruben comme son ennemi de toujours, est secrètement amoureux de sa sœur. Il surprend tout le monde en acceptant de devenir le co-équipier de Vandevoorde et de sillonner avec lui les routes de campagnes frontalières à bord d'une 4L d'interception des douanes internationales...

Avis:

Trois ans après le phénomène BIENVENUE CHEZ LES CH'TIS et ses 20 millions d'entrées, on attendait Dany Boon (et son nouveau film...) au tournant. Il nous revient donc aujourd'hui avec RIEN À DÉCLARER, nouvelle comédie satirique archi-attendue et troisième réalisation de l'acteur/humoriste, qui - à l'instar des CH'TIS - se joue encore une fois des clichés et des préjugés; prenant pour toile de fond le racisme, sous toutes ses formes et dans toute son absurdité. Le racisme: un sujet ô combien cher à Dany Boon, puisque RIEN À DÉCLARER est un film en partie autobiographique, au travers duquel le cinéaste lance un hymne vibrant à la différence et à la tolérance, tout en restant fidèle à son univers. À l'instar donc des CH'TIS, RIEN À DÉCLARER est une œuvre partant d'une démarche très personnelle, très intime; et, de fait, très sincère, ce qui rend le propos - aussi simple soit-il - d'autant plus touchant, généreux, sensible et attachant. Concernant le scénario, inutile effectivement de s'attendre à quelque chose de grandiose ou de novateur: le récit est tout ce qu'il y a de plus simpliste, narrant les démêlés et mésaventures comiques d'un douanier wallon farouchement francophobe et de son homologue hexagonal, qui, à l'époque de la fin des frontières et de la construction de l'Europe, doivent faire équipe malgré eux et vont, du même coup, se retrouver embarqués dans une intrigue policière prévisible, mais amusante. Forcément, au terme de cette collaboration forcée, notre douanier wallon farouchement francophobe va revoir ses jugements à la hausse, apprenant peu à peu à apprécier son homologue hexagonal que le destin lui a - malgré lui !... - adjoint; même si, au final, le regard général qu'il porte sur le monde et sur les étrangers aura assez peu évolué, bien que l'espoir perce à travers les yeux de son fils... Une histoire très classique et très attendue, en somme, mais qui a le mérite d'éviter le happy ending facile et retient habilement l'attention du spectateur dans la mesure où elle traite - avec humour et causticité - d'une forme de racisme qui ne se voit pas, à première vue... quelle différence en effet entre un belge et un français, physiquement parlant ?... C'est là toute la force et toute l'originalité du propos, lequel se trouve donc assorti d'un efficace plaidoyer contre le racisme, doublé d'une ode lumineuse à la différence et à la tolérance. En résumé, si il ne brille pas spécialement par l'originalité de son scénario, RIEN À DÉCLARER brille en revanche par la qualité de son interprétation, savoureuse à tous les niveaux, dans les premiers comme dans les seconds rôles. Plus en forme que jamais, Benoît Poelvoorde (dont je suis pourtant loin d'être fan !) se livre à une composition désopilante et explosive, se glissant avec plaisir et talent dans la peau du douanier belge raciste et irascible, sans cesse au bord de la crise de nerfs; donnant ainsi vie à un personnage à la De Funès, odieux et particulièrement antipathique, mais cependant plus attachant qu'il n'y paraît. À ses côtés, Dany Boon endosse l'habit du clown blanc, pour un rôle tout en tendresse, sensibilité et candeur; qui n'est pas sans rappeler les personnages jadis incarnés par Bourvil. De Funès/Bourvil: on retrouve un peu de ce duo dans le tandem Poelvoorde/Boon, même si ces deux derniers - qui s'en donnent d'ailleurs à cœur joie et se renvoient admirablement la balle - sont encore loin d'égaler leurs aînés. Les seconds rôles ne sont pas non plus en reste, et on retiendra notamment les croustillantes prestations de Karin Viard, François Damiens, Julie Bernard, Laurent Gamelon et Bruno Lochet (pour ne citer qu'eux). Point de vue mise en scène, rien d'extraordinaire à signaler, hormis un superbe générique de début représentant la Terre en train de tourner sur elle-même et autour des autres planètes; ainsi que des gags plutôt hilarants dans l'ensemble, et des répliques pour le moins cinglantes, sans oublier la belle bande son du compositeur Philippe Rombi. Un bémol, toutefois: là où BIENVENUE CHEZ LES CH'TIS avait su faire rire sans grossièreté ni vulgarité gratuites, RIEN À DÉCLARER, lui, s'enfonce parfois dans un humour de bas étage et des gags lourdingues (sans parler de certains dialogues pas toujours très fins...), ce qui gâche un peu le plaisir, d'autant que le récit souffre en outre de quelques longueurs et autres petits temps morts, qui auraient certainement pu être évités. Un bémol certes regrettable, mais néanmoins tout à fait pardonnable; dans la mesure où, globalement, on rit quand même beaucoup et on passe un agréable moment de détente, en compagnie d'un duo d'acteurs réjouissant et irrésistible. Bref, pas de doute possible: en cette morne période hivernale, RIEN À DÉCLARER s'impose incontestablement comme LE divertissement familial par excellence, sympathique et sans prétention. À voir.



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10 février 2011 4 10 /02 /février /2011 10:59

Un ouvrier américain, une journaliste française et un enfant londonien vont être confrontés à la Grande Faucheuse de différentes façons. Touchés par la mort, ils seront changés pour la vie.

AU-DELÀ est l'histoire de trois personnages hantés par la mort et les interrogations qu'elle soulève. George est un américain d'origine modeste, affecté d'un "don" de voyance qui pèse sur lui comme une malédiction. Marie, une journaliste française, a été confrontée à une expérience de mort imminente qui l'a durablement bouleversée. Et quand Marcus, un jeune garçon de Londres, perd l'être qui lui était le plus cher et le plus indispensable, il se met désespérement en quête de réponses à ses interrogations. George, Marie et Marcus sont guidés par le même besoin de savoir, la même quête. Leurs destinées vont finir par se croiser et se rejoindre. Ensemble, ils vont tenter de répondre au mystère de l'Au-Delà...

Avis:

Ceux qui connaissent déjà - au travers de mon ancien blog - l'admiration et le respect que j'ai, depuis toujours, envers Clint Eastwood et envers, surtout, son travail; trouveront peut-être, après lecture de cette chronique, que je suis trop généreuse ou que je manque vraiment de recul et, par conséquent, d'objectivité. Il est vrai, je ne dis pas le contraire, que le nom d'Eastwood influence forcément un peu mon avis par rapport à ce film, qui a été littéralement (et injustement, à mes yeux...) démoli par la critique. Mais dire que je me base uniquement sur un nom pour juger un film est, en revanche, totalement faux. L'admiration et le respect que je porte envers Eastwood ne m'empêchent pas de penser et de dire que, au cours de sa longue carrière, il n'a pas toujours fait que des chefs-d'œuvre... loin de là. Cependant, à la différence de nombreux autres acteurs/réalisateurs, Eastwood n'est pas quelqu'un qui triche avec son public, et chacun de ses films (même les moins réussis) témoigne toujours d'une vraie sincérité, d'une vraie authenticité; de la part d'un artiste qui n'a jamais cessé de casser son image et d'en jouer, sans crainte de filmer ses propres failles et ses propres défauts; apparaissant finalement, non pas comme un héros, mais comme un homme, dans tout ce qu'il a de meilleur... et de pire. De fait, c'est à nouveau cette sincérité qui transparaît au travers de l'intrigue d'AU-DELÀ (HEREAFTER, pour le titre original), dernier opus Eastwoodien, qui a rencontré un succès plutôt mitigé lors de sa sortie en salles aux États-Unis, en octobre dernier; et n'a guère été épargné par la critique française, laquelle l'a descendu en flèche au moment de sa sortie, voici trois semaines. Mais pourquoi tant de haine, ai-je envie de dire face à tout cet acharnement négatif ?... Certes, AU-DELÀ n'est pas, loin s'en faut, un film parfait. Il n'est certainement pas non plus le meilleur film de son célèbre auteur. Mais il n'est pas non plus, à mon humble avis, le navet tant décrié dans certaines critiques. Disons simplement qu'AU-DELÀ est un film un peu à part dans l'œuvre du grand Clint, un film singulier et atypique faisant figure d'OVNI dans l'œuvre déjà surprenante d'un artiste qui aime surprendre et se surprendre, n'hésitant pas pour cela à alterner les genres de film en film; preuve de la belle maturité qu'il a peu à peu acquise au fil des années. Disons simplement qu'AU-DELÀ, sans être un chef-d'œuvre, est un film qui regorge de bonnes et de... moins bonnes (je ne dirai pas mauvaises, car le mot est trop fort à mon sens, et ne convient pas vraiment) idées. Commençons d'abord, si vous le voulez bien (!), par faire le point sur les bonnes idées et les qualités (car oui, il y en a !...) d'AU-DELÀ. Tout d'abord, premier point fort, le scénario en lui-même (évidemment !); qui ne peut que séduire et captiver l'attention; dans la mesure où il aborde un sujet délicat, aussi audacieux qu'ambitieux, aussi courageux que périlleux. Un sujet fort (et tabou ?...), traité avec sobriété par un Eastwood qui se met encore à nu face à son public, livrant en fait ici ses propres angoisses et ses propres interrogations face à la mort et face au mystère de l'Au-Delà (si Au-Delà il y a, cela va de soi !...). En ce sens, il faut naturellement souligner le choix judicieux opéré par Eastwood, qui a le mérite de ne pas abuser des effets spéciaux ou d'autres effets de mise en scène, se contentant simplement de montrer l'Au-Delà tel qu'on se le représente habituellement, dans notre imaginaire... à savoir, un grand tunnel de lumière, d'où surgissent les silhouettes de nos chers disparus. Il est d'ailleurs intéressant, et particulièrement bouleversant, de constater, au travers de ce drame métaphysico-fantastique teinté de surnaturel, à quel point nos morts comptent dans nos existences de vivants; à quel point il est difficile de surmonter l'absence, à quel point aussi il est difficile (pour ne pas dire impossible) de remplacer l'irremplaçable, de remplacer l'être cher. AU-DELÀ illustre admirablement tout cela, de la plus sobre et de la plus poignante des manières, sans chercher à flirter avec le larmoyant facile (même si il s'y frotte parfois, involontairement...), par l'entremise d'un scénario qui a en outre le mérite de ne pas avoir de parti pris, exposant simplement des idées sans chercher à les présenter comme des vérités absolues... un scénario qui a le mérite de soulever des questions complexes sans apporter de réponses précises, laissant le spectateur libre de répondre lui-même, selon ses propres convictions et ses propres croyances. Deuxième point fort (dont on a longuement parlé - à juste titre - dans de nombreuses critiques), c'est bien sûr cette magnifique scène d'ouverture (incontestablement la plus belle scène de ce film, mais aussi l'un des plus beaux débuts de toute l'histoire du cinéma), impressionnante, saisissante, déchirante; qui restitue avec intensité la force dévastatrice, meurtrière et apocalyptique de cette terrifiante catastrophe naturelle que peut être un tsunami... cette scène - palpable - nous fait véritablement prendre conscience de ce qu'a dû affronter l'Asie du Sud Est, ce jour maudit du 26 décembre 2004 (autre mérite d'AU-DELÀ, c'est qu'il puise une partie de son inspiration dans plusieurs faits réels; donnant à l'intrigue une toute autre dimension et une toute autre puissance émotionnelle). On notera également la justesse et la joliesse de la réflexion, laquelle ne s'attarde pas uniquement sur les questions de mort et d'Au-Delà, mais s'interroge aussi subtilement sur les notions de hasard et de destin (voir la scène des attentats de Londres de 2005, où le jeune Marcus échappe, in extremis, à la mort; grâce, comme on l'apprendra plus tard dans le récit, à une intervention divine de son frère jumeau disparu, qui continue de veiller sur lui depuis l'Au-Delà... belle façon de s'interroger aussi, de manière métaphorique et symbolique, sur l'existence - réelle ou imaginaire - de ces êtres qu'on appelle anges gardiens...). Autre atout encore que j'ai oublié de mentionner, toujours à propos du scénario, c'est la façon dont ces trois personnages principaux, dont ces trois destins à la fois si semblables et si différents vont petit à petit s'emboîter comme les pièces d'un puzzle; commençant d'abord par se croiser pour finalement se rejoindre et ne former, en fin de compte, plus qu'une seule et même pièce d'un seul et même puzzle... un ressort classique et prévisible, certes, mais qui est traité avec son élégance et sa finesse coutumières par le seigneur Eastwood; lequel prend encore un évident plaisir à narrer les parcours extraordinaires de gens ordinaires, tout comme il prend un évident plaisir à filmer les villes de Londres, San Francisco (San Francisco qui est d'ailleurs, rappelons-le, la ville natale de mister Eastwood) et Paris (première fois qu'Eastwood tourne en France, autant dire que ce n'est pas rien !); et tout comme il prend aussi un évident plaisir à signer lui-même - une fois de plus - la musique, composée par ses soins, et ma foi fort belle à entendre et écouter, bien que peut-être légèrement monotone et trop omniprésente par moments (ça reste agréable à l'oreille, ceci dit !). Impossible enfin de ne pas parler du fabuleux casting, d'envergure internationale, réunissant étoiles montantes du cinéma actuel (Matt Damon, Cécile de France, Bryce Dallas Howard...), pointures de renom (Marthe Keller, Derek Jacobi dans son propre rôle...), visages familiers du petit écran français (Thierry Neuvic, Jean-Yves Berteloot, Stéphane Freiss...) et jeunes talents en devenir (les jumeaux Frankie & George McLaren...). Tous se montrent très investis dans leurs rôles, même si on pourra reprocher - par instants - un léger manque de naturel et de conviction dans le jeu de Matt Damon, Cécile de France, et de quelques acteurs secondaires (la faute peut-être à des personnages parfois trop stéréotypés et à une version française pas toujours top et naturelle, pour les acteurs étrangers...). En parlant du casting justement, il est amusant de noter la présence au générique de Steven Spielberg, qui intervient ici en tant que producteur exécutif, après avoir déjà produit MÉMOIRES DE NOS PÈRES et LETTRES D'IWO JIMA, du même Clint Eastwood. Maintenant, pour ce qui est des moins bonnes idées et des faiblesses dont souffre cet AU-DELÀ (qui est, comme je l'ai déjà dit auparavant, un film imparfait... imparfait ne signifiant pas forcément navet, à mon sens...), et bien on pourra regretter une certaine lenteur/longueur (volontaire, ceci dit) dans le déroulement de l'intrigue qui, il est vrai, tarde à se mettre en place et nous donne parfois l'impression étrange et désagréable que les scènes sont grossièrement reliées entre elles sans qu'il y ait de véritable fil conducteur. On regrettera quelques scènes bavardes et parfaitement inutiles. On regrettera le caractère grotesque et volontiers risible (je vous l'accorde !...) de quelques scènes qui, pourtant, étaient animées d'une bonne et intéressante idée de départ; de la part d'un Eastwood dont le seul tort aura peut-être été d'avoir voulu aborder trop de thèmes à la fois, en dénonçant notamment (et maladroitement, il faut bien l'admettre, même si c'est Eastwood, et même si l'idée était bonne; ce qui est d'autant plus regrettable et dommage) le charlatanisme exercé par certains médiums peu scrupuleux qui ne cherchent qu'à s'enrichir sur le dos de pauvres gens aveuglés par le chagrin et le besoin de savoir. On regrettera le larmoyant facile qui se dégage - involontairement - de certaines scènes (reconnaissons aussi qu'avec un tel propos, le piège du larmoyant facile est délicat à éviter; même en faisant preuve d'une grande sobriété). On regrettera cette vision parfois trop naïve de l'Au-Delà, et cette peinture assez caricaturale de la France. On regrettera enfin cet ultime et déroutant plan final, trop improbable pour être complètement vraisemblable, totalement bâclé dans la mesure où il survient brutalement comme un cheveu sur la soupe au moment précis où - enfin - les trois destins se rejoignent et où - enfin - l'histoire trouve son sens véritable; nous donnant la fâcheuse impression qu'Eastwood n'a pas vraiment su comment clore son film, qui s'achève du coup en queue de poisson. Drôle de paradoxe, ce plan final - aussi déroutant soit-il - possède néanmoins une certaine originalité et une certaine beauté... peut-être parce que, justement, il est totalement inattendu et se révèle de fait aussi destabilisant que surprenant. Preuve en tout cas qu'AU-DELÀ est décidément une œuvre à part dans la filmographie de l'ami Clint, sûrement pas un navet, mais assurément une œuvre à part; qu'il faut voir par soi-même, de ses propres yeux, afin de se faire sa propre opinion; tant le sujet qu'elle évoque touche ici à l'intime et au personnel. AU-DELÀ, si il nous démontre à nouveau que le cinéma est bien le plus universel et le plus intemporel des arts, nous démontre surtout que personne ne voit jamais le même film et que la beauté, comme la vérité, est dans l'œil de celui qui regarde. Comme le dit très justement cette citation de Clint Eastwood lui-même: "La vérité, comme l'art, est dans l'œil du spectateur...". Aussi, chacun se fera sa propre vérité sur cet AU-DELÀ qui, à n'en point douter, suscitera encore bon nombre de débats et de questions. Je vous ai donné mon avis. À vous, maintenant, de me donner le vôtre...



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23 décembre 2010 4 23 /12 /décembre /2010 06:59

Après avoir cambriolé une banque, trois bandits s'enfuient dans le désert. Ils y trouvent une femme mourante sur le point d'accoucher. Ils font alors le serment à la mère de recueillir et de protéger le bébé.

Après un hold-up, Robert, Pedro et William, trois hors-la-loi; fuient le shérif Buck et ses hommes, pour gagner le désert d'Arizona. Allant d'un point d'eau au suivant, ils découvrent bientôt les vestiges d'un chariot abandonné, où une mère mourante leur confie son nouveau-né... Dans un premier temps désemparés, les trois bandits finissent par trouver une malle portant la mention "pour bébé", et contenant quelques objets destinés au nourrisson, ainsi qu'une Bible. Peu à peu, ces trois "durs à cuire" au cœur tendre s'attachent à l'enfant, le protégeant de tous les dangers, et prenant grand soin de lui. Mais le shérif Buck, inlassablement, les traque et les poursuit, prêt à tout pour les rattraper et les mettre sous les verrous...

Avis:

En ces ultimes - déjà !... - jours de l'année 2010, où Noël approche à grands pas et où l'excitation est à son comble, entre l'arrivée tant attendue des vacances et la neige qui a déjà enveloppé dans son épais manteau blanc une bonne partie de la France (!); me prend soudain l'envie de mettre à l'honneur sur ce blog (et aussi, pourquoi pas, de remettre au goût du jour...) un film trop méconnu et injustement oublié dans l'œuvre de l'immense réalisateur qu'était John Ford. Un film assez singulier, qui commence comme un western ordinaire (Ford, on le sait, était un pionnier du genre, auquel il a d'ailleurs donné ses lettres de noblesse) et qui, au final, se rapproche plutôt du conte de Noël. Western, conte de Noël, récit initiatique, quête spirituelle, parabole métaphorique sur le bien et le mal: LE FILS DU DÉSERT, tourné en 1948, est tout cela à la fois. Il demeure également l'un des plus beaux films de John Ford. L'un des plus émouvants en tout cas, à ranger aux côtés de classiques tels que LES RAISINS DE LA COLÈRE ou QU'ELLE ÉTAIT VERTE MA VALLÉE. S'inspirant d'une nouvelle de Peter B. Kyne (qui fut déjà portée à l'écran de nombreuses fois, notamment par... John Ford, en 1919 !), LE FILS DU DÉSERT se situe en plein cœur de l'Arizona et narre l'histoire extraordinaire et merveilleuse de trois hors-la-loi qui, après avoir dévalisé une banque, sont pris en chasse par le shérif et ses hommes et prennent la fuite en direction du désert. Dans leur fugue, ils vont bientôt découvrir les vestiges d'un convoi abandonné, où une femme mourante va leur confier son fils nouveau-né, faisant ainsi d'eux les trois parrains (le titre original, THREE GODFATHERS, signifiant littéralement TROIS PARRAINS... personnellement, je trouve que LE FILS DU DÉSERT est un titre bien plus joli et bien plus symbolique...) improvisés de l'enfant. Transformés malgré eux en pères adoptifs, les trois hommes finiront pourtant par s'attacher au nourrisson, le protégeant de tous les dangers, tandis que le shérif s'acharne à les poursuivre... En lisant ce résumé, on pense évidemment tout de suite à l'histoire des Rois Mages (voyez, ce n'est pas un hasard si j'ai choisi d'évoquer ce film à seulement quelques jours de Noël...), qui est revisitée avec beaucoup d'audace et de talent par John Ford. Le mythe des Rois Mages n'est cependant pas la seule référence biblique que l'on décèlera dans ce film, qui en regorge de bout en bout. Outre la mise en scène magistrale de John Ford, qui mêle adroitement action, humour, émotion et même fantastique, nous offrant tantôt de véritables morceaux de bravoure, tantôt de grandes séquences intimistes; la principale réussite du FILS DU DÉSERT réside dans son interprétation, parfaite à tous les niveaux (malgré un côté parfois trop théâtral, certainement dû au poids - ô combien lourd ! - des années). Entouré des excellents Pedro Armendariz, Harry Carey Jr. et Ward Bond (lequel prête ses traits au redoutable shérif), l'inénarrable John Wayne (dont je suis pourtant loin d'être fan !) livre une composition d'une extrême intensité émotionnelle, conférant à son personnage de hors-la-loi sans foi ni loi (amusant, pour une fois, Wayne n'incarne pas le valeureux justicier, défenseur de la veuve et l'orphelin... quoique !) une humanité et une sensibilité des plus bouleversantes. À ce titre, le personnage de Wayne et son parcours intérieur sont de loin les plus intéressants de l'histoire: dans un premier temps athée (voir de quelle manière il rejette la Bible à plusieurs reprises !), il va malgré lui être amené à rentrer dans le droit chemin... Au-delà donc de son propos au caractère très religieux (il faut bien l'admettre !...), LE FILS DU DÉSERT résonne aussi et surtout comme un vibrant hymne au pardon, à la rédemption et à la foi; doublé d'une réflexion poignante sur les notions d'amitié, d'amour, de sacrifice et de justice. Une réflexion sublimée par des images et des décors (ah, ces grands espaces typiquement Fordiens !...) à la beauté quasi picturale, bénéficiant d'un Technicolor flamboyant et lumineux; et portée par la divine musique de Richard Hageman, envoûtante et par instants très mystique. Bref, LE FILS DU DÉSERT est non seulement un film captivant et rare, quelque peu atypique dans l'œuvre de John Ford, mais il est par dessus tout un très beau livre d'images, naïf et coloré; et dont on déplie les pages avec un plaisir volontiers nostalgique, en pensant à la magie et à la quintessence d'un certain âge d'or cinématographique, aujourd'hui révolu...

Si la fin semble sans doute trop belle pour être totalement crédible (de même que l'intrigue elle-même d'ailleurs, qui est par moments trop improbable pour être complètement vraisemblable), il ne faut pas oublier que LE FILS DU DÉSERT est - certes un western, un grand western même - mais aussi et surtout une sorte de conte quelque peu fantastique et onirique sur le bien et le mal, qui use de symboles pour mieux transporter le spectateur et le toucher, par la même occasion, en plein cœur. Vous l'aurez donc compris, LE FILS DU DÉSERT est l'exemple type du chef-d'œuvre oublié, méconnu et sous-estimé; et qu'il faut absolument redécouvrir si ce n'est déjà fait. Pour clore ce dernier article de l'année 2010, je terminerai en vous souhaitant tout d'abord de très joyeuses fêtes à toutes et à tous, et enfin, en citant cette très belle maxime qui, je trouve, sonne très juste et prend tout son sens lorsqu'on l'applique au FILS DU DÉSERT: "Nous parlons des miracles. Le miracle, c'est la foi...".



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14 décembre 2010 2 14 /12 /décembre /2010 09:24

Se servant d'une prostituée, un flic fabrique de toutes pièces un flagrant délit, dans l'espoir d'arrêter une bande de petits malfrats amateurs. Une sombre machination qui va rapidement se transformer en une implacable tragédie. Laquelle n'épargnera personne.

Ancien juge d'instruction reconverti en inspecteur de police, Max a de la justice une conception tout à fait personnelle. Pour être sûr que les malfaiteurs qu'il arrête vont être condamnés sévèrement, il tient à les surprendre en flagrant délit. Un jour, il rencontre par hasard Abel, un vieux copain qu'il n'a pas vu depuis de longues années. Ravi de ces retrouvailles, Abel - qui ignore tout de la profession de son camarade d'antan, lequel lui a donné peu de détails sur sa vie actuelle - lui confie qu'il a mal tourné. Truand de petite envergure, il s'est spécialisé dans le pillage de chantiers de construction, avec une bande de ferrailleurs, dans les environs de Nanterre. Une idée machiavélique germe alors dans l'esprit de Max, qui trouve là une parfaite occasion de créer et d'inciter une situation de flagrant délit...

Avis:

C'est à travers un jeu de séduction cynique et cruel, genre je t'aime moi non plus, entre les deux personnages principaux interprétés par Michel Piccoli et Romy Schneider, que va se jouer toute la dramaturgie, l'ambiguïté, le suspense, la réflexion et la puissance émotionnelle de l'intrigue de MAX ET LES FERRAILLEURS, réalisé par Claude Sautet en 1971 et considéré par le cinéaste lui-même comme l'un de ses films préférés (Sautet était connu pour son habitude systématique de remonter la plupart de ses films, or, il n'a quasiment pas touché à celui-ci, preuve de l'immense affection qu'il lui vouait). MAX ET LES FERRAILLEURS se situe à mi-chemin entre le film policier et la chronique sociale, genre dans lequel Sautet s'illustrera brillamment par la suite. MAX ET LES FERRAILLEURS marque également les retrouvailles du couple Piccoli/Schneider, un an après LES CHOSES DE LA VIE, du même Claude Sautet. Max (Piccoli donc, inoubliable en flic manipulateur et menteur, plutôt antipathique et volontiers salaud sur les bords) est un ancien juge d'instruction qui s'est reconverti en inspecteur de police. Il n'a jamais digéré le fait d'avoir dû, lorsqu'il était juge, relâcher un suspect, faute de preuves; et nourrit depuis le désir obsessionnel de surprendre les malfrats en flagrant délit. Solitaire, aigri et frustré, il n'hésite pas, au moment où l'occasion se présente, à provoquer lui-même une situation de flagrant délit, en devenant indirectement l'instigateur d'un hold-up. Pour cela, il va se servir de Lily (Romy, au sommet de sa beauté et de son art... elle a d'ailleurs dû insister pour obtenir le rôle), une prostituée, à qui il fait croire qu'il est banquier. Lentement, la mécanique se met en place, prenant peu à peu Max lui-même à son propre piège... tel est pris qui croyait prendre. Si l'intrigue s'avère aussi passionnante, c'est peut-être parce qu'elle ne raconte pas seulement une banale histoire policière, mais aussi - quelque part - une histoire d'amour complexe entre Max et Lily, entre le flic et la fille des rues, entre deux êtres frustrés par la vie; et qui vont, jusqu'au surprenant dénouement, entretenir des rapports troubles et indéchiffrables. Mais MAX ET LES FERRAILLEURS est aussi une réflexion puissante sur la loi et la justice, qui montre de quelle manière un individu (en l'occurrence, Max) peut aller jusqu'au crime par obsession de la loi et de la justice... l'ironie à son paroxysme. Si Michel Piccoli et Romy Schneider - en osmose parfaite - se renvoient admirablement la réplique, les seconds rôles ne sont pas non plus en reste et crèvent littéralement l'écran, de Bernard Fresson à François Périer, sans oublier Georges Wilson (entre autres). Claude Sautet ne s'est pas uniquement contenté de choisir les plus grands, il a aussi choisi les meilleurs et cela se ressent, dans l'interprétation comme dans les dialogues, signés Jean-Loup Dabadie, qui a également participé à l'écriture du scénario. À noter enfin, la très belle musique de Philippe Sarde, qui accompagne magnifiquement les images. En bref, le talent de metteur en scène de Claude Sautet associé à la beauté du couple Piccoli/Schneider ont contribué à faire de MAX ET LES FERRAILLEURS un classique absolu du cinéma français et l'un des films les plus aboutis de son auteur. Incontournable, évidemment.



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