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14 janvier 2010 4 14 /01 /janvier /2010 15:44

ATTENTION, RISQUE DE SPOILERS !

L'HISTOIRE SANS FIN (Die Unendliche Geschichte)

Film allemand, américain

Date de sortie: 21 novembre 1984

Genre: Conte, fantastique, aventures  Durée: 1h30  Tous publics

Conseil personnel: Pour toute la famille.

Disponible en DVD et VHS - Couleur

Depuis la mort de sa mère, Bastien, 10 ans, s'est replié sur lui-même et s'est bâti un monde imaginaire nourri des romans d'aventures qu'il dévore. Un jour, il découvre dans la librairie du vieil excentrique Mr Koreander un livre richement relié et intitulé << L'histoire sans fin >>, qu'il dérobe. Après s'être enfermé dans le grenier de l'école, il en commence la lecture. Dès les premières pages, Bastien se sent entraîné dans l'univers merveilleux du Pays Fantastique...

  

LA CHRONIQUE DE KLEINHASE:

Il était une fois, il y a de nombreuses années de cela, un romancier de génie qui s'appelait Michael Ende et qui écrivit un beau jour un livre merveilleux, qu'il baptisa << L'histoire sans fin >>. Il était une fois, à peine quelques années plus tard, un cinéaste de grand talent, répondant au nom de Wolfgang Petersen, et qui eut un beau jour l'envie et la brillante idée de tirer une adaptation cinématographique de ce bouquin. Il était une fois, peu de temps après, un long-métrage enchanteur intitulé L'histoire sans fin et qui n'allait pas tarder à devenir LE film culte de toute une génération de spectateurs.

Il était une fois de nombreuses (très nombreuses !...) années plus tard une spectatrice passionnée de cinéma, répondant au nom de Kleinhase, qui découvrit un beau jour L'histoire sans fin et qui, à la vue de ce superbe film d'héroïc fantasy, se sentit à son tour irrésistiblement transportée au pays des contes de fées, au pays de l'enfance, au pays de Fantasia, dont les rêves et les espoirs des hommes constituent la fondation principale. Mais depuis quelques temps déjà, Fantasia est victime d'un mal étrange, d'un mystérieux Néant (sorte de grand vide qui se forme peu à peu parce que les hommes ont oublié de rêver et, par conséquent, d'espérer) qui, aidé par une Créature de l'Ombre (le Gmork, espèce de loup-garou aux yeux verts diaboliques et à la mâchoire dangereuse), détruit tout.

Afin de combattre ce Néant, l'Impératrice de Fantasia sollicite le courage d'un jeune et valeureux guerrier, répondant au nom d'Atreyu. L'avenir de Fantasia repose désormais sur les frêles épaules de ce garçonnet, dont l'apparence à priori enfantine n'a pourtant d'égale que la bravoure et la ruse d'un homme. Une cascade de péripéties (toutes plus imprévisibles les unes que les autres) et d'incroyables rencontres attendent Atreyu.

Il était une fois, à des milliards de kilomètres de là, dans un tout autre monde appelé réalité (monde qui a ses limites, contrairement au monde de l'imagination qui, lui, est sans frontières...) un petit garçon de 10 ans, Bastien, qui en lisant et en découvrant les multiples exploits accomplis par Atreyu, eut peu à peu l'impression de cheminer à ses côtés et de vivre son aventure, au même moment, à la même seconde. Tout simplement, il était une fois une formidable usine à rêves, appelée cinéma, qui avait (et qui a toujours, d'ailleurs !) l'étonnant pouvoir de transformer les récits les plus fous en de surprenantes réalités, dans lesquelles le spectateur voudrait parfois se projeter. Être à la place de Bastien, ce jeune garçon introverti et triste passionné de lecture et qui entre un jour dans un livre aux pouvoirs magiques, qui n'en a pas déjà rêvé, ne serait-ce qu'une seule fois ?...

C'est bien ce qui fait toute la magie et toute la singularité de L'histoire sans fin, sorti dans les salles en 1984 (plus de vingt ans déjà... on a du mal à le croire !). Le réalisateur Wolfgang Petersen peut se féliciter d'avoir réussi un sacré tour de force, en faisant non seulement rentrer le spectateur dans la peau (et l'imagination !) de Bastien, le jeune lecteur, mais surtout en le faisant rentrer dans le livre que Bastien découvre en même temps que nous.

C'est donc un double, je dirais même un triple tour de force dont Petersen peut se vanter, ayant réussi à nous faire rentrer à la fois dans la peau de Bastien, dans son livre, mais aussi dans la peau d'Atreyu, le jeune guerrier dont Bastien découvre les extraordinaires aventures grâce à ce livre fascinant. Déjà trois bonnes raisons de voir L'histoire sans fin si vous ne le connaissez pas encore !

Pour ce qui est de l'interprétation, Wolfgang Petersen a su trouver en la personne de Barret Oliver le Bastien idéal. Tour à tour mélancolique, attachant, effrayé, surpris et surprenant, le comédien en herbe livre une composition plutôt remarquable (peu de jeunes acteurs parviennent à être aussi justes sans tomber dans la caricature) et pleine de sensibilité, et l'on s'identifie très facilement à lui.

Et en décidant de confier le rôle d'Atreyu, le jeune guerrier sans peur et sans reproche qui risque plusieurs fois sa vie pour sauver Fantasia, à l'adorable Noah Hathaway, Petersen a encore une fois fait preuve d'un excellent flair. Sans forcer son jeu ni son charisme (reconnaissons qu'il est effectivement bien charmant, ce garçon !), Noah Hathaway réussit à nous convaincre tout en restant très naturel (ce qui mérite à nouveau d'être salué) et incarne magnifiquement un jeune héros (qui n'est pas sans rappeler des personnages légendaires, tels que Robin des Bois ou Lancelot, par exemple), qui a lui aussi ses faiblesses et ses doutes. Le fait que ce héros justement, Atreyu, soit un enfant, est d'ailleurs très amusant à souligner, car quelque part, ça nous ramène un peu à notre enfance... qui d'entre nous, gamin, ne s'est jamais pris pour un grand héros issu de la littérature, du cinéma ou de sa propre imagination ?... Magistrale aussi, dans un rôle pourtant très court (elle incarne l'Impératrice de Fantasia), l'inoubliable Tami Stronach, en princesse de rêve, illumine l'écran de par sa beauté rayonnante et sa candeur encore enfantine. Quant aux seconds rôles, ils se révèlent - chacun dans leurs genres - absolument fabuleux.

Captivant de bout en bout, le scénario alterne habilement l'invitation à la féerie et l'invitation à la réflexion, nous faisant réfléchir avec beaucoup de subtilité au besoin quasi vital qu'a l'homme de rêver et sur la place du rêve dans nos vies... nos vies qui n'ont parfois rien d'un rêve (mais comme le dit si bien le proverbe: << Si on avait la vie qu'on rêve, on rêverait de la vie qu'on a >>... à méditer !).

Une réflexion passionnante qui trouve tout son sens lors de l'étonnante fin (car oui, il y a bien une fin à cette histoire, contrairement à ce que laisse penser le titre !), qui clôt ce film sous la forme d'une fulgurante apothéose. On notera également la jolie qualité des effets spéciaux (effets spéciaux qui, pour une fois, se mettent vraiment au service de l'intrigue et du merveilleux, et non l'inverse, comme c'est trop souvent le cas dans les productions plus actuelles...), qui n'ont pas vieillis et s'avèrent assez impressionnants pour l'époque (n'oublions pas que ce film date des années 80... ce qui signifie que les trucages numériques n'étaient pas encore nés). Le tout sublimé par des paysages au caractère grandiose et une éblouissante photographie (le générique de début justifie le coup d'œil à lui tout seul !), et renforcé par une musique majestueusement envoûtante (aux notes parfois très mystiques) que l'on doit aux compositeurs talentueux que sont Klaus Doldinger et Giorgio Moroder (merci à eux pour cette extraordinaire bande son... le film est à la fois un régal pour les yeux, mais aussi pour les oreilles !).

En tout cas, je n'ai jamais (mais alors jamais !) été portée sur la lecture (à part des revues, des BD et un ou deux romans qui font vraiment figure d'exception !) et je ne connais pas du tout le roman éponyme de Michael Ende dont ce long-métrage s'inspire (ce long-métrage que Ende n'aurait d'ailleurs pas beaucoup apprécié - je me demande bien pourquoi ! - refusant que son nom apparaisse au générique... il y apparaît quand même, cela dit !...), mais si il y a bien une chose que je peux vous dire avant de terminer, c'est que ce film, justement et contre toute attente, m'a furieusement donné envie de lire ce roman, et j'espère donc pouvoir m'y mettre très prochainement (en espérant aussi, si je commence à le lire, que ce sera en entier... ce qui n'est pas non plus gagné, ayant déjà eu - à plusieurs reprises - cette fâcheuse habitude de commencer un bouquin et de m'arrêter bien avant la fin, le plus souvent par flemme... que voulez-vous, nul n'est parfait !...).

J'espère également pouvoir visionner quelques unes des nombreuses suites qui ont été données à ce film. Même si, d'après les différentes critiques que j'ai pu lire ici ou là, ces suites n'ont ni la valeur, ni la saveur, et encore moins la magie de ce premier opus... Qu'importe, j'espère tout de même en voir au moins une, ne serait-ce qu'une fois, par curiosité. Et vous qui êtes en train de lire ces lignes et qui connaissez peut-être déjà L'histoire sans fin et ses suites, que me conseilleriez-vous ?... De me contenter uniquement de ce premier épisode ?... Ou de voir aussi ses successeurs, juste histoire... bah, de les voir, histoire de me faire ma propre opinion ?... Qu'en pensez-vous, hum ?...

  

EN GUISE DE CONCLUSION:

L'histoire sans fin est tout à fait le genre de film que l'on n'a pas envie de quitter (mais alors pas du tout envie !) et qui, au final, nous laisse repartir avec des étoiles plein les yeux et plein l'esprit. Du grand et beau spectacle, au service d'un message généreux et plus profond qu'il n'y paraît, et que je recommande aussi bien aux petits (pas trop petits, quand même... certaines scènes sont susceptibles d'effrayer les plus jeunes) qu'aux plus grands. Certes, les plus grands auront peut-être un peu plus de mal à adhérer pleinement à l'histoire, car pour cela, il faut évidemment accepter d'oublier la réalité qui nous entoure (ce qui, entre nous, n'est pas tellement compliqué, si on le désire vraiment...) afin de retrouver son âme éternelle d'enfant pendant 90 minutes de pur émerveillement. 90 minutes qui s'écoulent à une vitesse folle sans qu'on les voient jamais défiler... à peine le temps d'être totalement happé par le rêve qu'il s'achève déjà !... Mais c'est probablement aussi pour cette raison que l'on a immédiatement l'envie irrésistible de revoir ce film, sitôt le générique de fin passé... Y a pas d'doute: rêver, ça fait franchement du bien, et avoir la tête dans les nuages, c'est de temps en temps bien agréable !... Z'êtes pas d'mon avis, vous autres ??...

K.H.



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18 décembre 2009 5 18 /12 /décembre /2009 10:58

ATTENTION, RISQUE DE SPOILERS !

TWILIGHT - CHAPITRE 2: TENTATION (New Moon)

Film américain

Date de sortie: 18 novembre 2009

Genre: Fantastique  Durée: 2h10  Tous publics

Conseil personnel: Pour adolescents et adultes.

Couleur

Site officiel

<< Tu ne me reverras plus. Je ne reviendrai pas. Poursuis ta vie, ce sera comme si je n'avais jamais existé >>. Abandonnée par Edward, celui qu'elle aime passionnément, Bella ne s'en relève pas. Comment oublier son amour pour un vampire et revenir à une vie normale ?... Pour combler son vide affectif, Bella court après le danger et prend des risques de plus en plus inconsidérés. Edward n'étant plus là pour la protéger, c'est Jacob, l'ami discret et indéfectible, qui va la défendre et veiller sur elle. Mais peu à peu, elle réalise l'ambiguïté des sentiments qu'ils éprouvent l'un envers l'autre...

  

LA CHRONIQUE DE KLEINHASE:

Pour les fans absolus de la saga cinématographico-littéraire << Twilight >> comme pour ceux qui étaient allés, en janvier dernier, voir (par hasard, par curiosité, ou à cause des deux... ce qui fut mon cas !) le premier film << Fascination >> (adapté du premier bouquin de cette saga que l'on doit à la romancière Stephenie Meyer, et qui en compte quatre au total), l'attente aura été bien longue jusqu'à la sortie de ce deuxième chapitre, intitulé Tentation.

Moins d'un an donc après la sortie du premier film, la douce Bella et son amoureux, le ténébreux vampire Edward, sont de retour pour de nouvelles aventures fantastico-romantiques. Quoi de neuf pour nos deux tourtereaux ?... Et bien, les choses vont sacrément se compliquer et leur amour va à nouveau être contrarié par le destin. Quoi de neuf artistiquement et cinématographiquement parlant ?... Et bien, tout d'abord, exit Catherine Hardwicke, c'est le réalisateur Chris Weitz qui prend les commandes de Tentation. Ensuite, là où le premier film était plutôt timide en effets spéciaux, ce second opus leur offre au contraire la part belle. Enfin, l'histoire, savamment corsée, explore avec force des sentiments nouveaux, tels que la jalousie, le chagrin d'amour ou encore l'amitié amoureuse. Bref, autant le dire tout de suite, ce ne sont pas les rebondissements qui manquent dans Tentation !

Point de vue interprétation, le couple Kristen Stewart/Robert Pattinson se révèle toujours aussi complémentaire et sensuel. Lumineuse, Kristen Stewart semble plus sûre d'elle et nous offre une composition puissante, tout en introspection et en sensibilité. De son côté, Robert Pattinson se montre une nouvelle fois très magnétique dans son attitude et ses regards, et fait preuve d'un charisme irrésistible.

Mais la véritable révélation (petit clin d'œil au quatrième livre de la saga, qui, dans l'édition française, porte ce titre !) de Tentation, c'est Taylor Lautner, alias Jacob, le jeune loup-garou aux dents longues, ami fidèle de Bella. C'est presque exclusivement autour de ce personnage que tourne l'intrigue de Tentation. Il faut dire qu'avec son immense gentillesse, son sens du dévouement et son physique de beau gosse, il ferait presque de l'ombre à notre cher vampire Edward !... Parmi les nouveaux personnages qui font également leur apparition dans Tentation, n'oublions pas les cruels Volturi, interprétés avec conviction par Michael Sheen, Jamie Campbell Bower et Cameron Bright (entre autres). Il est malheureusement impossible de citer tout le casting, alors je me contenterais simplement de dire que tous les seconds rôles sont très bons.

Le synopsis, comme je le disais déjà quelques paragraphes plus haut, se montre particulièrement alambiqué... bien plus en tout cas que ce qu'on pourrait croire au premier abord. Si la rivalité amoureuse est effectivement LE cœur du sujet, la difficulté permanente qui jalonne l'intrigue est bien plus profonde que cela, et s'agrandit encore lors du scotchant final, qui met littéralement l'eau à la bouche (à oreille... ok, c'était naze !...).

Je suis en revanche incapable de vous dire si le scénario est fidèle au livre dont il s'inspire, ne l'ayant pas lu (je n'ai d'ailleurs lu aucun des livres de la saga... entre la lecture et moi, j'avoue que ça n'a jamais été l'amour fou !...). Dans l'ensemble, l'action est plutôt bien soutenue, les péripéties s'enchaînent sur un rythme explosif et l'adrénaline monte crescendo pour le spectateur en même temps que pour l'héroïne, Bella. Plus présents aussi dans ce second volet, les effets spéciaux, très bien faits (les scènes avec les loups-garous, notamment, sont tout à fait impressionnantes). Seuls les effets de ralentis, trop nombreux et assez inutiles, deviennent un peu lassants à la longue. Niveau musique, rien à redire, ça << déchire grave >>, pour parler << d'jeun >> (bientôt les fêtes de fin d'année, faut se lâcher un peu... non ?!...).

On regrettera juste les quelques séquences de longs bavardages, qui auraient sans doute gagnées à être légèrement raccourcies. L'étude psychologique (bien qu'intéressante sur le fond) des personnages est en effet tellement appuyée qu'elle prend un peu trop le pas sur l'action qui, du coup, a parfois tendance à faiblir, ce qui est dommage.

Un petit détail certes pardonnable, puisque globalement, le plaisir est plus que jamais au rendez-vous (on en redemande !), et c'est bien là l'essentiel. Et même si d'autres scènes peuvent faire sourire par leur côté volontairement un peu << kitsch >>, c'est aussi ce qui fait la magie et l'univers si singulier de Twilight. Bref, pour ma part, j'adhère !... Je << kiffe >>, comme qui dirait !... Mais n'allez pas croire non plus, en lisant ces lignes, que je suis une de ces (nombreuses...) fans hystériques qui rêve ardemment qu'un beau vampire - ou un loup-garou, pourquoi pas ! - vienne lui croquer le cou (ou autre chose !!!...).

  

EN GUISE DE CONCLUSION:

Plus complexe, plus sombre, plus érotique, plus spectaculaire, plus rythmé: Tentation tient la plupart de ses promesses et réussit à nous divertir tout en nous tenant furieusement en haleine. En plus clair, mission accomplie: personnellement, je succombe déjà à la tentation (c'est le cas de le dire !) de voir le troisième opus, << Hésitation >>, qui ne devrait pas sortir en salles avant l'été 2010... une attente qui s'annonce d'ores et déjà interminable. Il va falloir serrer les dents et se mordre les lèvres, à défaut de pouvoir mordre de façon << vampirique >>...

K.H.

À LIRE AUSSI SUR LE BLOG, DANS LA MÊME SAGA:

(Cliquez sur les images pour accéder à l'article concerné)

 



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4 décembre 2009 5 04 /12 /décembre /2009 17:26

ATTENTION, RISQUE DE SPOILERS !

VOYAGE AU BOUT DE L'ENFER (The Deer Hunter)

Film américain, britannique

Date de sortie: 7 mars 1979  Date de reprise: 1 juin 2005

Genre: Guerre, drame  Durée: 2h56  Interdit aux moins de 12 ans

Conseil personnel: Pour adolescents et adultes.

Disponible en DVD, VHS et Blu-Ray - Couleur

Cinq ouvriers sidérurgistes - Michael, Nick, Steven, Stan et Axel - affrontent les hauts fourneaux d'une petite ville de Pennsylvanie et partent ensemble chasser le cerf. Parce que c'est la Guerre du Viêtnam, trois d'entre eux (Michael, Nick et Steven) sont mobilisés et deviennent soldats sur le départ. Deux ans plus tard, la guerre sévit toujours et ces derniers se retrouvent prisonniers dans un camp vietcong...

  

LA CHRONIQUE DE KLEINHASE:

Pour parler de la guerre, il n'y a que des larmes: cette citation, que l'on attribue à une poétesse brésilienne du nom de Henriqueta Lisboa, prend tout son sens lorsqu'on l'applique à Voyage au bout de l'enfer. Ce long-métrage de Michael Cimino, qui date de 1978, s'est immédiatement imposé comme LE premier grand film consacré à la Guerre du Viêtnam. D'ailleurs sorti en salles quelques années à peine après la fin de ce tragique conflit qui aura duré pas moins de 16 ans, de 1959 à 1975, Voyage au bout de l'enfer est très vite devenu l'objet d'une vive polémique.

Lors de sa présentation au Festival de Berlin, notamment, il sera hué par une grande partie de la salle et provoqua la colère de l'URSS et de quatre pays d'Europe de l'Est, qui quittèrent le Festival afin de dénoncer << l'insulte faite au peuple viêtnamien >>. Autre scandale: la fameuse scène de la roulette russe, certaines critiques ayant déclaré que ce jeu morbide n'a jamais été une pratique courante pendant la Guerre du Viêtnam (pour l'anecdote, il paraît également que cette scène aurait déclenché une vague de suicides... ce qui n'a jamais pu être prouvé).

Pour autant, toutes ces accusations n'ont pas empêché Voyage au bout de l'enfer de se hisser - au fil des années - au rang des classiques incontournables du 7e Art, et de rafler de multiples récompenses (dont 5 Oscars). D'ailleurs, Voyage au bout de l'enfer est aujourd'hui unanimement considéré comme LE film de référence sur la Guerre du Viêtnam, avec << Apocalypse Now >> et << Platoon >> (deux autres films que je compte découvrir très prochainement).

Si je suis globalement ouverte à tous les genres cinématographiques existants, il y a cependant trois d'entre eux auxquels je n'ai jamais vraiment adhéré: le film de science-fiction/anticipation (imaginer à quoi pourra ressembler le futur: intéressant mais pas mon truc... je préfère visiter le passé, d'où mon affection pour les films d'époque), les films d'épouvante/horreur (je n'en ai jamais regardé car j'ai peur... d'avoir peur ! Con, hein ?...) et les films de guerre (plutôt un genre destiné aux mecs, à mon sens... car trop viril).

C'est dans cette troisième et dernière catégorie que se range Voyage au bout de l'enfer. LE film, j'ai envie de dire, qui fait exception à la règle. Bien sûr, comme vous aussi sans doute, j'ai déjà vu un bon nombre de films où la guerre sert de toile de fond (je pense notamment au << Dictateur >>, << Fortunat >>, << Le Pianiste >>...), mais dans mes souvenirs, les films DE guerre (c'est à dire les films qui montrent vraiment en détail les champs de bataille) que j'ai visionnés sont plutôt rares. Voyage au bout de l'enfer est, lui, un film DE guerre (quoique, on n'y voit aucun champ de bataille, mais bon...), que j'ai récemment découvert (à noter aussi que c'est le premier film sur la Guerre du Viêtnam que je vois) et que j'ai vraiment beaucoup apprécié. Un film de guerre qui sort des sentiers battus de par le ton et la façon dont la guerre est représentée, le réalisateur Michael Cimino ayant choisi d'en faire une immense fresque de près de trois heures, qui montre la vie avant, pendant et après la Guerre du Viêtnam.

Voyage au bout de l'enfer, c'est d'abord l'histoire de cinq copains, cinq potes de toujours aux personnalités et aux caractères bien différents, mais qui sont liés par une solide amitié, travaillant ensemble dans la même usine de sidérurgie et partageant ensemble cette même passion pour la chasse au cerf.

À noter que le titre original, << The Deer Hunter >>, peut justement se traduire par << Le chasseur de cerf >>... titre bien plus évocateur et poétique que << Voyage au bout de l'enfer >>, car il donne au film toute sa symbolique, en montrant de quelle manière un homme - après avoir été happé par le tourbillon infernal qu'est la guerre, épreuve dont l'impact physique, mais surtout psychique, demeure aussi indélébile qu'une empreinte gravée dans la pierre - se retrouve tout bonnement incapable de tuer ce qui apparaît finalement comme un banal gibier.

Entre l'obstiné Michael (Robert De Niro, dans l'un de ses plus grands rôles), le discret Nick (Christopher Walken, tout en nuances et en regards), l'inquiet Steven (John Savage, pour qui ce tournage aura été particulièrement marquant d'un point de vue personnel, comme on peut le voir sur les bonus du DVD Collector), le séducteur Stan (John Cazale, dans son ultime rôle... il mourut d'un cancer peu de temps après la fin du tournage) et le costaud Axel (Chuck Aspegren, qui n'était pas du tout acteur avant de faire ce film !), c'est en effet l'histoire d'une grande complicité.

Presque une histoire de famille, tant ils sont soudés comme les doigts de la main et aussi inséparables que des frères. Régulièrement, à la sortie du boulot, les cinq compères se retrouvent chez John (George Dzundza, dans un personnage savoureux), un ami, qui tient un bar. Si Steven s'apprête à épouser la sensible Angela (Rutanya Alda, sublime de douceur), qui attend un enfant, Michael et Nick sont en revanche amoureux de la même femme: la belle Linda (Meryl Streep, qui accepta ce rôle afin d'être avec John Cazale, son compagnon de l'époque), qui, de son côté, en pince aussi pour les deux (on comprend cependant très vite qu'elle est davantage attirée par Nick...).

Dans la seconde partie du film (c'est à dire au bout d'une heure environ), Michael, Nick et Steven se retrouvent bombarbés dans l'enfer de la jungle viêtnamienne. Prisonniers d'un camp vietcong, ils sont contraints de jouer les uns contre les autres lors d'une oppressante partie de roulette russe, mais parviennent à s'enfuir grâce à une ruse de Michael. C'est à partir de là que les chemins des trois amis vont se séparer, à cause de cette saloperie, de cette foutue, de cette putain de guerre.

Michael, de retour au pays, tente de reprendre une vie normale, avec le soutien de Linda, Stan, Axel et John. Steven, amputé des deux jambes après une périlleuse chute, se retrouve cloué dans un fauteuil roulant, enfermé entre les quatre murs d'un sinistre hôpital. Quant à Nick, piégé par un trafiquant à Saïgon, il reste - malgré lui - accro au jeu de la roulette russe, qui lui sera finalement fatal. Mais si à première vue, Michael et Steven semblent être les seuls à être revenus sains et saufs de cette tragédie, ils sont pourtant, au plus profond d'eux-mêmes, comme Nick: la flamme de l'innocence et de l'insouciance qui brûlait en eux avant leur départ pour le Viêtnam s'est définitivement éteinte, et il ne leur reste guère plus que les bons souvenirs d'une époque révolue pour essayer de rester accrochés aux branches d'une vie perdue, d'une existence brisée. Michael et Steven errent sans but comme des morts-vivants hantés par les fantômes d'un passé trop lourd.

Le début de Voyage au bout de l'enfer, volontairement lent, prend le temps d'installer l'histoire et les différents personnages, de manière à ce qu'on puisse s'attacher à eux et suivre leur évolution. Là où la mise en scène de Michael Cimino frappe vraiment très fort, c'est qu'on a l'impression d'être aux côtés des protagonistes et de vivre les divers événements avec eux, de ressentir ce qu'ils ressentent.

On rit avec eux dans les instants de joie et de bonne humeur, on tremble avec eux dans les séquences angoissantes, on pleure avec eux lorsque la tristesse et la nostalgie se font trop violentes. Et si Voyage au bout de l'enfer secoue autant les tripes et se révèle tellement poignant, c'est aussi grâce à une exceptionnelle musique du compositeur Stanley Myers qui, pour cette œuvre ambitieuse, nous a concocté une partition pleine de mélancolie et de romantisme.

Parmi les moments les plus marquants de Voyage au bout de l'enfer, on retiendra notamment la longue scène du mariage (magnifique de par sa sincérité et de par l'esprit d'équipe qui se dégage de cette troupe de joyeux lurons), la terrible scène de roulette russe (vraiment flippante) et l'émouvant dénouement, sans oublier la confrontation finale Robert De Niro/Christopher Walken.

En bref, pour reprendre un peu tout ce qui est dit sur les bonus du DVD Collector, tout ce qui est montré dans Voyage au bout de l'enfer n'a absolument rien d'un film, c'est la réalité (triste réalité, il est vrai...). C'est probablement pour cette raison que ce long-métrage a touché - et continue encore de toucher - autant de gens.

  

EN GUISE DE CONCLUSION:

Je crois que l'essentiel a été évoqué, alors que peut-on encore écrire sur Voyage au bout de l'enfer qui n'aurait pas déjà été dit dans cette chronique ?... Que c'est un chef-d'œuvre majeur du 7e Art, et que le voir au moins une fois dans sa vie est un acte immanquable pour tout cinéphile qui se respecte ?... Mais ça, je pense que tout le monde l'aura déjà compris bien avant de lire ces quelques lignes, non ?...

K.H.

Nominations et récompenses obtenues, le détail complet > ICI



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19 novembre 2009 4 19 /11 /novembre /2009 11:23

ATTENTION, RISQUE DE SPOILERS !

CINÉMAN

Film français

Date de sortie: 28 octobre 2009

Genre: Comédie satirique, fantastique  Durée: 1h30  Tous publics

Conseil personnel: Pour toute la famille.

Couleur et noir & blanc

Site officiel

Professeur de mathématiques acerbe et intransigeant, Régis Deloux habite à Montreuil, dans un immeuble promis à la destruction, et poursuit maladroitement sa quête du grand amour. Un jour, après s'être piqué le doigt avec une broche découverte par hasard, il est victime de curieux symptômes et se rend aussitôt chez un médecin, qui lui conseille de prendre contact avec l'acteur Pierre Richard. Lequel l'informe, de manière aussi incroyable que sérieuse, qu'il a été désigné pour sauver une princesse prisonnière d'un psychopathe... dans un film (un western spaghetti, plus précisément) !... Et c'est par la broche - magique - que Régis va pouvoir se projeter dans ce film, puis dans une dizaine d'autres, remontant ainsi toute l'Histoire du cinéma et rencontrant, par la même occasion, la femme de ses rêves...

  

LA CHRONIQUE DE KLEINHASE:

Avant toute chose, je tiens d'abord à préciser que je n'ai jamais été (et que je ne suis toujours pas !) fan de Franck Dubosc. La manière dont il cabotine à l'écran a plutôt tendance à m'agacer, et son humour de potache ne m'a jamais vraiment fait rire (même si je comprends parfaitement qu'on puisse aimer ce type d'humour, cela dit). Alors, dans ce cas, pourquoi être allée voir Cinéman, vous demandez-vous sans doute en lisant ces lignes, film dont il est la star ?...

Certainement pas pour la belle gueule et les beaux yeux de l'acteur-humoriste. Non. Du tout. En fait, c'est après avoir vu (par hasard) une photo de Dubosc grimé en Clint Eastwood (où la ressemblance avec le légendaire interprète de << Dirty Harry >> était absolument sidérante), et après avoir lu un bref résumé du scénario, que je me suis décidé à aller voir ce long-métrage de Yann Moix. En plus clair, si je suis allée voir Cinéman, c'est parce que je trouvais le concept particulièrement séduisant et l'idée de départ assez astucieuse. Alors, après visionnage, qu'en est-il vraiment ?...

Et bien pour être tout à fait franche, je dois dire que le bilan au sortir de la projection s'est avéré plutôt... mitigé. Assez mitigé, même. Si sur la forme, Cinéman fonctionne bien, le fond est en revanche moins travaillé, moins abouti. Mais peut-on pour autant blâmer Yann Moix, pour qui ce tournage aura été très ardu ?... En effet, plusieurs problèmes sont survenus sur le tournage de Cinéman.

Première chose, Benoît Poelvoorde (qui avait déjà été dirigé par Yann Moix pour les besoins de << Podium >>, en 2004, et qui devait initialement tenir la vedette dans Cinéman) refuse soudainement le rôle (pour des raisons qui, aujourd'hui encore, restent assez floues...), qui est alors proposé à Jean Dujardin, lequel le décline à son tour, ce qui repousse une nouvelle fois le début du tournage. Deuxième chose, des problèmes de son obligent les acteurs à réenregistrer les dialogues, d'où un léger décalage image/son que l'on peut constater lorsque leurs lèvres s'animent. Enfin, troisième et dernière ombre au tableau, le suicide, en mai dernier, à l'âge de 29 ans, de l'actrice britannique Lucy Gordon (Cinéman lui est justement dédié), et qui n'a sans doute pas facilité la promotion du film, immédiatement massacré par la presse lors de sa sortie en salles (ce qui, d'ailleurs, ne m'étonne guère de la part des critiques professionnels, ahem... bien que pour une fois, je ne leur donne pas entièrement tort, sans vouloir être de mauvaise foi...). Autant de soucis qui expliquent peut-être la demi-réussite de Cinéman.

Si je ne l'apprécie toujours que très moyennement, j'ai néanmoins trouvé Franck Dubosc convaincant et tout à fait à son aise dans son rôle de professeur autoritaire et maladroit, dont l'existence paisible (trop, sans doute...) est soudainement chamboulée, bien que l'évolution de son personnage grâce à ce << miracle >> du destin soit traitée sur un mode trop proche du cliché.

En princesse tout droit sortie d'un conte de fées, la regrettée Lucy Gordon insuffle sa grâce et sa délicatesse à une héroïne qui ne manque pas de charme, ni de cran, et encore moins de toupet. Pierre-François Martin-Laval, quant à lui, prête ses traits à Douglas Craps (un nom qui en dit long sur la profondeur psychologique du personnage, bref...), le méchant de l'histoire. Un méchant bien vicieux comme on les aime, mais dont le sadisme n'a d'égal que l'absence d'âme, et donc, d'intérêt... un méchant très caricatural que l'on pourrait qualifier de << bouffon >>. Côté seconds rôles, saluons principalement Anne Marivin et Jean-Christophe Bouvet. Quel plaisir aussi de retrouver Pierre Richard dans son propre rôle, toujours égal à lui-même, ainsi que Michel Galabru et Marisa Berenson, qui effectuent une apparition furtive mais ô combien savoureuse.

L'histoire, elle, tient solidement la route et se suit avec un réel intérêt, même si les éternels insatisfaits risquent de la trouver lassante au bout de dix minutes (!). La mise en scène, inventive, fait preuve d'une belle énergie et regorge d'excellentes trouvailles visuelles, telles la scène du sous-titrage ou celle de l'arrêt sur image.

Concernant les multiples clins d'œil << cinéphiliques >> (évidemment très attendus, on s'en doute !), ils sont bien amenés et s'insèrent habilement dans le récit, par ailleurs porté par la voix si caractéristique de Franck Dubosc qui, pour l'occasion, joue aussi les narrateurs. Parmi les quelques films mythiques du 7e Art qui sont ici parodiés et revisités (avec plus ou moins d'élégance...), on s'amusera notamment à reconnaître << Pour une poignée de dollars >>, << Barry Lyndon >>, << Taxi Driver >>, << Les aventures de Robin des Bois >> ou encore << Orange mécanique >>. Quant à l'action, elle est plutôt bien soutenue et ne souffre d'aucun temps mort particulier. Il faut dire aussi que la musique aide bien en ce sens, car elle est très dynamique et apporte vraiment beaucoup de rythme à l'ensemble.

Cependant, comme je le disais déjà ci-dessus, Cinéman est loin d'être un film réussi, et il n'est pas non plus à la hauteur des attentes que l'on était en droit d'avoir en découvrant la bande-annonce. La faute à un humour pas toujours très fin, qui a une fâcheuse tendance à aligner les gags d'un goût parfois très douteux et les répliques vulgaires (hélas, trois fois hélas...).

La fin est en outre totalement bâclée et donne l'amère impression que Yann Moix n'a pas su comment clore son histoire. Mais il est en revanche impossible de remettre en question l'amour que le réalisateur porte envers le 7e Art et qui transparaît immédiatement dès le générique du début, ainsi que dans le générique final, véritable hommage au cinéma muet. De ce côté, Cinéman fait preuve d'une sincérité incontestable et c'est bien ce qui fait son point fort.

  

EN GUISE DE CONCLUSION:

À condition de ne pas se montrer trop exigeant et de fermer les yeux sur les défauts qui gâchent un peu le plaisir, Cinéman constitue un divertissement agréable et sans prétention, que je recommande en priorité à tous les mordus de cinéma. En bref, Cinéman est un film mineur mais sympathique, comme il en sort (presque...) chaque semaine. Ni plus, ni moins !...

K.H.



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6 novembre 2009 5 06 /11 /novembre /2009 22:51

ATTENTION, RISQUE DE SPOILERS !

Été 1963. Frédérique Houseman (dite << Bébé >>), 17 ans, fait la connaissance d'un groupe de danseurs formé par les animateurs du village de vacances où elle séjourne. L'ambiance est électrique, les couples se contorsionnent sur les rythmes syncopés du célèbre << Dirty Dancing >>. Au milieu de tous ces danseurs, dont le talent n'est plus à prouver, il y a aussi le sulfureux Johnny Castle, un beau professeur, dont Bébé devient bientôt la partenaire suite à un concours de circonstances...

Le 14 septembre dernier, dans l'indifférence quasi générale, l'acteur américain Patrick Swayze (célèbre pour ses rôles dans << Ghost >> et << La cité de la joie >>, notamment) décédait à l'âge de 57 ans, des suites d'un cancer du pancréas contre lequel il aura lutté avec force et courage jusqu'au dernier souffle. Outrée mais surtout très déçue par l'attitude des chaînes françaises, qui n'ont même pas évoqué sa mort dans leurs journaux télévisés, j'ai donc décidé de rendre aujourd'hui un petit hommage à ce formidable comédien disparu trop tôt, en revenant - en quelques lignes - sur le film culte qui lança sa carrière au cinéma... je veux évidemment parler de l'incontournable Dirty Dancing. Un hommage certes assez tardif, mais néanmoins profondément sincère.

Il est parfois des films qui n'ont à priori rien d'extraordinaire mais que l'immense succès (bien souvent surprise) rencontré au moment de leur sortie en salles propulse immédiatement au rang de mythe pour toute une génération de spectateurs. C'est justement le cas de Dirty Dancing, sorti en 1987. Signé Emile Ardolino (à qui l'on doit aussi le premier << Sister Act >>), ce long-métrage - disons-le franchement - ne présente rien dans son propos ou dans sa réalisation qui soit exceptionnel ou novateur pour le 7e Art. Mais la réussite de Dirty Dancing est ailleurs, dans une histoire qui nous dit (avec une justesse assez rare pour être signalée) de toujours aller au bout de nos rêves, et dans une mise en scène qui fait la part belle à la danse et à la musique. À ce titre, il faut préciser que les numéros chorégraphiques sont absolument prestigieux et tous plus époustouflants les uns que les autres, et la bande originale - à la fois douce et rythmée - déchire tout sur son passage. Et comme dans tout film qui se respecte, la comédie musicale cède peu à peu place à la comédie tout court, ainsi qu'à la comédie sentimentale, l'humour et le romantisme étant également savamment dosés. Sans être particulièrement transcendante, l'intrigue offre une belle occasion au regretté Patrick Swayze de nous montrer ses talents d'acteur, de danseur et même de chanteur, puisqu'il va jusqu'à pousser la chansonnette sur une mélodie de sa composition. Il est en outre escorté par une bien jolie compagne, la délicieuse Jennifer Grey, qui n'a malheureusement pas eu la carrière qu'elle aurait mérité.

Beaucoup moins lisse que ce que pouvait au départ laisser entrevoir sa trame, Dirty Dancing constitue un divertissement familial sympathique et attachant, que l'on revoit toujours avec beaucoup de plaisir, mais aussi avec une petite pointe de nostalgie. Nul doute que là où il se trouve désormais, Patrick Swayze fait danser les anges, à défaut de leur faire jouer de la harpe...

K.H.



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28 octobre 2009 3 28 /10 /octobre /2009 17:39

ATTENTION, RISQUE DE SPOILERS !

LES SENTIERS DE LA GLOIRE (Paths of Glory)

Film américain

Date de sortie: 26 mars 1975  Date de reprise: 10 novembre 2004

Genre: Guerre, histoire, drame  Durée: 1h24  Tous publics

Conseil personnel: Pour adolescents et adultes.

Disponible en DVD et VHS - Noir & blanc

France, 1916. Terrés dans leurs tranchées, soldats français et allemands se livrent à une interminable guerre d'usure. Ce qui ne fait pas l'affaire du général Broulard, lequel a besoin d'une victoire pour consolider sa réputation. Il ordonne donc au général Mireau de s'emparer d'une position-clef (dite << La Fourmilière >>) tenue par les Allemands. Cette mission, on ne peut plus dangereuse, est confiée aux hommes du colonel Dax...

  

LA CHRONIQUE DE KLEINHASE:

Qu'il y a-t-il de pire au monde, outre la guerre, la violence ou l'injustice; qui existe depuis la nuit des temps et que personne n'a jamais su/voulu arrêter, et qui n'a donc aucune limite, même lorsqu'elle franchit le seuil de l'absurdité totale ?... La bêtise humaine, tout simplement. C'est en tout cas ce que Stanley Kubrick laisse entendre - à juste titre - à travers Les Sentiers de la Gloire.

Avec un propos aussi véridique que dérangeant, ce film propice à la controverse (qui s'impose sans conteste possible comme l'un des premiers coup de maître de son illustre géniteur, si ce n'est le premier) déclencha de vives polémiques au moment de sa sortie, en 1957, et se vit purement et carrément interdit de projection dans de nombreux pays... dont la France, où il ne fut pas diffusé avant 1972, soit 15 ans plus tard.

La raison de cette longue censure ?... Pour l'une des toutes premières fois dans l'histoire du 7e Art (et plus précisément dans l'histoire du cinéma de guerre), Stanley Kubrick ne livre pas une œuvre bien-pensante ou << vengeresse >>, qui présenterait de manière caricaturale les soldats français comme les << gentils >> et les soldats allemands comme les << méchants >> (il l'a d'ailleurs dit lui-même, il aurait aussi bien pu situer son intrigue du côté allemand). Kubrick, avec Les Sentiers de la Gloire (qui est en fait l'adaptation cinématographique d'un roman éponyme d'Humphrey Cobb, paru en 1935), ne s'attaque même pas à la guerre en elle-même.

Non, il s'attaque à la vanité des hommes et à leur folie meurtrière, en retraçant avec force et sobriété le parcours tragique et parfaitement authentique de tous ces soldats injustement fusillés pour l'exemple, afin de satisfaire l'orgueil aveugle de généraux incompétents, qui envoyaient des milliers d'hommes à la mort dans le but d'obtenir une ridicule médaille et la reconnaissance de la nation; mais qui, en cas d'échec, refusaient d'admettre leurs actes (si on dit que les hommes sont incapables d'assumer les conséquences de leurs bêtises, ce n'est pas pour rien !...) et préféraient faire tuer des innocents, dont la bravoure sur les champs de bataille n'était pourtant plus à prouver.

L'affiche des Sentiers de la Gloire, présentée en haut de page, est d'ailleurs très évocatrice à ce sujet, puisqu'elle représente une médaille face à un petit sentier au bout duquel se trouve une croix; symbole de cette << gloire >> funèbre qui appelle inévitablement à la rébellion et à l'anarchie. C'est donc cette effarante et triste réalité que le cinéaste dénonce dans Les Sentiers de la Gloire... On comprend mieux, à présent, pourquoi ce film aura été au cœur d'un important scandale (certaines personnes - qui n'avaient soi-disant rien à se reprocher, ahem... - auraient sans doute préféré que cet épisode inimaginable et honteux de la Grande Guerre soit définitivement tenu au secret). Toute vérité n'est pas bonne à dire et à entendre, surtout lorsque le cinéma s'en mêle...

Fin observateur du monde, Stanley Kubrick n'en reste pas moins un auteur totalement hors norme dans l'histoire du 7e Art, ainsi qu'un éternel pessimiste dans sa description de l'âme humaine. La preuve avec Les Sentiers de la Gloire. Sans parti pris ni jugement, il se contente seulement de filmer l'homme sous son plus mauvais jour, dans toute sa stupidité, sa folie, sa fierté, sa noirceur.

La justesse de sa réalisation repose sur une mise en scène simple et presque pathétique, qui parvient à éviter tout manichéisme ou tout côté un peu trop moralisateur. Dans un noir & blanc froid comme la mort, la puissance dramatique du récit cède peu à peu place à la puissance émotionnelle de la situation, aussi absurde qu'incroyable. La musique, quant à elle, garde quelques distances avec le scénario tout en le sublimant grâce à des notes d'une rare gravité (le générique de début, dans lequel on entend << La Marseillaise >>, donne immédiatement le ton et semble résonner comme une raillerie à l'encontre d'un certain << patriotisme >> que l'on pourrait vulgairement qualifier de << foutaise >>).

Point de vue casting, il faut évidemment saluer la magistrale performance d'un Kirk Douglas en pleine forme, dans l'un des plus beaux rôles de sa vie; celui du colonel Dax, officier courageux qui n'a pas peur de dire ce qu'il pense afin de faire triompher la justice, mais se heurte violemment à ses supérieurs, deux pourritures de généraux superbement interprétés par les détestables Adolphe Menjou et George MacReady.

Un petit mot aussi pour applaudir les compositions très émouvantes de Timothy Carey, Ralph Meeker et Joe Turkel; qui prêtent leurs traits à trois soldats injustement fusillés pour l'exemple. Si on ressent naturellement beaucoup de compassion pour eux (au point de vouloir les sauver !...), on éprouve surtout le même sentiment que le personnage de Kirk Douglas: de la révolte. Une révolte incontrôlable, qui donne furieusement envie de cracher à la figure de ces deux faux jetons de généraux et de leur foutre une bonne paire de baffes dans la gueule (passez-moi l'expression !). On ne peut s'empêcher de penser, en regardant ce long-métrage, que ce sont ces incapables de généraux qui auraient mérités d'être fusillés, simplement pour leur manque total de responsabilité mais aussi et surtout pour leur lâcheté; eux qui se permettaient de traiter leurs hommes de poules mouillées en restant tranquillement assis derrière un beau bureau à siroter une boisson et à attendre que les choses se passent; alors que leurs soldats, justement, étaient en train d'affronter la mort au même moment.

  

EN GUISE DE CONCLUSION:

<< Il est des instants, et celui-ci est l'un d'eux, où j'ai honte d'appartenir à la race des hommes >>: cette terrible réplique, prononcée par Kirk Douglas lors de la scène grandiose du procès (un procès qui devrait plutôt être appelé << connerie suprême >>), résume à elle seule la force des Sentiers de la Gloire. Un film implacable et incontournable, un chef-d'œuvre indispensable pour tout cinéphile qui se respecte. Le regarder au moins une fois dans sa vie représente un devoir de mémoire essentiel. Du grand art.

K.H.

Nominations et récompenses obtenues, le détail complet > ICI



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8 octobre 2009 4 08 /10 /octobre /2009 10:35

ATTENTION, RISQUE DE SPOILERS !

LES HOMMES PRÉFÈRENT LES BLONDES (Gentlemen prefer blondes)

Film américain

Date de sortie: 21 avril 1954  Date de reprise: 9 juillet 2008

Genre: Comédie musicale  Durée: 1h27  Tous publics

Conseil personnel: Pour toute la famille.

Disponible en DVD et VHS - Couleur

Dorothy Shaw et Lorelei Lee sont deux ravissantes chanteuses de cabaret. L'amoureuse, c'est Dorothy: une grande brune apparemment cynique qui, en fait, s'éprend du premier venu... pourvu qu'il soit beau garçon !... Lorelei, elle, est tout le contraire. Cette blonde incendiaire, qui séduit les hommes d'un seul clignement de l'œil, prétend être une idiote pour mieux sonder la fortune de ses soupirants. D'ailleurs, elle a fait son choix. Sa prochaine << victime >> sera Gus Esmond, fils de milliardaire timide et légèrement niais sur les bords...

  

LA CHRONIQUE DE KLEINHASE:

Si l'on me demandait de citer le nom d'une star de cinéma que j'apprends à découvrir depuis quelques mois et dont le style me séduit de plus en plus de film en film au point d'en tomber amoureuse (artistiquement parlant, entendons-nous bien !), je répondrais sans hésiter Marilyn Monroe. Ah, Marilyn !... Mythe sacré d'Hollywood, icône glamour par excellence, Marilyn Monroe est une star à qui je ne portais aucun intérêt particulier il y a encore quelques années, et qui est pourtant en train de devenir l'une de mes actrices fétiches (comme quoi !...). Chacun de ses films est un paquet-cadeau, source d'un plaisir toujours nouveau et différent. 

Ainsi, après avoir vécu un délicieux moment de détente devant << Rivière sans retour >>, << Sept ans de réflexion >> et << Certains l'aiment chaud >>, et en attendant de voir ses autres films (qui, je l'espère, me plairont tout autant !); j'ai récemment découvert Les hommes préfèrent les blondes. Avec un régal semblable à celui éprouvé face aux longs-métrages précédemment évoqués et une joie identique, peut-être même encore plus grande.

Réalisé par Howard Hawks en 1953, Les hommes préfèrent les blondes offrait à Marilyn Monroe son premier vrai rôle important, le rôle qui allait définitivement lui ouvrir les portes de la gloire et faire d'elle la star que l'on sait. Rappelons d'ailleurs que la belle avait déjà travaillé sous la direction de ce cinéaste, pour les besoins de << Chérie, je me sens rajeunir >>, en 1952. Il faut aussi préciser que Les hommes préfèrent les blondes fut la seule comédie musicale réalisée par Howard Hawks qui, bien que mélomane, ne se sentait pas très à l'aise dans ce genre cinématographique plutôt spécial, il est vrai (!).

Le scénario, diablement coquin et farceur, aborde avec une certaine ingéniosité deux sujets plutôt osés et assez tabous pour l'époque: le sexe et l'argent. Effectivement, si l'histoire peut aujourd'hui prêter à sourire par son côté un peu désuet (absolument charmant, d'ailleurs !), il faut dire qu'en son temps, elle bluffa tout le monde de par la légèreté et l'espièglerie avec laquelle elle traite des relations hommes/femmes et du pouvoir que le << Dieu Fric >> exerce sur nous, pauvres imbéciles que nous sommes à nous mettre dans tous nos états pour quelques malheureux billets...

Ce qui peut fortement agacer de nos jours, car le sexe masculin comme le sexe féminin n'est nullement épargné et la caricature est poussée jusqu'à l'extrême, entre la représentation de la brune très maligne mais qui se laisse mener par le bout du nez à cause de l'amour, la blonde un peu cruche qui jubile dès qu'on prononce devant elle le mot << diamant >>, le vieux riche qui passe du bon temps avec de jeunes et jolies femmes sans se soucier de son épouse mais fait néanmoins preuve d'une certaine lâcheté, le détective beau gosse et manipulateur, et le fils << à Papa >> milliardaire mais assez crétin. Cette caricature volontairement excessive peut énerver, mais elle apporte justement à l'histoire tout son sel et toute sa saveur.

Surtout que derrière ce ton très grotesque se révèle une vraie profondeur, Howard Hawks ayant réussi à dresser une fine peinture des rapports garçons/filles, et cela avec beaucoup d'élégance et de maîtrise. En outre, on ne peut que vanter la splendeur étourdissante des chorégraphies et de la musique, ainsi que la magnificence incroyable et divinement envoûtante du Technicolor.

À noter également la richesse et la précision des gags, souvent forts drôles sans jamais être lourds ou déplacés (voilà bien ce qui manque dans le cinéma comique actuel: l'humour qui fait vraiment rire sans être vulgaire ou méchant... de nos jours, si on n'entend pas le mot << cul >> toutes les dix répliques, ce n'est pas drôle... Mais bon sang, on peut faire rire sans forcément se sentir obligé d'employer la grossièreté !... La preuve avec Les hommes préfèrent les blondes... non, c'est trop compliqué de faire rire sans être malpoli ?... Bah tant pis alors, faudra se contenter des vieilles comédies...).

Enfin, point de vue casting, on applaudira bien sûr la remarquable performance de Marilyn Monroe, au sommet de sa beauté et de son talent, plus craquante que jamais dans le rôle de la femme fatale à qui aucun homme (ni aucun diamant !...) ne résiste. On ne peut d'ailleurs s'empêcher de penser, en voyant ce film, que sa mort brutale et prématurée constitua une perte majeure pour le 7e Art... chienne de vie, tiens !

Pour autant, même si les hommes préfèrent peut-être les blondes, les brunes ne comptent pas pour des prunes (!) et on soulignera donc le jeu subtil de Jane Russell, qui forme avec Marilyn un duo hilarant et très complémentaire, qui tire brillamment profit de l'opposition de leurs caractères et de leurs personnalités, donnant ainsi lieu à un face-à-face enlevé et explosif (la scène du tribunal, où Jane Russell se fait passer pour Marilyn, vaut le détour à elle seule !). Devant ce tandem à priori improbable, les personnages masculins peuvent sembler bien fades mais tiennent toutefois une place capitale dans le déroulement de l'intrigue, alors saluons comme il se doit tous ces messieurs qui ont contribué, par leur présence et par leurs prestations, à la réussite de Les hommes préfèrent les blondes: Charles Coburn (le vieux riche), Elliott Reid (le détective) et Tommy Noonan (le fils milliardaire timide et naïf). Sans oublier l'apparition inattendue, dans un second rôle, du comédien français Marcel Dalio.

  

EN GUISE DE CONCLUSION:

Les hommes préfèrent les blondes est le genre de film que l'on peut revoir plusieurs fois d'affilée sans se lasser, car c'est du cinéma multicolore, pétillant, joyeux, farfelu, enchanteur; servi avec entrain et classe par deux partenaires de chic et de choc, Jane Russell et Marilyn Monroe, la brune à l'esprit rapide et la blonde faussement stupide, la brune romantique à la répartie bien caustique et la blonde un peu machiavélique aux idées gentiment diaboliques, la brune aussi amoureuse que généreuse et la blonde langoureuse aux mains cajoleuses. En bref, nous avons affaire ici à un véritable bijou de malice et d'humour, qui donne furieusement envie de chanter et de danser, mais qu'il est préférable de voir en version originale car le doublage français (excepté une ou deux voix) a très mal vieilli et est globalement assez moche, surtout dans les passages musicaux (quel massacre d'avoir adapté - si l'on peut dire ! - les chansons dans la langue de Molière, ça dénature totalement l'histoire et ça casse le rythme...). Doubler un film, c'est bien, mais lorsqu'il s'agit d'une comédie musicale, il vaudrait mieux ne pas toucher aux chansons et les traduire par l'entremise de sous-titres... au moins, le spectateur pourrait profiter des voix originales tout en comprenant les paroles... mais c'est encore un autre débat... Quoiqu'il en soit, voyez au plus vite Les hommes préfèrent les blondes si vous ne le connaissez pas encore !

K.H.

Nominations et récompenses obtenues, le détail complet > ICI



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25 septembre 2009 5 25 /09 /septembre /2009 11:26

ATTENTION, RISQUE DE SPOILERS !

INTO THE WILD

Film américain

Date de sortie: 9 janvier 2008

Genre: Aventures, drame, biographie  Durée: 2h22  Tous publics

Conseil personnel: Pour adolescents et adultes.

Disponible en DVD et Blu-Ray - Couleur

Site officiel

Christopher McCandless a 22 ans, de brillants diplômes et un avenir qui semble déjà tout tracé. Le jeune homme a pourtant bien d'autres routes dans le sang. Animé par une soif d'absolu et de liberté sans limite, il plaque tout du jour au lendemain pour partir à l'aventure. Des champs de blé du Dakota aux flots déchaînés du Colorado, en passant par les déserts de Californie, Christopher croisera des hommes et des femmes qui vont façonner sa vision de la vie. Au bout du voyage, le choc avec la nature brute: l'Alaska...

  

LA CHRONIQUE DE KLEINHASE:

C'est ce que j'appelle se prendre (pardonnez-moi l'expression qui, je le conçois, n'est pas très jolie !) une putain de claque dans la gueule. Balancé ainsi, je sais bien que le terme peut paraître honteusement grossier (d'ailleurs, je m'excuse sincèrement si je vous ai choqué, ce n'était nullement mon objectif !), mais afin de définir d'emblée ce que j'ai ressenti face à Into the Wild - qui est un film à l'état brut - il me fallait donc, logiquement, une phrase à l'état brut.

Si l'on me demandait de résumer Into the Wild en seulement deux mots, je dirais que ce fut pour moi un film coup de cœur en même temps qu'un film coup de poing. Coup de cœur parce que je raffole de ce genre de récit à but initiatique et philosophique, et parce qu'ensuite, j'apprécie les films qui mettent en valeur la beauté du monde qui nous entoure, que ce soit le monde sauvage, animal ou social. Coup de poing parce qu'il y a bien longtemps qu'un film ne m'avait pas autant secouée, remuée, touchée.

Mais attention !... Quand je dis << toucher >>, je l'entends de deux manières. Parce qu'il existe selon moi deux manières d'être touché(e) par un film: la manière << douce >> et la manière << forte >>. La manière << douce >>, c'est lorsqu'un film m'émeut et m'arrache éventuellement de discrètes larmes, sans pour autant m'empêcher de maîtriser mon émotion. La dernière fois qu'un film m'a touchée de manière << douce >>, c'était en août dernier, avec << Là-haut >> des studios Pixar, dont le début plein de nostalgie m'aura humidifié les yeux durant l'espace de quelques secondes.

La manière << forte >>, c'est lorsqu'un film m'émeut tellement que j'éclate - malgré moi ! - en sanglots, et dans une situation pareille, je crois que je serais capable de verser toutes les larmes de mon corps (!). La dernière fois qu'un film m'a touchée de manière << forte >>, c'était... pffiou, je ne m'en souviens même plus. Au hasard, je dirais que c'était avec << Les Lumières de la Ville >>, de Chaplin.

Car oui, sans vouloir passer pour une dure à cuire, je dois dire que je pleure vraiment très rarement devant un film. Non pas que je sois indifférente au spectacle qui se déroule sur l'écran, bien au contraire, mais disons plutôt que j'arrive généralement à dominer ma sensibilité. Sauf face à Into the Wild, devant lequel je n'ai rien dominé du tout (j'ai bien essayé pourtant, mais en vain !) et qui m'aura donc touchée de manière (très !...) << forte >>. La nuit qui a suivi, je n'ai d'ailleurs pas pu dormir pendant près d'une heure (ce qui, là aussi, ne m'était pas arrivé depuis un bon bout de temps...).

Tandis que je me tortillais dans tous les sens dans mon lit et me retournais encore et encore dans l'espoir de retrouver le sommeil (j'ai fini par le retrouver, au passage !), les images se bousculaient dans mon esprit: inconsciemment, je repensais à Into the Wild, à ce film qui a continué à me bouleverser et à me faire pleurer plus de dix minutes après que le générique de fin soit passé.

Et maintenant que je rédige ces lignes (d'ailleurs, cela vaut-il vraiment la peine de commenter ce film sur lequel tout - ou presque ! - a déjà été dit ?...), les poils se hérissent sur mes bras, les frissons me bousculent le dos et Into the Wild défile à nouveau dans ma tête. Comme si, finalement, l'émotion qui m'a envahie il y a près de deux semaines, lorsque je l'ai découvert pour la première fois, m'habitait encore et était toujours enfouie au plus profond de ma chair, sans que je ne m'en rende compte.

Réalisé par Sean Penn en 2007, Into the Wild (qui peut se traduire par << En pleine nature >>) est l'adaptation cinématographique de << Voyage au bout de la solitude >>, un livre écrit par Jon Krakauer en 1996 et qui relate l'histoire vraie de Christopher McCandless; un brillant étudiant qui quitta ses proches et sa maison en 1990, pour partir à l'aventure (<< Être libre, ce n'est pas seulement ne rien posséder, c'est n'être possédé par rien >>, se dit-on à la vue de ce fait divers incroyable et pourtant véridique).

Ce voyage - lourd de sens - s'achèvera en Alaska, en 1992, dans des circonstances tragiques; puisque Christopher McCandless fut retrouvé mort par des chasseurs, dans le bus abandonné où il avait élu domicile depuis quatre mois, après s'être intoxiqué en mangeant des plantes non-comestibles. Ironie du drame, cette nature où il avait voulu s'enfoncer à tout prix l'aura finalement tué... preuve que l'homme n'est rien du tout face à l'univers, rien d'autre qu'un passeur qui cherche depuis la nuit des temps à devenir le maître du monde; mais oublie toujours qu'une infinie puissance règne au-dessus de lui, une puissance insoupçonnable face à laquelle même le plus riche et le plus fort des hommes ne peut rien. Car nous, mortels, ne sommes qu'ombre et poussière... de la poussière, l'homme est né, de la poussière, l'homme finira... Et si la nature peut être pendant un temps plus ou moins éphémère une consolatrice idéale, elle se révèle bien souvent dangereuse et oppressante, incompréhensible et capricieuse.

Nul doute qu'en signant Into the Wild, Sean Penn a concrétisé un projet qui lui était très cher, puisque il lui aura fallu dix ans de négociation pour que la famille de Christopher McCandless accepte que ce film voit le jour. Et le résultat final est à la hauteur de son ambition.

Beau sans être tape à l'œil, poignant sans être larmoyant, lent sans être long; Into the Wild dégage une pureté et une émotion exceptionnelles, dont l'authenticité est pour le moins saisissante. Entièrement tourné en décors naturels, dans les lieux mêmes que son protagoniste principal a traversé, Into the Wild est l'un de ces rares films qui ont la valeur de classique instantané, de chef-d'œuvre immédiat. Traité sur un mode narratif qui alterne habilement flash-back et retours dans le présent, le scénario est très fidèle à l'histoire originale dont il s'inspire, Sean Penn étant allé jusqu'à reproduire à l'identique le bus où Christopher McCandless a vécu les ultimes mois de sa courte et singulière existence.

Si Leonardo DiCaprio fut initialement pressenti, c'est finalement le jeune et prometteur Emile Hirsch qui hérite du rôle de Christopher McCandless. Charismatique tout en restant on ne peut plus sobre, il s'impose sans conteste comme une révélation à surveiller de très près et nous livre une prestation éblouissante, pleine de retenue et de sensibilité (il faut d'ailleurs savoir que le comédien s'est beaucoup investi durant ce tournage, perdant près de 20 kilos pour le besoin des scènes finales).

Pour l'entourer, Sean Penn a su sélectionné une pléiade d'excellents seconds rôles et retrouve notamment Marcia Gay Harden (à qui il avait donné la réplique dans << Mystic River >>, en 2003) et qui interprète ici - avec beaucoup de délicatesse - la mère du héros (ou du anti-héros devrais-je dire, car Christopher reste un être humain tout au long de son voyage, un être humain avec ses qualités et ses défauts, ses forces et ses faiblesses, ses joies et ses peines), tandis que William Hurt incarne avec conviction son père et Jena Malone, sa sœur, la seule personne qui l'a réellement compris et avec qui il entretenait une relation très proche et très complice. N'oublions pas de saluer les jolies performances de Brian Dierker et Catherine Keener (le couple de hippies qui se déchire), et de Hal Holbrook, tout à fait attachant en ancien militaire rongé par la solitude; ainsi que de Vince Vaughn, sympathique en patron un peu truand sur les bords. À noter aussi la présence au générique de Kristen Stewart, l'héroïne de la saga << Twilight >>, lumineuse en jeune chanteuse hippie qui s'éprend de Christopher. La somptuosité des grands espaces naturels associée à une musique aux notes parfois très mystiques évoquant encore davantage la liberté recherchée par Christopher ne font que renforcer la magie si particulière et si forte qui règne dans Into the Wild.

Si les spectateurs moyens que nous sommes ont une fâcheuse tendance à considérer le cinéma avant tout comme un banal moyen de divertissement et de passe-temps, Sean Penn le réhabilite à travers ce long-métrage en nous rappelant ce qu'il est vraiment: un formidable vecteur de découvertes, de surprises, d'interrogations; un art (le 7e du nom) universel et unique en son genre, qui se met ici au service d'une ode flamboyante à l'homme, à la nature, à la liberté, à la grandeur, à la beauté, à la foi (oui, il est aussi question de foi dans Into the Wild: foi en Dieu, foi en son prochain, foi en l'avenir); qui renoue avec la vieille tradition des fresques hollywoodiennes dans lesquelles le romanesque et le grand spectacle côtoient régulièrement une pertinente réflexion sur la valeur de l'existence (ce qui me rappelle cette célèbre citation que l'on attribue à André Malraux: << Une vie ne vaut rien, mais rien ne vaut une vie >>) et sur la place de l'être humain sur Terre.

Tel Christopher McCandless à la fin de ce film (une fin d'une magnificence extraordinaire, malgré sa noirceur poignante et littéralement hors norme), tel Christopher McCandless au bout de son périple et de sa quête de soi (et des autres...), Sean Penn semble avoir été touché par la grâce et a atteint, ce qu'on peut modestement appeler, l'illumination de la perfection cinématographique (bien que la perfection - la perfection absolue - n'a jamais existé, n'existe toujours pas et n'existera certainement jamais !).

Bon, je crois avoir fait le tour de Into the Wild, alors je vais conclure sur ces mots, car j'ai les yeux qui commencent sérieusement à me titiller et à me picoter... ce doit être l'émotion, je suppose. Pardonnez-moi si j'ai été un peu longue dans mon développement (très longue, même...), je n'ai pas l'habitude d'aller aussi loin dans les détails, mais toute la palette de sentiments que j'ai éprouvé par l'entremise de ce long-métrage était vraiment spéciale (pour ne pas dire rare); et je me devais donc d'aborder comme il se doit cette œuvre qui se vit autant qu'elle se contemple et qui fait partie de celles qui marquent toute une vie de cinéphile. J'espère simplement - et je le dis en toute humilité - que cette chronique aura servi à vous apporter un regard encore différent et encore nouveau sur ce film qui se redécouvre à chaque visionnage. Et à mon tour, je serais sincèrement enchantée de connaître votre avis personnel, votre vision des choses et le souvenir que vous en gardez (qu'il soit bon ou mauvais !). Car Into the Wild est un film qu'il est intéressant de partager avec sa famille ou ses amis, afin de l'apprécier encore et encore sous un angle neuf, à travers les yeux de quelqu'un d'autre.

  

EN GUISE DE CONCLUSION:

Into the Wild est une œuvre qui se vit non seulement avec son esprit et ses tripes, mais aussi et surtout avec son cœur. Quoiqu'il en soit, si vous ne connaissez pas encore ce film déjà considéré comme un incontournable du 7e Art (et si c'est le cas, je vous envie jalousement, en me disant que vous aurez bien de la chance le jour où vous le découvrirez pour la première fois !...), ne perdez pas davantage de temps à lire ces lignes et regardez-le absolument sans plus tarder. Ce n'est pas un conseil, c'est un ordre: REGARDEZ-LE !!!... Ne soyez pas découragé par sa durée, qui peut certes paraître longue (un peu plus de 2h20 tout de même !), mais qu'on ne voit vraiment pas passer et qui s'écoule à une allure folle. J'aurai même envie de dire que si Into the Wild durait une heure de plus, il se terminerait néanmoins toujours aussi vite, car une fois que l'action s'installe pour de bon et que le souffle passionné cède peu à peu place au souffle passionnant; on se sent immédiatement transporté par la fabuleuse épopée à la fois humaine et philosophique que va vivre ce jeune homme assoiffé d'absolu et de vérité; et plus l'histoire avance, et plus on a l'impression désarmante d'être à ses côtés et de marcher dans ses pas. Alors, n'hésitez plus une seule seconde et voyez-le dès que possible, lorsque l'occasion se présentera devant vous (et le plus tôt sera le mieux...). Quant à moi, Into the Wild fait d'ores et déjà partie de mon top 10. Merci, monsieur Sean Penn, et surtout, bravo. Du cinéma de cette ampleur et de cette qualité, on (j'en...) en redemande plus souvent...

K.H.

Nominations et récompenses obtenues, le détail complet > ICI

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10 septembre 2009 4 10 /09 /septembre /2009 17:07

ATTENTION, RISQUE DE SPOILERS !

LÀ-HAUT (Up)

Film américain

Date de sortie: 29 juillet 2009

Genre: Animation  Durée: 1h35  Tous publics

Conseil personnel: Pour toute la famille.

Couleur

Site officiel

Enfant, Carl avait pour idole l'explorateur Charles Muntz. Plus tard, il épousa Ellie, avec laquelle il vécut un bonheur sans nuages. Mais celle-ci n'est plus et Carl est à présent un vieux grincheux de 78 ans. Sa petite maison menacée par un projet immobilier, il décide un jour de lui attacher des milliers de ballons et s'envole vers l'Amérique du Sud. Ce qu'il n'avait pas prévu, c'est que le jeune Russell, un scout rondouillard et débordant d'énergie, s'inviterait à son bord...

  

LA CHRONIQUE DE KLEINHASE:

Chaque année à la même période, vers la fin juillet-début août, c'est toujours le même rituel: dès qu'un nouveau Pixar sort en salles, tout le monde (journalistes et spectateurs) s'accorde à dire que c'est LE chef-d'œuvre ultime du studio, parce que c'est le plus beau, le plus magique, le plus audacieux, le plus étonnant film d'animation jamais fait. Or, l'année suivante, ce qui était pourtant considéré comme << LE chef-d'œuvre ultime >> est détrôné par une autre production du studio, bien plus merveilleuse, plus fantastique, plus inventive, etc, etc, etc.

Autrement dit, lorsqu'un nouveau Pixar débarque sur le grand écran, on croit toujours avoir vu l'apothéose finale. Mais Luxo Jr. (la lampe qui sert de logo au célèbre studio) s'illumine aussitôt, comme pour nous dire qu'une œuvre encore plus lumineuse s'apprête à voir le jour.

Car la force de Pixar est de surprendre le public à chaque fois en l'entraînant dans des histoires toujours plus rocambolesques les unes que les autres, tout en l'enchantant avec une animation qui se veut de plus en plus virtuose et créative de film en film. Sorti en salles il y a tout juste un mois, Là-haut en est une nouvelle preuve par excellence.

Mais d'ailleurs, qu'est-ce que Là-haut ? Un endroit mystérieux, un sommet difficile à trouver, un paradis secret où chacun d'entre nous aimerait aller un jour ??... Pour Carl, le personnage principal de ce long-métrage, Là-haut ressemble plutôt à un rêve d'enfant. Un vieux rêve de môme qui ne s'est malheureusement jamais réalisé, faute de chance et peut-être aussi de temps, la vie étant hélas bien trop courte...

Aujourd'hui, Carl est un vieillard bougon et solitaire, qui ne vit plus que dans le souvenir d'Ellie, sa défunte épouse, et attend tristement sa dernière heure. Mais après tout, pourquoi ne pas profiter du temps qui lui reste pour exaucer ce rêve qu'il entretient depuis si longtemps, ce rêve fou qu'il aurait tant voulu partager avec Ellie ?... N'ayant plus rien à perdre, Carl fait s'envoler sa maison en l'amarrant à des milliers de ballons et met le cap sur l'Amérique du Sud. Une destination bien lointaine, où un mythique explorateur s'était jadis rendu alors que Carl n'était encore qu'un gamin timide et peureux. En décidant d'aller là-bas aujourd'hui, Carl espère donc marcher sur les traces de son idole. Seulement, il ignore que Russell, un jeune scout intrépide, s'est embarqué avec lui... d'autant plus qu'une odyssée dangereuse et semée d'embûches attend les deux voyageurs...

Résumé ainsi, le synopsis de Là-haut pourrait sembler complètement banal et sans intérêt: un grand-père ronchon et taciturne qui accomplit un rêve d'enfant et apprend à ouvrir son cœur au monde et aux autres en prenant sous son aile un scout dévoué et bavard, lui aussi victime d'une solitude pesante.

Réduire Là-haut à un simple voyage initiatique et à une réflexion moralisatrice sur les rapports entre un vieil homme et un enfant, c'est vraiment mal connaître Pixar, qui puise dans d'immenses ressources afin d'apporter le plein d'imagination à l'intrigue, qui se révèle donc toujours aussi étoffée et surprenante. Les réalisateurs Pete Docter et Bob Peterson ont également su lui donner un côté très loufoque souvent bienvenu, ainsi que ce petit grain de folie douce qui caractérise toujours les productions Pixar. Sans oublier, bien sûr, la poésie et l'émotion nécessaires à la magie de ce conte tendre et farfelu.

Et une fois n'est pas coutume, l'animation rime avec quintessence. Que ce soit les milliers de ballons multicolores attachés à la maison, les paysages tellement grandioses qu'ils finissent par sembler réels ou les expressions particulièrement saisissantes des visages, l'animation atteint comme d'habitude le zénith de la beauté et de la qualité.

Il faut d'ailleurs savoir que Là-haut est le premier long-métrage Pixar à avoir été spécialement conçu pour la 3D. Si pour ma part je n'ai pas eu le privilège de le découvrir en 3D (le cinéma où je me rends n'étant pas équipé), l'émerveillement et la féerie étaient quand même au rendez-vous. La musique est en outre somptueuse et le doublage, très réussi (quelle bonne idée d'avoir choisi Charles Aznavour pour être la voix française de Carl !).

  

EN GUISE DE CONCLUSION:

Annoncé comme l'une des sorties majeures de l'été 2009, Là-haut aura également eu l'honneur, en mai dernier, de faire l'ouverture du 62e Festival de Cannes... une grande première pour un film d'animation, qui en dit très long sur la place de choix qu'occupe désormais Pixar dans ce genre cinématographique trop longtemps sous-estimé parce que soi-disant principalement destiné à un public surtout fait de jeunes. Avec Là-haut, les brillants créateurs de << Toy Story >>, du << Monde de Nemo >> ou - plus récemment - de l'innovant et prodigieux << WALL.E >> tordent une nouvelle fois le cou à ce stupide préjugé, nous invitant à ranger nos yeux d'adultes au placard et à retrouver pendant 90 minutes notre âme éternelle d'enfant, afin de prendre un bon bol d'air frais en compagnie d'un papy certes un peu emmerdant mais qui, au final, se montrera bien plus attachant qu'il n'y paraît...

K.H.

Nominations et récompenses obtenues, le détail complet > ICI

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29 août 2009 6 29 /08 /août /2009 10:46

ATTENTION, RISQUE DE SPOILERS !

DUEL

Film américain

Date de sortie: 21 mars 1973  Date de reprise: 28 janvier 2009

Genre: Thriller  Durée: 1h25  Tous publics

Conseil personnel: Pour adolescents et adultes.

Disponible en DVD et VHS - Couleur

Site officiel

Sur une route quasi désertique de Californie, David Mann, représentant de commerce sans histoire, est pris en chasse par un mystérieux poids-lourd alors qu'il se rendait à un important rendez-vous. Si David ne prête d'abord guère d'attention à ce << traqueur >> obsessionnel, il va cependant très vite comprendre que sa vie ne tient plus qu'à un fil...

  

LA CHRONIQUE DE KLEINHASE:

Imaginez: vous êtes au volant de votre voiture et conduisez tranquillement sur une route peu fréquentée et parsemée de magnifiques paysages désertiques, lorsque vous vous retrouvez derrière un impressionnant camion-citerne américain (qui n'a pas non plus l'air très pressé, vu la vitesse à laquelle il circule...), que vous ne tardez pas à doubler... jusqu'ici rien d'anormal ou d'extraordinaire.

Mais à peine une poignée de secondes plus tard, en jetant un furtif coup d'œil à votre rétroviseur, vous constatez avec stupeur que ce camion fonce droit sur vous avec colère et vous double à son tour... pour rouler aussi lentement qu'auparavant !...

Impatient et têtu que vous êtes, vous décidez donc de le doubler une nouvelle fois... ce qui ne semble alors être qu'un petit jeu ridicule et sans importance tourne rapidement au cauchemar lorsque vous vous apercevez que le chauffeur de ce poids-lourd (dont vous ne voyez jamais la trogne...) prend visiblement un plaisir malin et sadique à essayer de vous assassiner, en tentant - par exemple - de pousser votre voiture sur une voie ferrée alors qu'un train est justement en marche...

Ce scénario à première vue improbable, c'est pourtant celui de Duel (1971). Premier long-métrage réalisé par Steven Spielberg (inconnu à l'époque), Duel fut à l'origine uniquement destiné au petit écran, avant de se voir ensuite honoré d'une sortie en salles, sa diffusion télévisée ayant été un véritable succès.

Il est d'ailleurs bien dommage de voir qu'aujourd'hui, cette œuvre est un peu oubliée lorsque l'on demande au public de faire un classement des meilleurs films de Spielberg. Car même si ce n'est que son premier passage derrière la caméra, Duel figure à mes yeux comme l'un des sommets du cinéaste. Un coup d'essai transformé en coup de maître. À la manière d'Hitchcock, Spielberg fait naître le suspense en ne montrant presque rien, mais en suggérant beaucoup. La mécanique de son art repose sur une réalisation banale et sobre, qui joue avec nos nerfs en mettant en scène un automobiliste face auquel nous n'avons aucun mal à nous identifier et à nous reconnaître.

Point de héros, ni de méchant. David Mann, l'automobiliste traqué (subtilement interprété par Dennis Weaver), n'a absolument rien d'un Superman. Il est père, est marié et entretient d'ailleurs une relation assez complexe avec son épouse, qui le mène un peu à la baguette.

Lorsqu'il croise sur son chemin cet énigmatique << chauffeur chauffard >>, son existence paisible se retrouve totalement bouleversée en l'espace de seulement quelques heures. Ne pouvant compter que sur lui-même, David devra apprendre à agir en homme tout au long de cette poursuite infernale et de cette lutte à mort. Une épreuve dont il sortira métamorphosé et grandi. Bref, sous ses allures de huit-clos routier, Duel se révèle également être un road-movie initiatique sur le rapport que l'homme a avec la machine (ici, la machine est une voiture).

On trouve également dans Duel une petite touche de western-spaghetti, Spielberg multipliant les gros plans sur les yeux terrifiés de Dennis Weaver, et le tout se déroulant dans des paysages désertiques, nous rappelant ainsi les décors enchanteurs utilisés dans les westerns italiens (ceux de Leone, notamment).

La musique, bien qu'elle ne soit pas encore signée John Williams (le complice habituel de Spielberg), est néanmoins tout à fait honorable et distille une tension permanente, qui atteint son paroxysme lors de la course-poursuite finale, véritable moment d'anthologie et de bravoure.

  

EN GUISE DE CONCLUSION:

Trois ans plus tard, en 1975, Steven Spielberg terrorisera à nouveau les foules avec un autre long-métrage à suspense se situant cette fois-ci dans le milieu aquatique et qui rencontrera un triomphe planétaire... je veux bien entendu parler des << Dents de la mer >>, monument incontournable du 7e Art. Si bon nombre de gens considèrent << Les dents de la mer >> comme l'un des plus grands thrillers jamais réalisés, Duel - à mon humble avis ! - le surpasse largement en terme d'angoisse et de sueurs froides; du fait que primo, on ne sait pas pourquoi le chauffeur du camion cherche à tuer l'automobiliste, et deuxio, on ne voit jamais son visage (même pas à la fin); ce qui ne fait qu'accentuer encore davantage ce climat oppressant qui règne pendant les 85 minutes que dure Duel. Attachez vos ceintures !

K.H.

Nominations et récompenses obtenues, le détail complet > ICI

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