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17 juin 2011 5 17 /06 /juin /2011 12:52

Dans les années 40, condamné à perpétuité pour le double meurtre de sa femme et de l'amant de celle-ci, un jeune banquier réservé se lie d'amitié avec un vieux taulard. Une émouvante histoire d'amitié derrière les barreaux, doublée d'une ode magnifique à l'espoir.

En 1947, Andy Dufresne, un jeune banquier, est condamné à la prison à vie pour le double meurtre de sa femme et de l'amant de celle-ci. Ayant beau clamer son innocence, il est alors transféré à la prison de Shawshank, le pénitencier le plus sévère de l'État du Maine, dirigé d'une main de fer par l'implacable directeur Norton et son adjoint, le brutal capitaine Hadley. Les conditions de vie y sont d'autant plus pénibles pour Andy qu'il est bientôt victime d'agressions, lesquelles deviennent de plus en plus fréquentes et violentes au fil du temps. Il surmonte pourtant peu à peu les épreuves et se lie d'amitié avec Red, un vétéran désabusé de Shawshank, détenu depuis 20 ans...

Avis:

Pour sa première réalisation, le cinéaste Frank Darabont frappait - déjà !... - très fort avec ce très beau THE SHAWSHANK REDEMPTION adapté d'une nouvelle de Stephen King, et plus connu en France sous le titre LES ÉVADÉS (titre d'ailleurs extrêmement décrié et jugé médiocre et stupide - ce qui en même temps n'est pas tout à fait faux... - dans la mesure où il dévoile d'emblée ce que Darabont s'est forcé de nous cacher pour mieux nous surprendre avec plus tard... titre pourtant assez joli si on l'interprète différemment, dans le sens métaphorique du terme où il semble en fait traduire l'évasion de l'esprit pratiquée par les deux personnages principaux...). Lauréat de nombreuses nominations et récompenses (très justement méritées, d'ailleurs !), LES ÉVADÉS fut pourtant un cuisant échec commercial lors de sa sortie en salles, en 1994, et ce malgré des critiques alors (déjà ?...) plus que positives. Ce n'est qu'une fois sorti en vidéo - et sans doute grâce aussi, par la suite, à ses multiples rediffusions sur le petit écran - qu'il a peu à peu acquis son statut de film culte et incontournable, figurant désormais en bonne place dans les listes consacrant les meilleurs films de tous les temps... paradoxal, non ?... Mais comme on dit, ce sont les années qui font la postérité... et non l'inverse. Belle revanche en tout cas pour un film qui a été, en son temps, injustement boudé et sous-estimé et est passé quelque peu inaperçu. S'ouvrant sur un procès (ou plutôt sur un verdict), l'histoire des ÉVADÉS se situe à la fin des années 40 (en 1947, plus précisément) et narre le parcours d'Andy Dufresne, un jeune banquier réservé, doublement condamné à la prison pour les meurtres de sa femme et de l'amant de cette dernière, et incarcéré à Shawshank, le pénitencier le plus sévère de l'État du Maine. Très vite, on comprend que la question principale de l'intrigue n'est pas tant de savoir si - oui ou non - Andy est coupable, mais plutôt si il va survivre à cet effroyable endroit, où les détenus finissent par se construire eux-mêmes leur propre prison intérieure à l'intérieur même de la prison qui les retient et leur ôte tout souvenir du monde extérieur; à l'image du vieux Brooks (interprété par James Whitmore), libéré au bout de cinquante ans de détention et qui se retrouve alors dans un monde qu'il a jadis connu mais qui a depuis bien changé, et auquel il sera incapable de s'adapter, connaissant une fin plus tragique encore que ne pouvait l'être son enfermement entre quatre murs. S'étalant sur près d'une vingtaine d'années, le récit suit l'évolution d'Andy (lequel fera bientôt montre de ses talents de banquier, blanchissant notamment l'argent pas toujours très net du directeur du pénitencier; devenant ainsi ironiquement - comme il le dira justement lui-même - un hors-la-loi en prison, après avoir été honnête durant toute sa vie en liberté !...), et s'attache à dépeindre les rapports amicaux très forts qui vont peu à peu se tisser entre Andy et un vieux taulard, Red, vétéran de Shawshank, détenu depuis vingt ans; et qui deviendra au fil du temps le meilleur ami d'Andy, bien que les deux hommes aient des caractères radicalement différents et ne partagent pas toujours les mêmes idées. Chacun transformera ainsi la vie de l'autre. Résumé ainsi, le synopsis peut sembler un rien classique: quoi d'original en effet dans l'histoire de deux détenus qui vont devenir amis ?... C'est sans compter sur le génie de Frank Darabont pour donner de la profondeur et de la richesse à une histoire en vérité beaucoup plus captivante et surprenante qu'il n'y paraît; une histoire qui parle d'amitié, de rédemption, de justice, de liberté (liberté du corps, mais surtout, liberté de l'esprit...), d'évasion (évasion de l'esprit et, par la suite, du corps...); une histoire qui parle avant tout, et surtout, d'espoir. "L'espoir", affirme Andy, "est une chose en nous que rien ne peut atteindre" ("Même à Shawshank, on n'enferme pas l'espoir", peut-on lire sur l'affiche qui vous est présentée en haut de page). Ce à quoi Red rétorque: "L'espoir, c'est dangereux. L'espoir peut rendre un homme fou"; et à quoi Andy répondra plus tard: "Je crois que tout se résume en un simple choix: dépêche-toi de vivre ou dépêche-toi de mourir". Hymne à la liberté, hymne à la vie, hymne à l'espérance, LES ÉVADÉS est aussi une réflexion quasi philosophique sur la prison et sur la force de l'amitié derrière les barreaux; mais dont la véritable réussite réside dans le fait d'avoir su dépeindre - de manière très réaliste, et sans aucune complaisance - l'horreur (au propre comme au figuré) et la langueur de l'enfermement; et, par dessus tout, la longueur du temps qui passe, et qui semble s'écouler incroyablement plus lentement pour des taulards; qui doivent alors absolument, comme le dit très justement Red, s'occuper l'esprit, de n'importe quelle manière que ce soit; afin de ne pas sombrer dans la folie de l'attente interminable de la liberté ("Shawshank", dira encore Red, "on vous y enferme pour la vie: c'est justement ce qu'ils vous prennent..."). Sobre et sans artifices, la mise en scène de Darabont maintient et accroît habilement l'intérêt du spectateur du début jusqu'à la fin, aidée en cela par une musique émouvante et particulièrement inspirée de Thomas Newman; et transcendée par une interprétation lumineuse, de très grande qualité et d'une vive intensité. En tête d'affiche, le formidable et très charismatique tandem Tim Robbins/Morgan Freeman fonctionne à merveille, se donnant la réplique avec un plaisir communicatif et livrant chacun une prestation puissante; démontrant qu'ils sont tous deux littéralement habités par leurs personnages (ô combien attachants, au passage !), leur insufflant cette pointe infinie d'humanité qui les caractérisent tout au long de l'histoire et les distinguent des autres détenus; lesquels sont respectivement interprétés par William Sadler et Gil Bellows (entre autres). On retiendra également les brillantes compositions de Bob Gunton, parfaitement cynique en directeur de prison implacable et obtus (pour reprendre les mots d'Andy !); et de Clancy Brown, machiavélique à souhait sous les traits d'un gardien sadique et assez peu aimable. Œuvre phare et emblématique du cinéma américain des années 90, LES ÉVADÉS s'impose aujourd'hui comme une référence majeure du 7e Art pour tout cinéphile qui se respecte. Cinq ans après ce film, son réalisateur retrouvera de nouveau le milieu carcéral et l'univers de Stephen King pour les besoins de LA LIGNE VERTE, avec Tom Hanks.



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12 mai 2011 4 12 /05 /mai /2011 06:43

Deux adolescents solitaires se lient d'amitié et s'inventent un monde imaginaire pour fuir la réalité de leur vie quotidienne. Une magnifique histoire d'amitié et d'aventures, doublée d'un voyage magique dans un univers féerique. Entrez dans le fabuleux royaume de Térabithia !

Jess, garçon solitaire et introverti issu d'une modeste famille nombreuse, se lie d'amitié avec Leslie, sa nouvelle voisine, fille unique d'un couple d'écrivains; qui vient tout juste d'emménager dans la maison faisant face à celle de Jess, et en outre nouvellement arrivée dans l'école - et dans la classe - de ce dernier. Constatant rapidement, l'un et l'autre, qu'ils partagent plusieurs points communs - notamment celui d'être tous deux rejetés par leurs camarades de classe, et quelque peu délaissés par leur famille respective - Jess et Leslie sympathisent et s'inventent bientôt un monde imaginaire et secret, Térabithia, pour fuir la réalité de leur quotidien. Mais lorsque cet univers magique prend soudainement vie, les deux adolescents se retrouvent - dès lors - confrontés à des aventures plus périlleuses que ce qu'ils avaient imaginé...

Avis:

Voici un film qui gagne à être davantage connu et, plus encore, reconnu. Découvert durant les dernières fêtes de Noël au hasard d'une programmation télévisée, revu en DVD à peine un mois plus tard, LE SECRET DE TÉRABITHIA fut et restera pour moi une très bonne surprise et un énorme coup de cœur, en même temps qu'une vraie claque émotionnelle. Je dois pourtant avouer qu'en m'installant devant ma télé, je n'attendais pas spécialement grand-chose de ce film, partant simplement avec l'espoir de passer un bon moment. Ce fut finalement bien plus qu'un simple bon moment. Ce fut un moment de vie dans ma vie de spectatrice. De la même manière que l'intrigue du SECRET DE TÉRABITHIA représente un moment de vie - bien particulier - dans la vie de son personnage principal, un moment de vie qui va changer sa vie et aussi, quelque part, la vie des personnages qui l'entourent. Sorti en 2007, ce long-métrage réalisé par Gabor Csupo est en fait l'adaptation cinématographique d'un roman - BRIDGE TO TERABITHIA, ce qui signifie littéralement LE PONT DE TÉRABITHIA, titre qui a d'ailleurs été donné à ce film dans la version québécoise - de Katherine Paterson (paru une première fois en France sous le titre LE ROYAUME DE LA RIVIÈRE, puis ensuite réédité - à l'occasion de la sortie de ce film - sous le titre LE SECRET DE TÉRABITHIA), véritable best-seller outre-Atlantique et livre culte de toute une génération. Je dois pour ma part reconnaître que je n'avais jamais entendu parler de ce bouquin avant de découvrir ce film, ce film qui, je dois le dire, m'a justement donné envie de lire ce bouquin; ce que j'espère pouvoir faire... bientôt (!). Précisons également que, lors de sa sortie dans les salles obscures (en 2007, donc), LE SECRET DE TÉRABITHIA a malgré lui pâti d'une mauvaise campagne promotionnelle et d'une bande-annonce (voir la vidéo présentée en bas de page) quelque peu mensongère le faisant - à tort - passer pour un banal et naïf conte pour enfants, teinté de fantastique, d'aventures et d'héroïc fantasy; et a, de fait, été injustement (et bêtement...) boudé par un public qui s'attendait tout naturellement à voir un énième film dans la lignée, par exemple, du MONDE DE NARNIA (le plus ironiquement drôle dans tout ça, c'est que les équipes qui avaient travaillé sur les effets spéciaux de NARNIA - mais aussi du SEIGNEUR DES ANNEAUX, comme on peut l'apprendre par les différents bonus proposés sur le DVD - ont justement travaillé sur les effets spéciaux de ce film-là... amusant, non ?...). Alors qu'il n'en est rien (ou du moins, disons qu'il ne se résume pas qu'à ça). Même si LE SECRET DE TÉRABITHIA est effectivement assez proche du conte, et même si le générique de début (superbe générique, au passage !...) met justement en avant le côté merveilleux - et fantastique - du propos, ce film s'apparente plutôt - au final - à un drame humain; dans lequel le fantastique, le rêve et l'imaginaire rapprochent et consolent (le fameux pont dont il est justement question dans le titre original illustre admirablement cela, représentant - de façon symbolique et métaphorique - le pont qui sépare - ou rapproche... - le rêve de la réalité), tout en prenant corps à partir d'éléments réels, ancrés dans la réalité du quotidien des personnages (ce qui s'avère être une idée particulièrement brillante et audacieuse, il faut bien l'avouer !). LE SECRET DE TÉRABITHIA est un drame humain, qui montre, avec force et subtilité, que le rêve continue, doit continuer, de la même manière que la vie reprend et continue après un drame. Le ton dramatique (et tragique, finalement, même si l'espoir parviendra à renaître...) de l'intrigue est d'ailleurs donné dès les premières minutes, lorsque nous faisons la connaissance de Jess, le personnage principal. Adolescent solitaire, introverti, mal dans sa peau, Jess est incompris par ses camarades de classe, qui le rejettent et se moquent constamment de lui; et par sa (nombreuse !) famille, qui ne lui prête que peu d'attention, entre des sœurs aînées qui ne lui témoignent guère d'affection, une mère quelque peu débordée et un père trop souvent absent et qui, en outre, lui préfère sa petite sœur Maybelle. Jusqu'au jour où le destin place sur son chemin Leslie, sa nouvelle voisine et nouvelle camarade de classe, fille unique d'un couple d'écrivains. Bien vite, cette dernière va à son tour subir les moqueries et rejets de ses camarades... sauf de Jess, qui comprend alors que Leslie est, en quelque sorte, son alter ego féminin. Entre eux, c'est le début d'une belle et grande histoire d'amitié, qui les conduira à créer un monde imaginaire et fabuleux, Térabithia, pour fuir la réalité de leur quotidien; changeant à jamais leur vie. À partir de cette trame scénaristique plutôt classique et sans surprise (du moins, au premier abord !), le réalisateur Gabor Csupo réussit à dresser un intelligent et fascinant parallèle entre le rêve et la réalité; tout en filmant la rencontre attachante de deux adolescents à la fois si différents et si semblables, narrant avec pudeur et retenue une formidable histoire d'amitié et d'aventures, qui va se révéler beaucoup plus profonde, sombre, complexe, mais également beaucoup plus émouvante qu'on ne pouvait s'y attendre. Alternant les genres, passant du drame humain à la chronique familiale, jonglant avec les codes du traditionnel film fantastique pour la jeunesse et une symbolique mystique plus adulte, Csupo signe une œuvre sobre et sans artifices, magnifique sur le plan visuel et intellectuel, au travers de laquelle les effets spéciaux se mettent pleinement au service du scénario; et qui touche de par l'universalité et l'intemporalité de son histoire, et de par la pureté et l'intensité de la réflexion humaniste qui s'en dégage. Soutenu par une musique aux notes envoûtantes et enchanteresses (que l'on doit au talentueux compositeur qu'est Aaron Zigman), LE SECRET DE TÉRABITHIA s'appuie en outre sur une solide interprétation, parfaite depuis les premiers jusqu'aux seconds rôles (lesquels ont aussi la part belle !), et d'où se distingue tout particulièrement le jeune tandem vedette Josh Hutcherson/AnnaSophia Robb (tous deux excellents dans les principaux rôles, se complètant et se renvoyant la balle à merveille, témoignage d'une réelle complicité qui va bien au-delà de l'histoire d'amitié fictive qui réunit leurs personnages à l'écran); ainsi que, dans les seconds rôles, Robert Patrick (impressionnant en père froid et absent) et Zooey Deschanel (charmante en prof de musique plutôt cool et volontiers taquine); avec enfin une mention spéciale à la petite et adorable Bailee Madison, qui - avec un naturel plutôt sidérant pour son jeune âge - campe Maybelle, l'espiègle petite sœur de Jess. Suscitant tour à tour l'émerveillement, le rire, l'émotion, la réflexion, LE SECRET DE TÉRABITHIA est une œuvre qui détonne dans ce genre de production contemporaine; prenant le spectateur par surprise avec une intrigue à la noirceur insoupçonnée et insoupçonnable, une intrigue qui, malgré son caractère dramatique, poignant mais jamais larmoyant (il est important, encore une fois, de le souligner), nous dit de toujours garder notre esprit bien ouvert. À noter que les passionnants bonus présentés sur le DVD permettent de mieux saisir toute la richesse de la dimension à la fois symbolique, métaphorique, onirique et mystique que possède la mise en scène (et en ce sens, d'ailleurs, le commentaire audio du réalisateur est une vraie mine d'or). En résumé, et pour conclure, LE SECRET DE TÉRABITHIA est un bijou, une véritable ode au rêve, à l'imaginaire, à l'amitié et à la vie; à partager en famille et, de préférence, en VO.



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23 décembre 2010 4 23 /12 /décembre /2010 06:59

Après avoir cambriolé une banque, trois bandits s'enfuient dans le désert. Ils y trouvent une femme mourante sur le point d'accoucher. Ils font alors le serment à la mère de recueillir et de protéger le bébé.

Après un hold-up, Robert, Pedro et William, trois hors-la-loi; fuient le shérif Buck et ses hommes, pour gagner le désert d'Arizona. Allant d'un point d'eau au suivant, ils découvrent bientôt les vestiges d'un chariot abandonné, où une mère mourante leur confie son nouveau-né... Dans un premier temps désemparés, les trois bandits finissent par trouver une malle portant la mention "pour bébé", et contenant quelques objets destinés au nourrisson, ainsi qu'une Bible. Peu à peu, ces trois "durs à cuire" au cœur tendre s'attachent à l'enfant, le protégeant de tous les dangers, et prenant grand soin de lui. Mais le shérif Buck, inlassablement, les traque et les poursuit, prêt à tout pour les rattraper et les mettre sous les verrous...

Avis:

En ces ultimes - déjà !... - jours de l'année 2010, où Noël approche à grands pas et où l'excitation est à son comble, entre l'arrivée tant attendue des vacances et la neige qui a déjà enveloppé dans son épais manteau blanc une bonne partie de la France (!); me prend soudain l'envie de mettre à l'honneur sur ce blog (et aussi, pourquoi pas, de remettre au goût du jour...) un film trop méconnu et injustement oublié dans l'œuvre de l'immense réalisateur qu'était John Ford. Un film assez singulier, qui commence comme un western ordinaire (Ford, on le sait, était un pionnier du genre, auquel il a d'ailleurs donné ses lettres de noblesse) et qui, au final, se rapproche plutôt du conte de Noël. Western, conte de Noël, récit initiatique, quête spirituelle, parabole métaphorique sur le bien et le mal: LE FILS DU DÉSERT, tourné en 1948, est tout cela à la fois. Il demeure également l'un des plus beaux films de John Ford. L'un des plus émouvants en tout cas, à ranger aux côtés de classiques tels que LES RAISINS DE LA COLÈRE ou QU'ELLE ÉTAIT VERTE MA VALLÉE. S'inspirant d'une nouvelle de Peter B. Kyne (qui fut déjà portée à l'écran de nombreuses fois, notamment par... John Ford, en 1919 !), LE FILS DU DÉSERT se situe en plein cœur de l'Arizona et narre l'histoire extraordinaire et merveilleuse de trois hors-la-loi qui, après avoir dévalisé une banque, sont pris en chasse par le shérif et ses hommes et prennent la fuite en direction du désert. Dans leur fugue, ils vont bientôt découvrir les vestiges d'un convoi abandonné, où une femme mourante va leur confier son fils nouveau-né, faisant ainsi d'eux les trois parrains (le titre original, THREE GODFATHERS, signifiant littéralement TROIS PARRAINS... personnellement, je trouve que LE FILS DU DÉSERT est un titre bien plus joli et bien plus symbolique...) improvisés de l'enfant. Transformés malgré eux en pères adoptifs, les trois hommes finiront pourtant par s'attacher au nourrisson, le protégeant de tous les dangers, tandis que le shérif s'acharne à les poursuivre... En lisant ce résumé, on pense évidemment tout de suite à l'histoire des Rois Mages (voyez, ce n'est pas un hasard si j'ai choisi d'évoquer ce film à seulement quelques jours de Noël...), qui est revisitée avec beaucoup d'audace et de talent par John Ford. Le mythe des Rois Mages n'est cependant pas la seule référence biblique que l'on décèlera dans ce film, qui en regorge de bout en bout. Outre la mise en scène magistrale de John Ford, qui mêle adroitement action, humour, émotion et même fantastique, nous offrant tantôt de véritables morceaux de bravoure, tantôt de grandes séquences intimistes; la principale réussite du FILS DU DÉSERT réside dans son interprétation, parfaite à tous les niveaux (malgré un côté parfois trop théâtral, certainement dû au poids - ô combien lourd ! - des années). Entouré des excellents Pedro Armendariz, Harry Carey Jr. et Ward Bond (lequel prête ses traits au redoutable shérif), l'inénarrable John Wayne (dont je suis pourtant loin d'être fan !) livre une composition d'une extrême intensité émotionnelle, conférant à son personnage de hors-la-loi sans foi ni loi (amusant, pour une fois, Wayne n'incarne pas le valeureux justicier, défenseur de la veuve et l'orphelin... quoique !) une humanité et une sensibilité des plus bouleversantes. À ce titre, le personnage de Wayne et son parcours intérieur sont de loin les plus intéressants de l'histoire: dans un premier temps athée (voir de quelle manière il rejette la Bible à plusieurs reprises !), il va malgré lui être amené à rentrer dans le droit chemin... Au-delà donc de son propos au caractère très religieux (il faut bien l'admettre !...), LE FILS DU DÉSERT résonne aussi et surtout comme un vibrant hymne au pardon, à la rédemption et à la foi; doublé d'une réflexion poignante sur les notions d'amitié, d'amour, de sacrifice et de justice. Une réflexion sublimée par des images et des décors (ah, ces grands espaces typiquement Fordiens !...) à la beauté quasi picturale, bénéficiant d'un Technicolor flamboyant et lumineux; et portée par la divine musique de Richard Hageman, envoûtante et par instants très mystique. Bref, LE FILS DU DÉSERT est non seulement un film captivant et rare, quelque peu atypique dans l'œuvre de John Ford, mais il est par dessus tout un très beau livre d'images, naïf et coloré; et dont on déplie les pages avec un plaisir volontiers nostalgique, en pensant à la magie et à la quintessence d'un certain âge d'or cinématographique, aujourd'hui révolu...

Si la fin semble sans doute trop belle pour être totalement crédible (de même que l'intrigue elle-même d'ailleurs, qui est par moments trop improbable pour être complètement vraisemblable), il ne faut pas oublier que LE FILS DU DÉSERT est - certes un western, un grand western même - mais aussi et surtout une sorte de conte quelque peu fantastique et onirique sur le bien et le mal, qui use de symboles pour mieux transporter le spectateur et le toucher, par la même occasion, en plein cœur. Vous l'aurez donc compris, LE FILS DU DÉSERT est l'exemple type du chef-d'œuvre oublié, méconnu et sous-estimé; et qu'il faut absolument redécouvrir si ce n'est déjà fait. Pour clore ce dernier article de l'année 2010, je terminerai en vous souhaitant tout d'abord de très joyeuses fêtes à toutes et à tous, et enfin, en citant cette très belle maxime qui, je trouve, sonne très juste et prend tout son sens lorsqu'on l'applique au FILS DU DÉSERT: "Nous parlons des miracles. Le miracle, c'est la foi...".



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14 décembre 2010 2 14 /12 /décembre /2010 09:24

Se servant d'une prostituée, un flic fabrique de toutes pièces un flagrant délit, dans l'espoir d'arrêter une bande de petits malfrats amateurs. Une sombre machination qui va rapidement se transformer en une implacable tragédie. Laquelle n'épargnera personne.

Ancien juge d'instruction reconverti en inspecteur de police, Max a de la justice une conception tout à fait personnelle. Pour être sûr que les malfaiteurs qu'il arrête vont être condamnés sévèrement, il tient à les surprendre en flagrant délit. Un jour, il rencontre par hasard Abel, un vieux copain qu'il n'a pas vu depuis de longues années. Ravi de ces retrouvailles, Abel - qui ignore tout de la profession de son camarade d'antan, lequel lui a donné peu de détails sur sa vie actuelle - lui confie qu'il a mal tourné. Truand de petite envergure, il s'est spécialisé dans le pillage de chantiers de construction, avec une bande de ferrailleurs, dans les environs de Nanterre. Une idée machiavélique germe alors dans l'esprit de Max, qui trouve là une parfaite occasion de créer et d'inciter une situation de flagrant délit...

Avis:

C'est à travers un jeu de séduction cynique et cruel, genre je t'aime moi non plus, entre les deux personnages principaux interprétés par Michel Piccoli et Romy Schneider, que va se jouer toute la dramaturgie, l'ambiguïté, le suspense, la réflexion et la puissance émotionnelle de l'intrigue de MAX ET LES FERRAILLEURS, réalisé par Claude Sautet en 1971 et considéré par le cinéaste lui-même comme l'un de ses films préférés (Sautet était connu pour son habitude systématique de remonter la plupart de ses films, or, il n'a quasiment pas touché à celui-ci, preuve de l'immense affection qu'il lui vouait). MAX ET LES FERRAILLEURS se situe à mi-chemin entre le film policier et la chronique sociale, genre dans lequel Sautet s'illustrera brillamment par la suite. MAX ET LES FERRAILLEURS marque également les retrouvailles du couple Piccoli/Schneider, un an après LES CHOSES DE LA VIE, du même Claude Sautet. Max (Piccoli donc, inoubliable en flic manipulateur et menteur, plutôt antipathique et volontiers salaud sur les bords) est un ancien juge d'instruction qui s'est reconverti en inspecteur de police. Il n'a jamais digéré le fait d'avoir dû, lorsqu'il était juge, relâcher un suspect, faute de preuves; et nourrit depuis le désir obsessionnel de surprendre les malfrats en flagrant délit. Solitaire, aigri et frustré, il n'hésite pas, au moment où l'occasion se présente, à provoquer lui-même une situation de flagrant délit, en devenant indirectement l'instigateur d'un hold-up. Pour cela, il va se servir de Lily (Romy, au sommet de sa beauté et de son art... elle a d'ailleurs dû insister pour obtenir le rôle), une prostituée, à qui il fait croire qu'il est banquier. Lentement, la mécanique se met en place, prenant peu à peu Max lui-même à son propre piège... tel est pris qui croyait prendre. Si l'intrigue s'avère aussi passionnante, c'est peut-être parce qu'elle ne raconte pas seulement une banale histoire policière, mais aussi - quelque part - une histoire d'amour complexe entre Max et Lily, entre le flic et la fille des rues, entre deux êtres frustrés par la vie; et qui vont, jusqu'au surprenant dénouement, entretenir des rapports troubles et indéchiffrables. Mais MAX ET LES FERRAILLEURS est aussi une réflexion puissante sur la loi et la justice, qui montre de quelle manière un individu (en l'occurrence, Max) peut aller jusqu'au crime par obsession de la loi et de la justice... l'ironie à son paroxysme. Si Michel Piccoli et Romy Schneider - en osmose parfaite - se renvoient admirablement la réplique, les seconds rôles ne sont pas non plus en reste et crèvent littéralement l'écran, de Bernard Fresson à François Périer, sans oublier Georges Wilson (entre autres). Claude Sautet ne s'est pas uniquement contenté de choisir les plus grands, il a aussi choisi les meilleurs et cela se ressent, dans l'interprétation comme dans les dialogues, signés Jean-Loup Dabadie, qui a également participé à l'écriture du scénario. À noter enfin, la très belle musique de Philippe Sarde, qui accompagne magnifiquement les images. En bref, le talent de metteur en scène de Claude Sautet associé à la beauté du couple Piccoli/Schneider ont contribué à faire de MAX ET LES FERRAILLEURS un classique absolu du cinéma français et l'un des films les plus aboutis de son auteur. Incontournable, évidemment.



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3 décembre 2010 5 03 /12 /décembre /2010 09:20

Apprenant qu'Edward, son père, est sur le point de mourir, Will décide de se rapprocher de lui pour enfin connaître cet homme qui a bercé son enfance avec des contes plus ou moins fantastiques dans lesquels il se mettait en scène aux côtés de personnages extravagants et extraordinaires.

L'histoire à la fois drôle et poignante d'Edward Bloom, un père débordant d'imagination, et de son fils William, dit Will. Ce dernier retourne au domicile familial après l'avoir quitté longtemps auparavant, pour être au chevet de son père, atteint d'un cancer. Il souhaite mieux le connaître et découvrir ses secrets avant qu'il ne soit trop tard. L'aventure débutera véritablement lorsque Will tentera de discerner le vrai du faux dans les propos de son père mourant. Et ce faisant, il comprendra aussi que, derrière les récits incroyables de son géniteur, la vie a souvent bien plus d'imagination que n'en portent nos rêves...

Avis:

Cinéaste atypique si il en est, Tim Burton fait partie de ces (trop...) rares réalisateurs qui ont su se construire un univers cinématographique à leur image, et dont la filmographie épouse au plus près la personnalité. BIG FISH, qui date de 2003, en est certainement l'un des plus beaux exemples dans l'œuvre ô combien singulière de mister Burton. Au moment où Burton découvre le scénario de BIG FISH (lequel s'inspire en fait d'un roman éponyme de Daniel Wallace, qui fait d'ailleurs une petite apparition clin d'œil dans le film), il vient de perdre successivement son père et sa mère, et se sent alors profondément touché par ce synopsis, au centre duquel la famille - et plus particulièrement la paternité - tient une place primordiale. Mais avant d'atterrir entre les mains de Tim Burton, BIG FISH avait d'abord été proposé à Steven Spielberg, qui avait accepté de le diriger avant de finalement se désister pour se consacrer à la réalisation d'un tout autre long-métrage, ARRÊTE-MOI SI TU PEUX, lui aussi inspiré d'un livre. Pour le rôle principal d'Edward Bloom, Tim Burton avait dans un premier temps envisagé de faire appel à Jack Nicholson, avec qui il avait déjà travaillé sur BATMAN et MARS ATTACKS! (anecdote amusante, Nicholson avait déjà été choisi par Spielberg lorsque celui-ci devait initialement réaliser le film), avant de se tourner vers Ewan McGregor (Edward jeune) et Albert Finney (Edward âgé). Le rôle de Sandra, l'épouse d'Edward, sera quant à lui confié à Alison Lohman (Sandra jeune) et Jessica Lange (Sandra âgée). Billy Crudup, Marion Cotillard, Helena Bonham Carter et Danny DeVito complèteront la distribution. À réalisateur prestigieux, casting prestigieux. Une fois n'est pas coutume, le ton et le style si particuliers, volontairement décalés, qui imprègnent l'œuvre du cinéaste sont aisément identifiables dans ce BIG FISH, au travers duquel la mise en scène jongle une fois encore avec le fantastique et le gothique, la noirceur et la candeur. Passionnante, l'intrigue donne à nouveau à Burton l'occasion d'explorer les limites qui existent entre le monde du réel et le monde de l'imaginaire, tout en lui offrant également l'opportunité de dresser - justement - un audacieux parallèle entre le réel et l'imaginaire. À cela s'ajoute une réflexion magnifique et infiniment émouvante sur la valeur de la famille et les relations père/fils. On retiendra aussi l'envoûtante partition de Danny Elfman (habituel complice de Burton), qui signe ici une somptueuse BO, empreinte d'émotion et de douceur. Entre onirisme et poésie absurde, BIG FISH constitue un divertissement de premier choix, attachant et magique, à partager en famille.



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19 novembre 2010 5 19 /11 /novembre /2010 08:31

Deux monstres employés à récolter des cris d'enfants se prennent d'affection pour une fillette, qui a inversé les rôles en pénétrant dans leur monde.

La cité de Monstropolis est peuplée de monstres de tous acabits. Parmi eux, Jacques Sullivan - dit Sulli -, monstre cornu de 2m40 de haut à la fourrure bleu-vert tachetée de violet; et son pote Robert Razowski - dit Bob -, drôle de mini-cyclope vert; tous deux employés chez Monstres & Cie, une usine d'extraction de cris d'enfants, principale source d'énergie de la ville. Des hurlements recueillis la nuit en pénétrant dans les chambres des bambins, par le biais de portes de placards magiques. C'est ainsi qu'une nuit, Sulli découvre, effaré, que Bouh, une petite fille, est entrée dans Monstropolis grâce à l'une de ces portes magiques. Les monstres croyant les humains toxiques, Sulli doit impérativement ramener Bouh chez elle. Avec l'aide de Bob, il va s'atteler à cette tâche pour le moins délicate et plus dangereuse qu'il n'y paraît...

Avis:

J'ignore si c'est à cause de la réalisation, prenante et magistrale à tous les points de vue; du scénario, intemporel et universel dans son thème et son message; de l'animation, magnifique et fourmillant de détails; des personnages, tellement réalistes et attachants qu'on voudrait ne jamais les quitter; ou à cause justement de la combinaison de tous ces éléments qui firent le succès et la réussite de ce film, quatrième long-métrage des studios Pixar; mais je le dis sans honte, MONSTRES & CIE est une œuvre qui m'a profondément bouleversée et émue aux larmes lorsque je l'ai (enfin !) découverte il y a une quinzaine de jours, lors de sa première diffusion en clair, sur TF1 (et oui, ayant eu une enfance bercée par les films Disney - les vieux Disney, je précise ! -, c'est donc sur le tard que j'ai découvert, les uns après les autres et dans le désordre le plus total, les films Pixar). Et pourtant, j'ai depuis belle lurette déjà passé l'âge des dessins animés !... Seulement voilà: à la différence des productions Disney, qui se destinent à tous mais dont la cible principale reste tout de même les enfants (bah oui, il faut bien l'admettre... même si, personnellement, je n'ai absolument rien contre Disney, bien au contraire !...); les productions Pixar, elles, s'adressent aussi bien aux enfants qu'aux adultes, aux jeunes... qu'aux moins jeunes (!). Plusieurs raisons à cela. Tout d'abord, un scénario toujours très poussé, dont l'intelligence et l'originalité n'ont d'égales que la richesse et la maturité de la réflexion qui s'ensuit. Puis, un humour souvent assez proche de la dérision et du clin d'œil, lisible à différents niveaux d'âge, selon que l'on soit enfant ou adulte. Enfin, une animation toujours au top, qui allie à la fois prouesse technologique et beauté plastique. Sans oublier, naturellement, toutes les autres qualités secondaires (à savoir des personnages souvent hauts en couleur, un doublage souvent prestigieux en VF comme en VO, ou encore toute une palette de sentiments - nostalgie, mélancolie, noirceur... - rarement exprimée dans un dessin animé...) qui ont contribué à faire de Pixar le maître absolu de l'animation en images de synthèse. Une place enviable que le géant américain n'est visiblement pas près de quitter de sitôt, lorsqu'on voit l'extraordinaire tour de force de son dernier bijou, TOY STORY 3. MONSTRES & CIE (MONSTERS, INC. en VO), qui date de 2001 et signé Pete Docter (co-réalisé par David Silverman et Lee Unkrich), ne déroge évidemment pas à la règle; conjuguant virtuosité scénaristique, humour joyeusement loufoque et animation parfaite; tout en mettant en scène des personnages fascinants, qui nous ramènent lentement à notre enfance et à notre imaginaire enfantin, avec sa peur du noir et des monstres dissimulés sous le lit ou... dans les placards (!). En ce sens, par son scénario et ses thèmes, MONSTRES & CIE est justement très proche du premier TOY STORY, lequel était déjà très axé sur le monde de l'enfance et son imaginaire. Les rebondissements et les poursuites abondent, de même que les gags, hilarants et irrésistibles; dans ce film au rythme trépidant, qui alterne audacieusement action, suspense, fantaisie, créativité, drôlerie, tendresse et émotion; tout en nous offrant de spectaculaires morceaux de bravoure (la traversée haletante des innombrables portes magiques, notamment), aujourd'hui devenus cultes. Si Sulli et son inséparable acolyte Bob forment un tandem comique des plus croustillants, de même que toute la joyeuse troupe de monstres qui les entourent, la palme du meilleur personnage de MONSTRES & CIE revient sans conteste à la petite Bouh (laquelle semble d'ailleurs préfigurer le futur personnage de Bonnie, l'adorable fillette à qui Andy confie ses jouets, dans TOY STORY 3). Comment en effet ne pas fondre devant sa frimousse craquante et son charabia enfantin incompréhensible, mais plein de vie, de joie, d'amour ?... Avec Bouh, les animateurs de Pixar ont tout simplement imaginé l'un des personnages humains les plus attachants et les plus touchants de toute leur œuvre. Et, sur la fin (quelle fin, au passage !), l'amitié indéfectible de Bouh envers Sulli (Sulli qui, au final, apparaît plus comme une espèce de gros nounours au cœur tendre qu'un monstre pur et dur) est de celles qui vous prennent directement à la gorge et vous ramènent droit au pays de l'enfance et du rêve.

Hormis peut-être quelques légères réserves quant à un début extrêmement (trop ?...) mouvementé et à l'inverse, une seconde partie plus lente; et des personnages secondaires parfois trop stéréotypés et prévisibles (le personnage du méchant, notamment), MONSTRES & CIE demeure par ailleurs l'un des films les plus aboutis et les plus riches de Pixar. En résumé, MONSTRES & CIE est à l'image même de son propos et de son univers: monstrueusement génial ! Une suite est d'ailleurs attendue pour 2012.



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6 octobre 2010 3 06 /10 /octobre /2010 09:50

Dans le Chicago des années 30, un agent fédéral forme une équipe de flics intègres pour mettre hors d'état de nuire l'organisation du gangster Al Capone.

Années 30, à Chicago. À l'apogée de sa puissance, Al Capone fait régner la terreur et la corruption sur la ville. Racket, contrebande d'alcool, prostitution, jeux; rien n'échappe à son contrôle. Eliot Ness, un jeune agent fédéral fraîchement débarqué dans la métropole de l'Illinois, s'est pourtant mis en tête de saper son empire. Mais sa première descente dans un entrepôt suspect est un fiasco, et il devient aussitôt la risée de ses collègues et de la presse. Pour Ness, il est à présent clair que bon nombre de policiers et de magistrats sont à la solde de Capone. Il décide alors de rassembler autour de lui une équipe d'agents incorruptibles, et recrute ainsi le chevronné Jim Malone, le jeune George Stone, tireur d'élite, ainsi qu'Oscar Wallace, pour ses compétences en matière de comptabilité...

Avis:

Nous avons tous, au moins une fois dans notre vie, entendu parler (à défaut d'avoir vu, pour les plus jeunes spectateurs... dont je fais moi-même partie !) de la célèbre série télévisée américaine LES INCORRUPTIBLES (avec Robert Stack dans le rôle principal), retraçant la lutte - véridique - de flics intègres contre l'organisation du gangster Al Capone, et qui fit les beaux jours du petit écran pendant quatre ans, de 1959 à 1963. En 1987, le réalisateur Brian De Palma - alors auréolé du fulgurant succès de SCARFACE, son film précédent - eut la brillante idée de tirer une adaptation cinématographique de cette série, qui était elle-même basée (rappelons-le) sur l'ouvrage biographique éponyme écrit en 1957 par Eliot Ness en personne (lequel mourut peu avant sa publication). Brillante idée, car son film - également (et logiquement !) intitulé LES INCORRUPTIBLES, THE UNTOUCHABLES pour la V.O. - allait vite devenir l'un des plus gros succès de l'année 87 et s'imposer, en même temps, comme une référence majeure du polar et un classique incontournable du cinéma des années 80 (période ô combien prolifique pour le 7e Art !). Vingt-trois ans plus tard, force est de constater que LES INCORRUPTIBLES n'a pas pris la moindre ride et aurait même plutôt tendance à faire partie de ces films dits intemporels, qui ne vieillissent pas mais au contraire, se bonifient encore et encore à mesure que le temps passe. Comme un bon vin, en somme (seule différence, c'est que ce vin-là peut se consommer sans modération !). Si le scénario est bien sûr toujours identique à celui de la série, Brian De Palma s'en éloigne toutefois nettement, conférant à ses INCORRUPTIBLES un ton très personnel, très enlevé, très rétro. Un ton qui se rapproche finalement beaucoup de celui d'un bon vieux film noir des années 30. Un ton qui se révèle aussi très violent, très spectaculaire, et donc très efficace. Explosive comme un bâton de dynamite, la mise en scène du cinéaste multiplie les morceaux de bravoure et les séquences d'anthologie (à l'image de cette inoubliable scène du landau, clin d'œil direct et virtuose au film LE CUIRASSÉ POTEMKINE), ménageant un suspense croissant et littéralement insoutenable; le tout dans une ambiance particulièrement sombre, teintée de nostalgie et d'amertume. Autre tour de force opéré par De Palma: il a su insufflé au récit un humour souvent bienvenu, et une touche subtile d'émotion (comment ne pas avoir la gorge nouée devant les morts de Wallace et, surtout, de Malone ?...). En outre, on ne peut que saluer le travail monumental qui a été effectué du côté des décors, absolument superbes et nous offrant une plongée plus vraie que nature dans le Chicago des années 30; ainsi que la musique du maestro Ennio Morricone, comme d'habitude magnifique, mêlant habilement action et gravité sur des notes propres au compositeur italien. Mais la réussite des INCORRUPTIBLES réside aussi dans son casting exceptionnel, Brian De Palma ayant réuni pour nous un fabuleux parterre d'acteurs, nous gratifiant ainsi d'une affiche de rêve. Un casting doré en premier lieu duquel se distingue Kevin Costner, charismatique Eliot Ness, que ce rôle devait alors propulser vers la gloire. Autour de lui brillent quatre autres comédiens, tous parfaits dans leurs rôles respectifs: Sean Connery (qui remporta l'Oscar du meilleur second rôle grâce à sa prestation, impériale et flegmatique à souhait), Andy Garcia (qui se fit remarquer trois ans plus tard en endossant le costume d'un truand, pour les besoins du PARRAIN 3), Charles Martin Smith et Robert De Niro, impressionnant Al Capone, qui se fit grossir de près de 12kg pour ressembler le plus possible au mythique truand... le moins que l'on puisse dire, c'est que la transformation est sidérante de réalisme !... L'excellence des seconds rôles ne fait qu'ajouter au plaisir.

Interprétation au sommet, rebondissements en cascade, réalisation magistrale, rythme soutenu, reconstitutions criantes de vérité, bande originale de légende: tous les ingrédients ont été réunis pour faire de ces INCORRUPTIBLES un must absolu du film policier moderne et une somptueuse saga à la gloire d'Eliot Ness et des siens; doublée d'une réflexion passionnante sur la corruption, la violence et la justice. Un bémol, cependant: dommage que dans la version française, Kevin Costner soit affublé d'une voix horrible, qui dénature complètement son jeu et gâche quelque peu le plaisir du spectateur. C'est d'autant plus frustrant et rageant que le doublage est, par ailleurs, de qualité...



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18 septembre 2010 6 18 /09 /septembre /2010 11:38

Le récit de la folle escapade d'un adolescent perturbé et fugueur, devenu un arnaqueur de haut vol.

Dans les années 1960, le jeune Frank Abagnale Jr. est passé maître dans l'art de l'escroquerie, allant jusqu'à détourner 2,5 millions de dollars et à figurer sur les listes du FBI comme l'un des dix individus les plus recherchés des États-Unis. Véritable caméléon, Frank revêt des identités aussi diverses que celles de pilote de ligne, de médecin, d'avocat, ou encore de professeur d'université. Carl Hanratty, agent du FBI à l'apparence stricte, fait de la traque de Frank Abagnale Jr. sa mission prioritaire, mais celui-ci demeurera longtemps insaisissable. Pour comprendre comment ce champion de l'escroquerie en est arrivé là, un petit retour en arrière s'impose. Frank a à peine 17 ans quand sa mère décide de divorcer de son père, harcelé par le fisc après une vague histoire de mystérieuses magouilles. Contraint de choisir avec lequel de ses parents il aimerait rester, l'adolescent volage préfère s'enfuir de chez lui. Après une longue et interminable succession de galères, Frank, grâce à d'astucieuses et multiples combines, se fait peu à peu passer pour ce qu'il n'est pas, commençant par s'inventer une carrière de pilote de ligne. Ce n'est que le début d'une vie mouvementée et hors du commun, faite de petits mensonges et de grandes illusions...

Avis:

Les histoires les plus captivantes sont souvent les plus incroyables. Et c'est encore plus vrai si il s'avère que ces histoires parfaitement incroyables sont néanmoins parfaitement authentiques. C'est ainsi que je résumerai ARRÊTE-MOI SI TU PEUX (CATCH ME IF YOU CAN, pour le titre original), film qui permet une nouvelle fois à Steven Spielberg de prouver - si il en est besoin ! - qu'il est un réalisateur touche à tout, s'essayant avec brio (et souvent succès) à tous les genres cinématographiques existants. Avec ARRÊTE-MOI SI TU PEUX, le papa des DENTS DE LA MER et de E.T. L'EXTRATERRESTRE délaisse momentanément le cinéma fantastique qui lui tient tant à cœur pour se concentrer sur un registre plutôt inhabituel dans son œuvre: la comédie. Réalisé en 2002, sorti en France en 2003, ARRÊTE-MOI SI TU PEUX est un subtil mélange de comédie policière et de comédie dramatique, teinté d'une discrète note biographique. Le scénario, inspiré de faits réels survenus aux États-Unis au cours des années 60, narre l'histoire parfaitement incroyable mais néanmoins parfaitement authentique (!) de Frank Abagnale Jr. (qui a d'ailleurs été conseiller sur ce film, en fait adapté de son livre éponyme), un adolescent fugueur devenu en à peine quelques années le roi de l'arnaque et l'homme le plus recherché des USA. À partir donc de ce fait divers véridique ahurissant (quelque peu édulcoré et romancé pour les besoins du film), véritable chassé-croisé, Spielberg nous tient en haleine à travers un captivant jeu du chat et de la souris, plein d'humour et de rebondissements; signant ici un divertissement euphorisant et pétillant, mais non dénué d'amertume et d'émotion, qui lui donne à nouveau l'occasion d'explorer des thèmes qui lui sont chers (l'enfance, la famille, le besoin d'ami...), et se révèle ainsi en même temps être l'un de ses films les plus personnels. Côté casting, le cinéaste a naturellement fait appel aux meilleurs, filmant la première rencontre - explosive ! - à l'écran de deux acteurs de chic et de choc: Leonardo DiCaprio (dont je ne suis habituellement pas fan, mais qui là, m'a littéralement bluffée !), plus charmeur que jamais sous les traits d'un imposteur sympathique et malicieux; et Tom Hanks (pour qui j'ai une certaine admiration, malgré le fait que je ne connaisse pas encore l'ensemble de sa filmographie), toujours égal à lui-même dans la peau d'un agent du FBI plutôt austère et pas franchement rigolo rigolo, mais qui au final, inspire également la sympathie et la bonhomie. Dans les seconds rôles, on retrouvera avec bonheur quelques pointures de renom, comme Christopher Walken et Nathalie Baye (pour ne citer qu'eux), qui forment un bien joli couple. Niveau décors et ambiance, la reconstitution des années sixties est particulièrement réussie et confère à ce film un petit côté rétro des plus savoureux. Quant à la musique - légère et délicieusement jazzy - de John Williams (complice inséparable de Spielberg), elle fait, une fois encore, merveille. À noter enfin le superbe générique de début, qui plonge immédiatement le spectateur en plein cœur du sujet grâce à des dessins évocateurs et un montage judicieux.

Si le rythme faiblit un tout petit peu par endroits, si quelques détails auraient sans doute gagnés à être davantage approfondis, et si l'on peut reprocher au scénario de prendre certaines libertés avec l'histoire originale (ce qui ne gâche toutefois rien !...); ARRÊTE-MOI SI TU PEUX n'en reste pas moins un long-métrage attachant et agréable, qui, pour sa mise en scène enlevée, son interprétation croustillante, et, surtout, son intrigue phénoménale, n'a pas volé ses quatre étoiles. Peut-être pas forcément un chef-d'œuvre, mais assurément un divertissement familial de haute volée, à côté duquel il serait fort dommage de passer, d'autant que tous les ingrédients ont été réunis pour nous faire vivre un excellent moment de suspense et de détente; qui plus est, en aussi charmante compagnie. Alors, pourquoi bouder son plaisir ?...

En photo à gauche: Leonardo DiCaprio et le "vrai" Frank Abagnale Jr.  ¤  En photo à droite: Leonardo DiCaprio, le réalisateur Steven Spielberg et Tom Hanks.



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11 septembre 2010 6 11 /09 /septembre /2010 10:15

Une évocation de l'existence tourmentée du peintre Vincent Van Gogh, et le récit de son amitié ambiguë avec Paul Gauguin.

En 1878, le jeune Vincent Van Gogh, fils de pasteur calviniste hollandais, débarque en Belgique où il est chargé d'une mission évangéliste chez les mineurs du Borinage. Bien qu'il apporte aide spirituelle et instruction religieuse à ces derniers, ses supérieurs s'inquiètent de son ardeur et de son dévouement jugés trop intenses. Dégoûté, Van Gogh abandonne alors son sacerdoce et regagne La Haye sur les conseils de son frère Théo, dont il est très proche. C'est là que le jeune homme passionné se lance avec tout autant de passion dans la peinture, et fait la connaissance de Paul Gauguin, qui ne tarde pas à devenir son ami, malgré le fait que les deux hommes ne partagent pas toujours les mêmes idées. Bientôt, Van Gogh s'installe en Provence, où Gauguin le rejoint...

Avis:

Pour avoir lu, il y a de cela quelques années déjà (!), un résumé de la vie du peintre Vincent Van Gogh sous la forme d'une bande dessinée (bande dessinée dans laquelle je me suis d'ailleurs replongée avec un grand intérêt suite au visionnage de ce film), LA VIE PASSIONNÉE DE VINCENT VAN GOGH est un long-métrage que j'ai découvert avec une vive curiosité lors de sa récente rediffusion télévisée sur la chaîne franco-allemande Arte (chaîne d'excellence dont on ne vante pas assez les mérites, hélas). Bien que n'étant pas du tout une fan ou une experte en matière de peinture (peu importe d'ailleurs, car il n'y a pas forcément besoin d'aimer ou de s'y connaître en tableaux et autres toiles de maître pour apprécier cette évocation biographique !), je dois néanmoins dire que LUST FOR LIFE (tel est le titre de ce film dans sa version originale), réalisé par Vincente Minnelli en 1956, est un long-métrage qui m'a beaucoup plu et beaucoup touchée. Très fidèle à la vie du véritable Vincent Van Gogh, LUST FOR LIFE est tout à la fois le portrait bouleversant de l'un des plus grands artistes que le XIXe siècle ait jamais connu, et une réflexion métaphysique sur la création artistique et la valeur symbolique de la peinture. À mesure qu'il retrace respectueusement le destin tourmenté de cet artiste hors du commun, sans rien oublier des grandes étapes de son existence (sa rencontre avec Paul Gauguin, ses échecs sentimentaux, sa correspondance avec son frère Théo dont Van Gogh était - on le sait - très proche...), et sans non plus chercher à faire l'impasse sur la personnalité trouble et ô combien complexe de cet homme amoureux de la vie mais incompris par une société qui semblait ne pas être faite pour lui, ce qui provoqua chez cet écorché vif des souffrances d'une violence indescriptible; le réalisateur s'interroge en parallèle sur le sens caché de la peinture, en posant des questions fondamentales qui ne peuvent laisser le spectateur indifférent: pourquoi Van Gogh (je dis Van Gogh parce qu'ici il s'agit de Van Gogh, mais je pense que ça aurait très bien pu être un autre peintre) éprouvait-il ce besoin vital de peindre ?... Que cherchait-il à montrer à travers la peinture ?... Que voulait-il exprimer à travers la peinture ?... Quel sens avait véritablement pour lui la peinture ?... Autant de questions passionnantes qui sont soulevées au dedans de ce portrait cinématographique d'un peintre, au dedans de ce portrait cinématographique de l'art de la peinture. Tourné dans les lieux mêmes où Van Gogh est passé, LUST FOR LIFE est également une œuvre d'une grande beauté visuelle. Les couleurs, chatoyantes à souhait, constituent un régal sans pareil pour l'œil du spectateur, qui en prend plein les mirettes sans que jamais l'émerveillement ne s'estompe; et le film lui-même semble avoir été construit comme un tableau de maître. À la beauté et la qualité visuelles s'ajoutent en outre la beauté et la qualité sonores... ou plutôt, devrais-je dire, la beauté et la qualité musicales (!). LUST FOR LIFE bénéficie en effet d'une bande son de premier choix, signée du compositeur Miklos Rozsa. Pour finir, je m'arrêterai sur l'interprétation. Entouré d'un casting prestigieux, parfait jusque dans les moindres seconds rôles, Vincente Minnelli met en scène le face-à-face inoubliable de deux monstres sacrés d'Hollywood: Anthony Quinn, furieusement génial sous les traits de Gauguin (ce qui lui permit de remporter l'Oscar du meilleur second rôle, alors qu'il n'apparaît à l'écran qu'une dizaine de minutes !... D'un autre côté, vous me direz, c'est probablement à ça que l'on reconnaît les vrais acteurs, seuls capables de marquer les mémoires malgré un rôle assez court), et Kirk Douglas, impressionnant Van Gogh. Il ne joue pas Van Gogh, il est Van Gogh; réussissant à se glisser dans la peau de son personnage avec une telle puissance, une telle authenticité, une telle profondeur; qu'on en vient presque à se demander si il n'a pas été Van Gogh dans une autre vie (!). Pour sa composition extraordinaire, Kirk Douglas se verra d'ailleurs auréolé d'une nomination à l'Oscar du meilleur acteur, qui malheureusement lui échappa. Une injustice incompréhensible.



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28 août 2010 6 28 /08 /août /2010 12:43

Une nouvelle évocation de la vie et des aventures de Peter Pan, cet enfant qui n'a jamais grandi, face à son ennemi juré, le terrible capitaine Crochet. Le monument de la littérature enfantine pour la première fois filmé en prises de vues réelles. Une histoire universelle et intemporelle !

Chaque soir, Wendy Darling émerveille ses deux jeunes frères, John et Michael, avec ses fantastiques récits épiques; jusqu'au jour où son père décrète qu'elle est désormais trop grande pour partager leur chambre. Ce que les adultes ignorent, c'est qu'un autre garçon, Peter Pan, se passionne lui aussi pour les histoires de Wendy. Il vient de loin pour les écouter, et sa soudaine apparition va bientôt marquer le début d'aventures aussi fabuleuses qu'exaltantes. À travers le ciel étoilé, Peter, les enfants Darling et la minuscule fée Clochette prennent le chemin d'un endroit où le rêve est roi: le Pays Imaginaire. Là-bas, Wendy et ses frères découvrent les Garçons Perdus et leur repaire souterrain. Mais en ce lieu aussi fascinant que troublant, le danger rôde continuellement, et l'infâme capitaine Crochet, chef des pirates, est prêt à tout pour remporter le combat qui, depuis longtemps, l'oppose à Peter. Lequel lui a déjà tranché une main dont s'est régalé un crocodile qui, depuis, poursuit obstinément le capitaine dans l'espoir de le dévorer tout entier...

Avis:

All children grow up except one (Tous les enfants grandissent sauf un, pour la traduction française). C'est au travers de cette phrase clé - ô combien lourde de symbole - inscrite sur un magnifique fond couleur bleu nuit que s'ouvre ce film réalisé en 2003 (sorti en France en 2004) par le cinéaste australien P.J. Hogan, et que débute l'histoire extraordinaire de cet enfant pas tout à fait ordinaire, né sous la plume de l'écrivain J.M. Barrie voilà 100 ans. L'histoire d'un enfant venu d'un pays merveilleux, dans lequel il vivait de fabuleuses aventures en compagnie de fées, de sirènes, de pirates, d'indiens, de garçons que l'on disait perdus... Cet enfant aura même donné son nom à un célèbre syndrome, le syndrome de... de... ?... Bah, de Peter Pan, tout simplement. Évidemment. Ou le syndrome des enfants qui ne veulent pas grandir. L'histoire de Peter Pan fait partie de ces contes légendaires devenus des classiques de la littérature jeunesse, et dont la popularité n'a cessé de s'accroître au fil du temps, en grande partie grâce au cinéma qui s'est toujours délecté à transposer ce type de récit sur le grand écran. On se souvient notamment de l'adaptation en dessin animé des studios Disney, datant de 1953; et de la version plus personnelle de Steven Spielberg, en 1991. Mais il a fallu attendre 2003 et ce film de P.J. Hogan pour enfin voir apparaître devant nos yeux de spectateurs désireux de retourner en enfance une adaptation de Peter Pan digne de ce nom. Très respectueux vis-à-vis de l'œuvre de Barrie, Hogan en livre une vision moderne et globalement très fidèle, signant ici un long-métrage ambitieux et emballant, qui allie harmonieusement grand spectacle, innocence et invitation au rêve; sans pour autant perdre de vue la mélancolie et la cruauté douce-amère qui se dégagent de ce conte plus sombre et plus complexe qu'il n'y paraît. Avec des effets spéciaux de haute envergure qui - chose de plus en plus rarissime dans les productions récentes - se mettent pleinement au service du scénario, des décors époustouflants et une musique aérienne de James Newton Howard, Hogan donne vie au mythe de Peter Pan et le sublime par l'utilisation judicieuse de métaphores aussi intelligentes que touchantes. C'est d'ailleurs ce qui fait la richesse et la magnificence du récit (et de ce film), c'est que l'histoire de Peter Pan, constamment, tourne autour des métaphores et en joue, en tire astucieusement partie, à l'instar de cette intrigue - infiniment jolie et poétique - du dé à coudre et du baiser caché, point de départ de cette formidable épopée; où l'humour, l'action et le romanesque le disputent au romantisme naïf et à l'émotion épurée. Les séquences intimistes - telle cette féerique (c'est le cas de le dire !) danse de Peter et Wendy, véritable instant de grâce - succèdent aux multiples bagarres et aux savoureuses joutes verbales dont l'affrontement Peter/Crochet regorge en nombre. L'interprétation n'est pas en reste non plus. Face à un Jason Isaacs impressionnant de charisme dans le double rôle du capitaine Crochet et de Mr Darling (comme le veut la tradition, c'est le même acteur qui endosse à la fois le costume du célèbre pirate et l'habit du maladroit père de famille), le blondinet Jeremy Sumpter affirme sa spontanéité, sa jeunesse et sa vitalité, campant avec aisance et enthousiasme un Peter Pan plus vrai que nature (un Peter Pan qui, en outre, n'avait jamais été aussi joli garçon... mais je m'égare !); aux côtés d'une Rachel Hurd-Wood toute en retenue et en sensibilité dans le rôle de la douce Wendy; tandis que la française Ludivine Sagnier incarne avec drôlerie une fée Clochette terriblement jalouse et espiègle. Les acteurs secondaires, depuis les enfants jusqu'aux adultes, sont convaincants; et le fait d'avoir ajouté une voix off pour narrer le récit constitue une idée particulièrement brillante, qui accentue encore davantage le charme délicat et délicieusement naïf de l'ensemble.

Ah, si seulement toutes les adaptations cinématographiques d'œuvres littéraires pouvaient être aussi fidèles et, surtout, plus compliqué encore, aussi réussies... Après avoir vu un film pareil, il est bien difficile de remettre les pieds sur terre sans avoir encore une once de poussière de fée au fond du regard. Et comment, surtout, après avoir vu un tel film, comment ne pas ressentir l'envie irrésistible d'aller se coucher en laissant volontairement - et par tous les temps ! - la fenêtre de sa chambre ouverte, dans l'espoir secret qu'un beau et mystérieux garçon vienne et nous emmène avec lui sur le chemin - deuxième étoile à droite et tout droit jusqu'au matin ! - du Pays Imaginaire, où il nous entraînera vers d'extravagantes et inoubliables aventures, tout en nous apprenant à voler de nos propres ailes ?...



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