GÉANT de GEORGE STEVENS (1956)
Publié le 19 Décembre 2008
/image%2F1607887%2F20230409%2Fob_d769c3_geant-tof1.jpg)
Géant (Giant) (1956)
Film américain | Comédie dramatique, western | 3h21 | Tous publics
Jordan Bick Benedict, jeune et riche propriétaire texan, part dans le Maryland acheter un étalon. Il ramène à son ranch non seulement l'animal, mais aussi une Leslie Lynton, fille de l'éleveur, qu'il vient d'épouser. La jeune femme a beaucoup de mal à supporter l'humeur acariâtre de Luz, la sœur de Jordan, et sa main mise sur le ranch. Révoltée par la condition misérable de la main d’œuvre mexicaine, maltraitée et méprisée, Leslie provoque de vives tensions dans son couple. Un employé de Jordan, Jett Rink, une tête brûlée, pose aussi beaucoup de problèmes à ce dernier. Le jour où Luz décède des suites d'un accident de cheval, Jett hérite d'une petite parcelle de terrain, où il va bientôt découvrir une richesse exceptionnelle : le pétrole...
❤ Découverte coup de cœur ❤
/image%2F1607887%2F20230422%2Fob_182043_image-1607887-20230409-ob-4b427d-geant.jpg)
Voilà un film qui porte fort bien son titre. Effectivement, Géant, réalisé par George Stevens en 1956, figure sans nul doute possible parmi les monuments du 7e Art ; un monument hélas tombé dans l'oubli aujourd'hui, ce qui est vraiment très regrettable. Ce film fleuve, dans la lignée d'Autant en emporte le vent (1939) et d'autres fresques cinématographiques de cette époque, occupe pourtant une place de choix dans le panthéon des classiques hollywoodiens ; j'ose en conséquence espérer que cette chronique vous donnera envie de le (re)découvrir au plus vite. Car au fond, c'est aussi cela la modeste vocation de ce blog : remettre au goût du jour, essayer de remettre au goût du jour des films trop méconnus ou injustement oubliés.
Vu sous un angle contemporain, et à l'aune du terrible drame [lire ci-après] qui allait succéder à sa production compliquée par les nombreux heurts ayant opposé George Stevens à James Dean (le metteur en scène et le jeune acteur ne s'entendaient en effet pas du tout), et James Dean à Rock Hudson (lequel Rock Hudson ne comprenait pas du tout les méthodes de travail - basées sur les préceptes de l'Actors Studio - dudit James Dean) ; Géant est surtout resté célèbre dans une certaine partie de l'imaginaire collectif pour le fait qu'il s'agit justement du dernier long-métrage tourné par James Dean, disparu brutalement dans un tragique accident de voiture quelques jours à peine après la fin de ce tournage et dont la fougue de la jeunesse allait ainsi à jamais rester figée sur la pellicule ; gravant dès lors dans le marbre des légendes hollywoodiennes son statut immortel d'éphèbe rebelle iconique du cinéma américain des « fifties ».
/image%2F1607887%2F20230409%2Fob_f55597_geant-tof9.jpg)
Pour l'interprétation, George Stevens nous a gratifié ici d'un casting aux petits oignons. Le ténébreux Rock Hudson prête ses traits à un fermier texan fier et implacable, rôle qu'il défend avec une vive ardeur et qui lui sied comme un gant. Plus radieuse que jamais, l'éblouissante Elizabeth Taylor (qui accédera à la consécration planétaire grâce à ce film) est très convaincante en épouse rebelle et franche, dont le caractère têtu n'a d'égal que la générosité et la douceur.
/image%2F1607887%2F20230409%2Fob_ad4f5f_geant-tof7.jpg)
Dans ce qui demeure donc son ultime rôle à l'écran (lequel lui vaudra sa seconde nomination, après celle pour À l'Est d'Eden, à l'Oscar du meilleur acteur à titre posthume ; double nomination posthume constituant d'ailleurs à ce jour un fait unique dans l'histoire des Oscars), l'inoubliable James Dean termine sa carrière trop courte sous forme d'apothéose en incarnant, avec tout le talent que nous lui connaissons, un jeune ouvrier pauvre et ambitieux qui va soudainement devenir le plus cynique, mais aussi le plus malheureux, des milliardaires... car l'argent ne fait pas forcément le bonheur... Du côté des seconds rôles, on retiendra notamment l'excellent jeu de Dennis Hopper, parfait en fils aspirant à devenir médecin et qui contredit ainsi les projets rêvés par son père de le voir reprendre la tête du ranch familial.
/image%2F1607887%2F20230409%2Fob_07e327_geant-tof3.jpg)
Le scénario fait preuve d'une richesse et d'une maestria que l'on n'ose même pas soupçonner au premier abord. Entre nous, il faut bien reconnaître qu'il faut vraiment posséder un don hors du commun pour parvenir à passionner le spectateur pendant plus de trois heures avec une simple histoire de famille ! Mais avouons aussi que la distribution est absolument prestigieuse et la mise en scène, particulièrement inspirée, est traversée par un puissant souffle romanesque : bref, tout ce qu'il faut pour faire de Géant une œuvre grandiose et étourdissante ; une œuvre qui, par ailleurs, semble avoir d'une certaine manière - et avec le recul - préfiguré la fameuse série télévisée Dallas, née quelques années plus tard.
/image%2F1607887%2F20230409%2Fob_a6bc97_geant-tof8.jpg)
D'autant plus que l'intrigue de Géant - est-ce au gigantisme global de l'œuvre que ce titre fait implicitement référence, ou bien au fait que les personnages interprétés par Rock Hudson et James Dean apparaissent chacun l'un et l'autre comme les derniers géants d'un monde qui mute et s'apprête à partiellement disparaître, ou bien aux deux à la fois ?... - n'est pas uniquement centrée sur cette grande famille du Texas (dont nous suivons les tribulations sur trois générations) ; mais nous donne également l'occasion de découvrir en filigrane une petite partie de l'Histoire des États-Unis, des années 1920 aux années 1950.
La place inférieure tenue par la Femme au sein d'une société alors très machiste laissant quasiment aux seuls hommes la gestion des affaires, des décisions à prendre et des discussions dites « de fond » ; le racisme à l'encontre des Mexicains ; la montée fulgurante du pétrole ayant subitement transformé des hommes partis de rien en magnats de l'or noir ; l'héritage et la transmission de la culture de la terre et du bétail représentant en ce temps-là - pour nombre de familles américaines issues des générations des premiers cow-boys et pionniers de la conquête de l'Ouest - le seul patrimoine ancestral qui vaille la peine d'être défendu à tout prix ; ou encore la soif d'indépendance et d'émancipation d'une jeunesse désireuse de s'affranchir d'une certaine idée du « rêve américain » et de la destinée toute tracée que ses aînés ont préparé et imaginé pour elle ; sont entre autres autant de thèmes forts qui sont ainsi évoqués et brassés avec une rare subtilité au gré de l'intrigue et des vents de l'Histoire qui la balayent. À ce riche propos s'ajoutent enfin la beauté foisonnante des décors ainsi que la magnificence exceptionnelle de la musique, composée par Dimitri Tiomkin.
Réalisateur au zénith de son art, superbe trio d'acteurs (Rock Hudson, Elizabeth Taylor et James Dean, ce n'est quand même pas rien !) et histoire du tonnerre : que demande le peuple ?... Géant est un film... géant ! À (re)voir à tout prix !
/image%2F1607887%2F20230409%2Fob_e8acf2_geant-tof6.jpg)
/image%2F1607887%2F20230409%2Fob_c9a2b7_image-1500644-20220107-ob-3d5bc8-ob-e5.png)
/image%2F1607887%2F20230326%2Fob_b0d1b9_icxkgrx5.gif)