2001 : L'ODYSSÉE DE L'ESPACE de STANLEY KUBRICK (1968)
Publié le 21 Novembre 2008
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2001 : L'odyssée de l'espace (2001 : A space odyssey) (1968)
Film américain, britannique | Anticipation, science-fiction | 2h21 | Tous publics
À l'aube de l'Humanité, dans le désert africain, une tribu de primates subit les assauts répétés d'une bande rivale, qui lui dispute un point d'eau. La découverte d'un monolithe noir inspire au chef des singes assiégés un geste inédit et décisif. Brandissant un os, il passe à l'attaque et massacre ses adversaires. Le premier instrument est né...
Quatre millions d'années plus tard, en 2001, un vaisseau spatial évolue en orbite lunaire au rythme langoureux du « Beau Danube Bleu ». À son bord, le Dr. Heywood Floyd enquête secrètement sur la découverte d'un monolithe noir qui émet d'étranges signaux vers Jupiter...
Dix-huit mois plus tard, les astronautes David Bowman et Frank Poole (ainsi que six savants en état d'hibernation) font route vers Jupiter à bord du « Discovery One ». Les deux hommes vaquent sereinement à leurs tâches quotidiennes sous le contrôle de HAL 9000, un ordinateur exceptionnel doué d'intelligence et de parole. Cependant, HAL - sans doute plus humain que ses maîtres - commence à donner des signes d'inquiétude : à quoi rime cette mission et que risque-t-on de découvrir sur Jupiter ?...
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Difficile de s'attaquer à la rédaction d'une chronique portant sur un monument cinématographique aussi incontournable et singulier que 2001 : L'odyssée de l'espace, sans se demander intérieurement par où et comment commencer la rédaction d'une telle chronique. D'abord parce qu'il s'agit là d'un film terriblement ardu à décrypter - et donc à chroniquer -, mais surtout parce que ce film a déjà été étudié et analysé tant et tant de fois sous tous les angles possibles et imaginables, et notamment par les plus illustres spécialistes de cinéma au monde, que se risquer à le décortiquer à son tour en tant que simple amateur (ou amatrice, dans le cas présent !) apparaît finalement bien frivole et suicidaire comme entreprise. Je ne l'ai découvert que très récemment, il y a environ deux mois, et il est resté gravé dans ma mémoire comme une empreinte indélébile. 2001 est effectivement un film que l'on n'oublie pas de sitôt ; qu'il nous ait laissé un souvenir positif, négatif, mitigé ou parfaitement indifférent.
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À partir d'un roman éponyme d'Arthur C. Clarke, Stanley Kubrick nous a livré un OVNI (ou plutôt un OFNI : Objet Filmique Non Identifié !) intemporel, qui en son temps, révolutionna - et c'est peu de le dire ! - considérablement le 7e Art et plus particulièrement le domaine de la science-fiction. Désormais, il y aurait un avant et un après 2001. Et bien que les effets spéciaux se soient améliorés et perfectionnés depuis, force est de constater que 2001 n'a pas pris une seule ride et fait toujours preuve d'une sidérante modernité ; aussi bien d'ailleurs sur la forme que sur le fond.
Cependant, comme je le précisais ci-dessus, 2001 est également un film très complexe et très froid, qu'il faut savoir digérer. C'est justement à cause de cette complexité (et probablement aussi à cause de sa lenteur) que 2001 n'est pas accessible à tout le monde dès le premier visionnage - voire s'avère totalement inaccessible à certains. 2001 est une œuvre déstabilisante, déroutante car elle est complètement hors norme du fait qu'elle soulève beaucoup plus de questions qu'elle ne donne de réponses, et au final, c'est le spectateur lui-même qui doit se faire sa propre réflexion au sortir de la projection ; alors que dans la plupart des films que l'on voit (les films anciens comme les films récents), le spectateur se contente uniquement de recevoir et d'accepter la morale délivrée par le metteur en scène.
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J'avais d'ailleurs lu je ne sais plus où une phrase à ce sujet : « 2001 n'est pas un film qui se comprend, c'est un film qui se ressent. » Dans un certain sens, et en y réfléchissant bien, je crois qu'il y a une part de vérité dans cette phrase ; chaque spectateur s'embarquant au cœur de 2001 étant ensuite libre de l'interpréter à sa manière, comme il le souhaite, comme il l'entend et comme il l'a vécu.
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À travers cette modeste chronique, je veux justement essayer de partager avec vous mon ressenti personnel face à 2001, en revenant sur les détails qui m'ont principalement marquée et interrogée.
Je ne prétends pas révolutionner quoi que ce soit en exposant mon opinion (puisque j'imagine que tout ce que je vais dire - ou plutôt écrire ! - maintenant a sûrement déjà été évoqué à de nombreuses reprises), et je ne prétends pas non plus que j'ai raison sur tous les points de vue et que c'est indiscutable. Bien au contraire, si après avoir lu cette chronique, vous souhaitez ajouter/contester des choses ou simplement me faire part de votre avis, sachez que je serais très heureuse (mais aussi très curieuse !) de le connaître ; car cela me permettra peut-être d'avoir un regard encore nouveau sur ce long-métrage d'exception qui, 40 ans après sa sortie dans les salles obscures, continue à déchaîner les passions et les débats, et fait toujours couler autant d'encre.
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Étant donné que j'en perds quelque peu mon latin (!), autant donc commencer par le premier chapitre du film, à savoir la mythique introduction avec les hommes-singes. Cette superbe séquence (entièrement muette) nous fait savoir d'emblée que nous allons avoir droit à du grand cinéma, puissant et rare.
Une faible tribu de primates, victime d'une bande rivale qui lui dispute un point d'eau, découvre un jour un monolithe noir. Sous son influence, les animaux deviennent des hommes, acquérant l'intelligence en comprenant qu'un os peut devenir une arme idéale de défense. Après avoir tué son ennemi, le chef des singes assiégés rejette l'os, qui vole dans l'air pendant un bref instant avant de nous projeter directement dans l'espace, comme si finalement, quelques secondes seulement séparaient la préhistoire de notre monde contemporain - ce qui me rappelle d'ailleurs une fameuse citation de Buster Keaton, qui est celle-ci : « Si l'Homme descend du singe, il peut aussi y remonter. » Ce magistral et touchant prologue fait preuve d'une beauté fulgurante, mais aussi d'un pessimisme surprenant. En effet, Kubrick nous démontre que lorsque l'homme préhistorique devient intelligent, c'est pour commettre le premier crime de l'Histoire (!). Scène qui en dit long tout en créant une émotion palpable et inoubliable.
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Secundo, la conclusion, aussi énigmatique que poétique et sur laquelle pas mal de spectateurs restent perplexes (il faut bien reconnaître que ce dénouement est vraiment très étrange, tout comme ce film d'ailleurs !).
Réincarnation ? Ou retour allégorique et fantasmagorique, voire fantasmatique, au cœur même du passé - Bowman, l'astronaute, « se revoit » lui-même lorsqu'il n'était encore qu'un nourrisson ?... Le mystère plane sur ce final d'anthologie. Pour ma part, je crois que ce plan représente le Paradis - dans le sens religieux, j'entends : Bowman meurt et son âme monte au ciel, âme qui prendrait donc la forme d'un fœtus astral (?). Ainsi, il renaît (au sens propre comme au figuré) en revenant aux origines mêmes de la Vie.
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Je désire à présent m'arrêter sur les deux éléments majeurs de l'histoire : le monolithe noir et HAL 9000, le super-ordinateur super-intelligent (trop intelligent ?...), qui sont tous deux étroitement liés. Le monolithe, lui, s'avère être la définition par excellence du mot « universel » ; puisqu'il est ce qu'on pense qu'il est ou ce qu'on veut qu'il soit.
J'aurais tendance à supposer que le monolithe représente Dieu - c'est en tout cas la première idée qui m'est venue à l'esprit après avoir vu la dernière image. Car dans le plan précédant la fin - lorsque Bowman se retrouve dans une suite de style Louis XVI et se voit, vieux, sur un lit (de mort ?) - ; le monolithe noir apparaît à nouveau devant lui. Hors, dans beaucoup de livres religieux (ou du moins, d'après ce que l'on m'avait un jour enseigné au catéchisme...), il est dit que lorsque les hommes meurent, ils se retrouvent face à Dieu, avant de pouvoir « entrer » dans le Paradis. Pour tenter de faire plus court, et plus simple, je dirai que le monolithe représente (à mes yeux) tout ce qui dépasse l'être humain ; le genre de choses existant dans l'Univers et face auquel l'Homme paraît voué à conserver - peut-être pour toujours - son statut de minuscule grain de poussière en quête autant d'une Clé (de LA Clé, la Clé des clés ?...) que de sa propre clé.
Quant au « personnage » de HAL 9000 (le super-ordinateur), au-delà du fait qu'il questionne déjà le concept d'Intelligence Artificielle et notre rapport paradoxal - empreint de fascination et de méfiance - à celle-ci, je pense qu'il met lui aussi en valeur cette notion de dépassement. En l’occurrence ici, HAL 9000 représente l'Homme dépassé par ses propres inventions : plutôt effrayant comme perspective.
Si l'on tente de creuser encore plus loin, et que l'on prend le parti de décoder ce segment-là du film à l'aune de son premier chapitre axé sur les hommes-singes, il me semble en outre plus qu'évident que ce questionnement vis-à-vis du concept d'Intelligence Artificielle personnifié par HAL 9000 entre en écho direct avec le questionnement autour du concept d'Intelligence Animale que ledit premier chapitre du film a l'air de mettre en exergue, et qui lui-même renvoie au troisième questionnement que l'on pourrait alors simultanément formuler à l'égard du concept d'Intelligence Émotionnelle. Triple questionnement qui, en définitive, interroge toutes les formes d'intelligences possibles et imaginables (connues et inconnues, admises ou supposées) ; nous incitant par là même à sonder en profondeur, tant sur un plan purement pratique que purement philosophique, ce que nos intelligences respectives signifient véritablement pour nous - voire ce qu'elles révèlent à l'Autre de nous, qui que cet Autre puisse être et d'où qu'il puisse venir, et quelles que puissent être les intentions qui l'animent en notre présence ou qui nous animent en sa présence.
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Enfin, l'ultime chose qui m'a marquée dans 2001, c'est la place tenue par la musique. Contrairement à beaucoup d'autres longs-métrages, la musique joue ici un rôle primordial dans le déroulement de l'intrigue (si tant est que l'on puisse réellement parler d'intrigue dans le cas de ce film, du moins au sens où on l'entend généralement), car elle contribue à lui donner ce souffle hors du commun, cette apesanteur qui fait que le spectateur se sent comme élevé au dessus de la Terre (ou au dessus de son fauteuil plutôt !) ; littéralement transporté dans l'espace au même titre que les comédiens.
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On voyage au rythme de la mélodie (qui est par moment très mystique), sur les plus célèbres airs classiques (personnellement, le cultissime « Also sprach Zarathustra » - que l'on entend justement dans la bande-annonce présentée en fin de chronique - me donne des frissons dans le dos et m'émeut dès les premières notes), et 2001 prend ainsi la forme d'une symphonie spatiale... vraiment spéciale !
C'est aussi pour cette raison, je pense, que 2001 est le genre de film qui s'apprécie et se déguste pleinement au cinéma. Parce que 2001 n'est pas un film qui se voit, c'est avant tout un film qui se vit, qui se ressent et qui se contemple (je me répète, je sais...). Enfin bon, même si le petit écran ne parvient pas à restituer toute l'ampleur et toute la magnificence extraordinaires de ce joyau, 2001 n'en reste pas moins une expérience sensationnelle et unique, à vivre au moins une fois dans sa vie de cinéphile. Je crois que 2001 est une œuvre qui, après avoir été vue de multiples fois, peut probablement se regarder les yeux fermés et les oreilles grandes ouvertes... Pour ma part, il me faudra sans doute encore quelques visionnages supplémentaires avant de découvrir 2001 par mon ouïe, sans l'image...
J'achèverai en disant que 2001 : L'odyssée de l'espace est un délire cinématographique incroyable, un délire gigantesque mais visionnaire ; comme le 7e Art n'en n'avait jamais vu auparavant, n'en voit pas aujourd'hui et n'en verra probablement plus du tout dans les années à venir (ou du moins, pas avant longtemps, voire très longtemps). « Un film de ouf », comme qui dirait...
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