LE NOM DE LA ROSE de JEAN-JACQUES ANNAUD (1986)
Publié le 11 Février 2009
Le Nom de la Rose (Der Name der Rose) (1986)
Film français, italien, allemand | Drame, thriller, policier, Histoire | 2h11 | Tous publics
En l'An de Grâce 1327. Accompagné du jeune novice Adso de Melk, le franciscain Guillaume de Baskerville arrive dans une abbaye bénédictine du nord de l'Italie pour élucider un curieux phénomène qui frappe le saint lieu depuis peu : un moine est tombé du haut d'une tour, tandis qu'un autre est retrouvé mort dans une cuve pleine de sang, quelques jours seulement après l'arrivée de Guillaume. L'ambiance morbide qui règne dans cet endroit hostile et quasiment coupé du monde représente, pour beaucoup, le symbole d'une présence surnaturelle et malveillante. Il faudra bien du courage et de la perspicacité à Guillaume et Adso pour démêler les fils de cette sordide affaire. L'enquête s'annonce d'autant plus compliquée à résoudre que chaque moine semble cacher quelque chose...
❤ Découverte coup de cœur ❤
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Je l'avoue sans honte aucune, Le Nom de la Rose est un film que j'ai longtemps craint et redouté. Je suis d'ailleurs tout à fait incapable de vous dire si je l'avais déjà vu en entier, mais tout ce dont je me souviens en revanche à l'écriture de ces lignes, c'est que les quelques extraits de ce film entrevus au cours de mon enfance lors d'une rediffusion télévisée m'avaient marquée et effrayée au plus haut point ; sans doute est-ce pour cette raison qu'il m'a fallu autant de temps avant d'oser le visionner dans son intégralité, ne l'ayant enfin découvert qu'il y a quelques semaines seulement.
J'imagine que cela doit vous paraître pour le moins étonnant et bizarre, étant donné qu'il existe des films qui sont encore beaucoup plus angoissants que Le Nom de la Rose. Mais sincèrement, il faut bien reconnaître que ce ténébreux polar médiéval - construit comme un huis clos - dégage une atmosphère très particulière et surtout très austère, qui a l'irrésistible pouvoir de mettre littéralement les nerfs du spectateur en pelote (ce qui fut mon cas !), tout en éveillant parallèlement chez ce dernier un sentiment quelque peu déstabilisant de malaise graduel (ce qui fut, là aussi, mon cas !).
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Réalisé par Jean-Jacques Annaud en 1986, Le Nom de la Rose s'inspire d'un roman éponyme de l'écrivain italien Umberto Eco (que je n'ai pas lu), et qui était alors considéré comme inadaptable au cinéma. Intimement persuadé que ce livre avait été rédigé pour lui, Jean-Jacques Annaud a relevé le (lourd !) défi de le porter à l'écran, et force a posteriori est de reconnaître qu'il a eu raison ; car Le Nom de la Rose est un petit bijou de thriller « historico-gothico-métaphysique », qui s'est imposé - au fil des années - comme un classique majeur du 7e Art.
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Robe de bure, visage empli de sagesse et de gravité et sens infaillible de la logique : en Sherlock Holmes du Moyen Âge, Sean Connery - impérial et flegmatique à souhait - se révèle absolument fantastique et impressionnant. On ressent - simplement en observant sa merveilleuse prestation - l'immense plaisir qu'il a dû prendre au cours du tournage, et par moments, on a presque envie de traverser l'écran pour l'accompagner dans cette tumultueuse énigme.
Pour l'anecdote, c'est Sean Connery lui-même qui insista vivement pour obtenir le rôle de Guillaume de Baskerville, Jean-Jacques Annaud ne voulant - au départ - d'aucune vedette ; et encore moins d'un acteur connu entre autres pour avoir auparavant prêté ses traits à l'agent secret le plus célèbre du cinéma, James Bond 007. Jean-Jacques Annaud changea finalement d'avis après qu'il eut rencontré en personne ledit Sean Connery (lequel ayant fini par prendre rendez-vous avec le producteur d'Annaud, à l'insu d'Annaud lui-même !) et que, non content d'avoir été aussitôt subjugué par son charisme naturel, il fut surtout immédiatement convaincu par son bout d'essai ; le jeu de l'acteur écossais correspondant alors en tout point à la vision qu'Annaud s'était, en amont de la longue préparation du film, peu à peu faite du personnage de Guillaume de Baskerville.
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Le triomphe critique et public du Nom de la Rose, ses recettes juteuses au box-office mondial et la flopée de récompenses prestigieuses qu'il reçut ici et là [plus d'infos à ce sujet dans le lien figurant en fin de chronique], contribuèrent par la suite à donner une nouvelle et belle impulsion à la carrière d'un Sean Connery alors perçu par certains pontes de la profession comme une star sur le déclin, selon eux trop associée dans une certaine partie de l'imaginaire collectif à la figure iconique dudit James Bond 007.
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Mais revenons au Nom de la Rose. En dehors de Sean Connery, les acteurs dits « secondaires » (mais en vérité pas aussi « secondaires » que cela...) ne sont pas en reste et ont également la part belle.
Que ce soit Christian Slater - alias Adso, le novice - qui faisait là ses premiers pas (très remarqués) de comédien ; F. Murray Abraham, délicieusement machiavélique sous les traits du grand inquisiteur Bernardo Gui (à noter que ce personnage a réellement existé) ; Ron Perlman, touchant sous la bosse du difforme Salvatore ; ou encore Michael Lonsdale, toujours égal à lui-même dans la peau (et la tonsure !) de l'Abbé ; c'est l'ensemble du casting qui, par son interprétation autant que par le choix on ne peut plus pertinent des « gueules » dont il se compose, se montre ici au diapason, d'un bout à l'autre du film.
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L'intrigue, beaucoup plus alambiquée qu'elle en a l'air au premier abord, s'avère cependant captivante et surprenante de bout en bout ; sans qu'aucun temps mort ne se fasse sentir.
On est constamment étonné par sa profondeur et sa richesse, lesquelles se dévoilent par exemple au travers de la brillante réflexion quasi philosophique émergeant peu à peu autour des notions du Savoir et de la Connaissance, et de leur détention et diffusion par l'entremise de tous les instruments en permettant ladite diffusion ; rappelant au passage que savoir est sous un angle social synonyme d'avoir et donc de pouvoir, tandis que connaître équivaut tout à la fois sous un angle social à naître et à être.
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Naître et Être par le biais de la Connaissance, c'est mûrir et s'élever (à tous les niveaux possibles et imaginables où on l'entend) ; c'est peut-être aussi embrasser une part de Sacré et entrevoir le visage de Celui qui, dit-on, connaît tout ici-bas et au-delà ; nonobstant les croyances archaïques dénoncées par Le Nom de la Rose et qui, elles, prêchaient tout au contraire l'ignorance et la terreur (terreur s'incarnant notamment dans l'interdiction, faite aux hommes de Dieu, de rire !) pour espérer pouvoir toucher du doigt, sinon le Divin et sa Vérité mystérieuse, du moins un Ailleurs.
Des croyances archaïques qui, rappelons-le, allaient également jusqu'à prôner la répression violente du Désir (thématique fournissant en outre au Nom de la Rose une magnifique occasion d'explorer la frontière parfois confuse qui sépare le Désir de l'Amour) et du péché de chair, les plaisirs terrestres étant alors considérés comme sataniques et de fait, incompatibles avec une quelconque ascension spirituelle. Matériel versus immatériel, rationnel versus irrationnel : jamais un film ne s'était si bien emparé de ces débats immémoriaux.
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Mais le plus extraordinaire dans toute cette intrigue, c'est surtout la mise en scène qui, à l'aune du segment purement policier développé par le synopsis, témoigne d'un calme incroyable et quasi permanent là où en général, le cinéma recourt plutôt à la grandiloquence pour représenter le crime (ce qui n'empêche toutefois nullement certaines scènes de meurtres du Nom de la Rose d'être assez glauques !). C'est d'ailleurs dans ce calme quasi permanent que surgit justement ce suspense oppressant et redoutable, accru par l'intelligence de cette réalisation volontairement sobre et lente.
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Pour en revenir à nouveau au synopsis, s'il est aussi fort et captivant, c'est peut-être aussi parce qu'il mêle très habilement thriller et reconstitution historique. Sous couvert d'enquête policière moyenâgeuse, Le Nom de la Rose dresse effectivement un saisissant portrait de l'Inquisition.
Époque de troubles, de divisions et d'agitation, où l'Église - alors perdue dans ses propres convictions et en proie au doute (le clergé devait-il garder ses biens ou faire vœu de pauvreté, telle est la délicate question qui est subtilement évoquée à travers ce long-métrage) - avait transformé l'Évangile d'amour du Christ en un message effrayant et inhumain, presque annonciateur de l'Apocalypse (au sens de « fin du monde », alors même que le terme, en latin et grec ancien, se traduit par « Révélation »).
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C'est aussi au cours de cette sinistre et très tourmentée période de l'Histoire et de la religion que de nombreux innocents accusés d'hérésie furent torturés et massacrés par l'Inquisition, et tout cela au nom même de Dieu...
Bref, Le Nom de la Rose, en plus de nous tenir en haleine avec une savoureuse enquête policière fertile en suspense et rebondissements, nous offre également un passionnant et très instructif voyage dans le temps ; nourri et étoffé de surcroît de l'émouvante description des rapports quasi paternels et filiaux unissant un maître/acteur expérimenté (Guillaume de Baskerville/Sean Connery) à un disciple/acteur débutant (Adso de Melk/Christian Slater).
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Un petit mot à présent pour souligner le travail méticuleux qui a été réalisé autour de la photographie, belle et froide ; de la lumière, discrète mais efficace ; et des décors, tout bonnement grandioses.
Concernant ce point précis d'ailleurs, il faut savoir que la lugubre abbaye dans laquelle se déroule cette macabre histoire n'existe pas en réalité, puisque ça n'est que du décor... oui, j'ai bien dit que du décor !!! Ça mérite un coup de chapeau ! Et d'insister à nouveau sur la nécessité de souligner ces détails-là, car en apparence dénués de la moindre importance, ils ont pourtant grandement contribué à leur niveau à la réussite absolue de cette œuvre qui, en fustigeant obscurantisme et fanatisme aveugle, se révèle au regard de certains faits d'actualité secouant parfois notre monde contemporain, toujours dans l'air du temps ; nonobstant les siècles nous séparant de l'ère où elle est située. J'achèverai en applaudissant et le talent et le formidable ouvrage du compositeur James Horner, qui pour ce film d'exception, nous a concocté une partition musicale sublime ; spirituelle mais pas trop, à la fois envoûtante et terrifiante ; tout en étant empreinte de nostalgie, de mélancolie et de romantisme.
« L'habit ne fait pas le moine » : ce proverbe prend tout son sens lorsqu'on l'applique au Nom de la Rose. Le chef-d'œuvre de Jean-Jacques Annaud, sans aucun doute, et probablement le plus beau rôle de Sir Sean Connery. À ne pas manquer !
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