BOULEVARD DU CRÉPUSCULE de BILLY WILDER (1950)
Publié le 8 Juin 2009
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Boulevard du Crépuscule (Sunset Boulevard) (1950)
Film américain | Drame, film noir | 1h50 | Tous publics
Par le plus grand des hasards, Joe Gillis, jeune scénariste raté et sans le sou, atterrit un jour dans la luxueuse villa de Norma Desmond en tentant d'échapper à des huissiers. Ancienne vedette du cinéma muet, Norma vit recluse dans ce triste domaine avec pour seule compagnie un étrange majordome prénommé Max. Elle entretient depuis de longues années un rêve obsédant, celui de redevenir une grande actrice. Aussi, lorsqu'elle apprend que Joe fait justement partie de ce milieu merveilleux et difficile qu'est le cinéma, elle lui propose de travailler sur le scénario qui doit marquer son retour à l'écran, « Salomé », mis en scène par Cecil B. DeMille...
❤ Découverte coup de cœur ❤
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Ah, le cinéma ! Art fabuleux et universel qui aura vu défiler un bon nombre d'histoires toutes plus romanesques les unes que les autres depuis sa naissance, en 1895. Mais quoi de mieux que le cinéma lui-même pour servir de toile de fond à un long-métrage ?... Eh oui ! aussi ironiquement drôle que cela puisse paraître, le cinéma lui-même a souvent été une source d'inspiration idéale pour les metteurs en scène ! Que ce soit avec causticité (Le Schpountz), nostalgie (Cinema Paradiso) ou tendresse (Meilleur espoir féminin), le cinéma a ainsi été traité sous toutes les formes et sur tous les tons que l'on puisse imaginer.
Mais je crois qu'il n'a jamais été évoqué avec autant de lyrisme et de dramaturgie que dans Boulevard du Crépuscule. Réalisé par Billy Wilder en 1950, Boulevard du Crépuscule (titre absolument magnifique, au passage !) dresse un tableau particulièrement funèbre du 7e Art. C'est par Arte (chaîne dont on parle trop rarement et qui diffuse pourtant son lot de classiques) que j'ai pour ma part récemment pu découvrir ce film dont je n'avais entendu jusqu'ici que des éloges.
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À la suite donc de cette découverte cinématographique d'envergure, et pour commencer cette chronique, j'ai bien envie de citer la fameuse réplique que prononce le personnage de Norma Desmond au tout début de l'histoire : « Je suis une grande ! Ce sont les films qui sont devenus petits ! » Ça va peut-être vous sembler bizarre (bizarre, vous avez dit bizarre ?...), mais cette phrase résume parfaitement ce que - personnellement - je pense du cinéma actuel... aïe, je sens que je vais me faire taper sur les doigts !
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Ce n'est pas pour paraître vieux jeu ou contradictoire (quoique, j'aime assez l'esprit de contradiction !), mais par rapport à ce qui a pu être fait de par le passé, je trouve en effet franchement que le cinéma actuel manque de grandeur et de finesse (même si certains films récents font exception à la règle, et heureusement d'ailleurs !). J'ai parfois (devrais-je dire souvent ?...) l'impression que les réalisateurs d'aujourd'hui ne savent plus quoi inventer, et ça me désole quelque peu.
Et puis, entre les comédies à deux balles censées être hilarantes, mais qui ont souvent tendance à flirter avec la lourdeur, et les « blockbusters » fertiles en effets spéciaux, mais souvent dépourvus d'originalité (bon, d'accord, j'admets que je caricature un peu !) ; j'avoue que je préfère régulièrement me tourner vers le cinéma dit « ancien », qui avait décidément une autre classe (avis strictement personnel, je tiens à nouveau à le rappeler).
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Mais revenons sans plus tarder à nos moutons (!). Ainsi que je le mentionnais ci-dessus, Boulevard du Crépuscule livre une vision très acerbe du 7e Art. Monde fantastique de paillettes et de féerie, qui sous son merveilleux aspect extérieur dissimule hélas un visage intérieur beaucoup moins rose, fait de désillusions cruelles et de rêves brisés en mille morceaux.
À travers ce scénario rondement mené, Billy Wilder montre de quelle manière le cinéma parlant - invention ô combien géniale - a malheureusement tué de nombreuses icônes du cinéma muet qui n'ont pas su s'adapter à ce grand chamboulement. Souvent grinçantes, les répliques (riches en humour noir) multiplient les clins d'œil avec bonheur. Les décors sont superbes, tout comme le noir et blanc, divinement envoûtant ; et l'ensemble est rehaussé par une musique somptueuse. Le fait que le récit soit narré par un mort constitue en outre une idée brillante et foutrement culottée pour l'époque (même Hitchcock n'y avait pas pensé, c'est dire !).
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Concernant l'interprétation, c'est tout simplement la cerise sur le gâteau. William Holden tout d'abord, dans le rôle qui lui apportera la gloire, est juste excellent. Par son allure et ses regards emplis de malice, il s'impose sans problème comme une valeur sûre.
Face à lui, Gloria Swanson - hallucinante de folie et de désespoir - crève littéralement l'écran dans la peau de cette ex-vedette bien décidée à revenir à tout prix sous les feux des projecteurs. Inoubliable sous les traits d'un majordome distant et énigmatique, le talentueux Erich Von Stroheim donne à l'histoire cette petite part d'humanité discrète et touchante ; tandis que la douce Nancy Olson campe avec conviction une jeune scénariste déterminée à réussir. Et si l'intrigue a l'air tellement réaliste, c'est peut-être aussi parce que dans les personnages secondaires, le spectateur retrouve des grands noms de Hollywood qui y jouent leurs propres rôles (comme Cecil B. DeMille, par exemple) et d'anciennes légendes du cinéma muet (telles que Buster Keaton) qui apparaissent à l'écran pendant une poignée de secondes ; apportant ainsi à Boulevard du Crépuscule cette authenticité saisissante et rare.
À mi-chemin entre le film noir et la parabole poétique, Boulevard du Crépuscule reste un chef-d'œuvre absolu dans l'histoire du cinéma américain, que la mise en scène virtuose de Billy Wilder, la composition impressionnante de Gloria Swanson et le final d'anthologie ont contribué à rendre mythique. Incontournable, évidemment - mais est-ce vraiment nécessaire de le dire ?...
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