DUEL de STEVEN SPIELBERG (1971)

Publié le 29 Août 2009

Duel (1971)

Film américain | Thriller, action, road movie | 1h32 | Tous publics

Synopsis :

Sur une route quasi désertique de Californie, David Mann, représentant de commerce sans histoires, est pris en chasse par un mystérieux poids-lourd alors qu'il se rendait à un important rendez-vous. Si David ne prête d'abord guère d'attention à ce « traqueur » obsessionnel, il va cependant très vite comprendre que sa vie ne tient plus qu'à un fil...

Chronique et avis [spoilers possibles] :

Imaginez : vous êtes au volant de votre voiture et conduisez tranquillement sur une route peu fréquentée et parsemée de magnifiques paysages désertiques, lorsque vous vous retrouvez derrière un impressionnant camion-citerne américain (qui n'a pas non plus l'air très pressé, vu la vitesse à laquelle il circule...), que vous ne tardez pas à doubler... jusqu'ici rien d'anormal ou d'extraordinaire.

Mais à peine une poignée de secondes plus tard, en jetant un furtif coup d'œil à votre rétroviseur, vous constatez avec stupeur que ce camion fonce droit sur vous avec colère et vous double à son tour... pour rouler aussi lentement qu'auparavant !...

Impatient et têtu que vous êtes, vous décidez donc de le doubler une nouvelle fois... ce qui ne semble alors être qu'un petit jeu ridicule et sans importance tourne rapidement au cauchemar lorsque vous comprenez subitement que le chauffeur de ce poids-lourd (dont vous ne voyez jamais la trogne...) prend visiblement un plaisir malin et sadique à essayer de vous assassiner, en tentant - par exemple - de pousser votre voiture sur une voie ferrée alors qu'un train est justement en marche...

Ce scénario à première vue improbable, c'est pourtant celui de Duel (1971). Premier long-métrage réalisé par Steven Spielberg (inconnu à l'époque), couronné entre autres par le Grand Prix au Festival international du film fantastique d'Avoriaz, Duel fut à l'origine uniquement destiné au petit écran, avant de bénéficier ensuite d'une sortie en salles obscures (sortie qui le verra dès lors s'enrichir de nouvelles séquences visant à rallonger de près d'une quinzaine de minutes supplémentaires sa durée initiale d'environ 75 minutes [plus d'infos à ce sujet ICI]) ; sa diffusion télévisée ayant été auréolée autant d'un succès d'audience que d'un succès critique.

Il est d'ailleurs bien dommage et triste de voir qu'aujourd'hui, cette œuvre est un peu oubliée lorsque l'on demande au public de faire un classement des meilleurs films de Spielberg. Car même s'il ne s'agit que de son premier passage derrière la caméra, Duel figure à mes yeux comme l'un des sommets du cinéaste. Un coup d'essai transformé en coup de maître.

À la manière d'Hitchcock, Spielberg fait naître le suspense en ne montrant presque rien, mais en suggérant beaucoup. La mécanique de son art repose sur une réalisation banale et sobre, qui joue avec nos nerfs en mettant en scène un automobiliste face auquel nous n'avons aucun mal à nous identifier et à nous reconnaître.

Point de héros ici - ni même, à la réflexion, de « méchant ». David Mann, l'automobiliste traqué (subtilement interprété par Dennis Weaver), n'a absolument rien d'un Superman. Il est père, est marié et entretient d'ailleurs une relation assez complexe avec son épouse, qui le mène un peu à la baguette.

Lorsqu'il croise sur son chemin cet énigmatique « chauffeur chauffard » (incarné par Carey Loftin, un cascadeur alors bien connu à Hollywood, et réputé notamment pour être un excellent conducteur), son existence paisible se retrouve totalement bouleversée en l'espace de seulement quelques heures. Ne pouvant soudain compter que sur lui-même, David devra malgré lui apprendre à agir en homme tout au long de cette poursuite infernale et de cette lutte à mort. Une épreuve dont il sortira complètement métamorphosé et grandi. Sous ses allures de huis clos routier, Duel se révèle donc également être un road movie initiatique sur le rapport que l'Homme entretient avec la Machine - ladite Machine étant ici personnifiée par une voiture (et par un camion-citerne dans le cas du mystérieux « chauffeur chauffard »).

On trouve par ailleurs dans Duel une petite touche de western-spaghetti, Spielberg s'amusant et s'ingéniant à multiplier les gros plans sur les yeux terrifiés de son protagoniste, à l'instar des gros plans qui, dans lesdits westerns-spaghettis, se focalisaient souvent sur les regards des cow-boys, chasseurs de primes et autres « outlaws » du Far West.

Sentiment d'appartenance au western-spaghetti (voire, au western tout court) renforcé aussi par le fait que l'intrigue de Duel se déroule en plein cœur de somptueux espaces désertiques avec lesquels la caméra joue habilement ; espaces désertiques réveillant immédiatement chez le cinéphile averti le souvenir de semblables décors naturels aperçus dans moult westerns, aussi bien italiens qu'américains. Quant à la musique de Duel, si elle ne porte pas encore la signature de John Williams (le complice habituel de Spielberg), elle s'avère néanmoins tout à fait honorable et distille une tension permanente ; laquelle atteint son paroxysme lors de la course-poursuite finale, véritable moment d'anthologie et de bravoure.

En guise de conclusion :

Quatre ans après Duel, en 1975, Steven Spielberg terrorisera à nouveau les foules avec un autre long-métrage à suspense se situant cette fois-ci dans le milieu aquatique et qui rencontrera un triomphe planétaire, lançant ainsi pour de bon la carrière de son illustre auteur... je veux bien entendu parler des Dents de la mer, monument incontournable et mythique du 7e Art et officiellement, premier « blockbuster » contemporain de l'histoire du cinéma américain.

Mais si bon nombre de personnes considèrent à présent (et à juste titre, d'ailleurs) Les Dents de la mer comme l'un des plus grands thrillers jamais réalisés, m'est pourtant définitivement avis que Duel le surpasse très largement en terme d'angoisse pure et de sueurs froides ; Spielberg, avec une économie de moyens des plus remarquables et une compréhension déjà accrue (pour ne pas dire innée) de l'art narratif, faisant ici montre d'un talent inouï à susciter - par la seule puissance évocatrice de sa mise en scène - les sensations les plus extrêmes chez son spectateur. Attachez vos ceintures !

Nominations et récompenses obtenues, le détail complet  ICI
Fiche AlloCiné ICI
Ma note pour ce film :

 

Rédigé par Kleinhase

Publié dans #CINÉMA, #FILMS, #FILMS DES ANNÉES 1970, #En détail

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G
Tout l'art de réaliser un film exceptionnel avec un sujet tout simple est réuni dans cette oeuvre. Personnellement j'ai été captivé de bout en bout par cette aventure démarrant dans l'insouciance et qui s'enfonce progressivement dans l'angoisse et le cauchemar. Captivant !!! Amitiés
B
Premier coup de maître de Steven Spielberg, "Duel"annonçait les prémice de ce qu'allait être "Les Dents de la mer". *<br /> <br /> "Duel" est un film angoissant, plein de suspense qui mérite d'être vu et revu. Un film dont on ne parle pas assez souvent et qui pourtant pose les bases de ce qu'allait être le cinéma de Spielberg.
F
Le prédateur et sa proie, c'est ce que l'on pourrait aussi penser en voyant ce film tès original de Spielberg. Avec des prises de vue extraordinaire dignes d'un documentaire animalier tourné dans la plaine du Serengeti, SS filme ce camion presque couleur fauve comme un lion poursuivant sa proie. Les gros plans de la cabine, des roues, comme la tête et les muscles du fauve, des bruits du moteur du klaxon comme des rugissements, sont géniaux... Ce film dépasse de loin son suivant. Le suspense est à son comble et tient en haleine jusqu'au dernier instant.