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8 juin 2009 1 08 /06 /juin /2009 17:15

ATTENTION, RISQUE DE SPOILERS !

BOULEVARD DU CRÉPUSCULE (Sunset Boulevard)

Film américain

Date de sortie: 18 avril 1951

Genre: Drame  Durée: 1h50  Tous publics

Conseil personnel: Pour adolescents et adultes.

Disponible en DVD et VHS

Noir & blanc

Par le plus grand des hasards, Joe Gillis, jeune scénariste raté et sans le sou, atterrit un jour dans la luxueuse villa de Norma Desmond en tentant d'échapper à des huissiers. Ancienne vedette du cinéma muet, Norma vit recluse dans ce triste domaine avec pour seule compagnie un étrange majordome prénommé Max. Elle entretient depuis de longues années un rêve obsédant, celui de redevenir une grande actrice. Aussi, lorsqu'elle apprend que Joe fait justement partie de ce milieu merveilleux et difficile qu'est le cinéma, elle lui propose de travailler sur le scénario qui doit marquer son retour à l'écran, << Salomé >>, mis en scène par Cecil B. DeMille...

  

MON AVIS:

Ah, le cinéma ! Art fabuleux et universel qui aura vu défiler un bon nombre d'histoires toutes plus romanesques les unes que les autres depuis sa naissance, en 1895. Mais quoi de mieux que le cinéma lui-même pour servir de toile de fond à un long-métrage ?... Et oui, aussi ironiquement drôle que cela puisse paraître, le cinéma a souvent été une source d'inspiration idéale pour les metteurs en scène (!). Que ce soit avec causticité (<< Le Schpountz >>), nostalgie (<< Cinéma Paradiso >>) ou tendresse (<< Meilleur espoir féminin >>), le cinéma a été traité sous toutes les formes et sur tous les tons que l'on puisse imaginer.

Mais je crois qu'il n'a jamais été évoqué avec autant de lyrisme et de dramaturgie que dans Boulevard du Crépuscule. Réalisé par Billy Wilder en 1950, Boulevard du Crépuscule (titre absolument magnifique, au passage !) dresse un tableau particulièrement funèbre du 7e Art. C'est par Arte (chaîne dont on parle trop rarement et qui diffuse pourtant son lot de classiques) que j'ai récemment pu découvrir ce film dont je n'avais entendu que des éloges.

Et pour commencer cette critique, j'ai bien envie de citer la fameuse réplique que prononce le personnage de Norma Desmond au tout début de l'histoire: << Je suis une grande ! Ce sont les films qui sont devenus petits ! >>. Ça va peut-être vous sembler bizarre (bizarre, vous avez dit bizarre ?...), mais cette phrase résume parfaitement ce que - personnellement - je pense du cinéma actuel... aïe, je sens que je vais me faire taper sur les doigts !

Ce n'est pas pour être vieux jeu ou contradictoire (quoique, j'aime assez l'esprit de contradiction !), mais par rapport à ce qui a pu être fait de par le passé, je trouve franchement que le cinéma actuel manque de grandeur et de finesse (même si certains films récents font exception à la règle, et heureusement d'ailleurs !).

J'ai parfois (ou devrais-je dire souvent ?...) l'impression que les réalisateurs d'aujourd'hui ne savent plus quoi inventer, et ça me désole un peu. Et puis, entre les comédies à deux balles censées être hilarantes mais qui ont tendance à flirter avec la lourdeur et les blockbusters fertiles en effets spéciaux mais dépourvus d'originalité (bon, d'accord, je caricature un peu !), j'avoue que je préfère me tourner vers le cinéma ancien, qui avait décidément une autre classe (avis personnel, je tiens à le rappeler).

Mais revenons plutôt à nos moutons (!). Ainsi que je le mentionnais ci-dessus, Boulevard du Crépuscule livre une vision très acerbe du 7e Art. Monde fantastique de paillettes et de féerie, qui sous son merveilleux aspect extérieur dissimule hélas un visage intérieur beaucoup moins rose, fait de désillusions cruelles et de rêves brisés en mille morceaux.

À travers ce scénario rondement mené, Billy Wilder montre de quelle manière le cinéma parlant - invention ô combien géniale - a malheureusement tué de nombreuses icônes du cinéma muet qui n'ont pas su s'adapter à ce grand chamboulement. Souvent grinçantes, les répliques (riches en humour noir) multiplient les clins d'œil avec bonheur. Les décors sont superbes, tout comme le noir & blanc, divinement envoûtant; et l'ensemble est réhaussé par une musique somptueuse. Le fait que le récit soit narré par un mort constitue en outre une idée brillante et foutrement culottée pour l'époque (même Hitchcock n'y avait pas pensé !).

Concernant l'interprétation, c'est tout simplement la cerise sur le gâteau. William Holden tout d'abord, dans le rôle qui lui apportera la gloire, est juste excellent. Par son allure et ses regards emplis de malice, il s'impose sans problème comme une valeur sûre. Face à lui, Gloria Swanson - hallucinante de folie et de désespoir - crève littéralement l'écran dans la peau de cette ex vedette décidée à revenir sous les feux des projecteurs. Inoubliable sous les traits d'un majordome distant et énigmatique, le talentueux Erich Von Stroheim donne à l'histoire cette petite part d'humanité discrète et touchante; tandis que la douce Nancy Olson campe avec conviction une jeune scénariste déterminée à réussir.

Et si l'intrigue a l'air tellement réaliste, c'est peut-être aussi parce que dans les personnages secondaires, le spectateur retrouve des grands noms d'Hollywood qui y jouent leurs propres rôles (comme Cecil B. DeMille, par exemple) et d'anciennes légendes du cinéma muet (telles que Buster Keaton) qui apparaissent à l'écran pendant une poignée de secondes, apportant ainsi à Boulevard du Crépuscule cette authenticité saisissante et rare.

  

EN BREF:

À mi-chemin entre le film noir et la parabole poétique, Boulevard du Crépuscule reste un chef-d'œuvre absolu dans l'histoire du cinéma américain, que la mise en scène virtuose de Billy Wilder, la composition impressionnante de Gloria Swanson et le final d'anthologie ont contribué à rendre mythique. Incontournable, évidemment (mais est-ce vraiment nécessaire de le dire ?...).

K.H.

NOMINATIONS ET RÉCOMPENSES PRINCIPALES:

Boulevard du Crépuscule a été nominé 11 fois aux Oscars en 1951 (dans les catégories meilleur film; meilleur réalisateur pour Billy Wilder; meilleur scénario pour Billy Wilder, Charles Brackett & D.M. Marshman Jr; meilleur acteur pour William Holden; meilleure actrice pour Gloria Swanson; meilleur second rôle masculin pour Erich Von Stroheim; meilleur second rôle féminin pour Nancy Olson; meilleure musique originale pour Franz Waxman; meilleur montage; meilleure photographie d'un film en noir & blanc et meilleure direction artistique d'un film en noir & blanc). Il n'a finalement obtenu que 3 Oscars, ceux du meilleur scénario, de la meilleure musique originale et de la meilleure direction artistique.

Ce film a également été récompensé par 4 Golden Globes (ceux du meilleur film, du meilleur réalisateur pour Billy Wilder, de la meilleure actrice de film dramatique pour Gloria Swanson et de la meilleure musique pour Franz Waxman).

Au total, 13 nominations et 13 récompenses ont couronné ce long-métrage (le détail complet > ICI).



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25 mai 2009 1 25 /05 /mai /2009 15:34

ATTENTION, RISQUE DE SPOILERS !

MYSTIC RIVER

Film américain

Date de sortie: 15 octobre 2003

Genre: Drame, policier  Durée: 2h12  Interdit aux moins de 12 ans

Conseil personnel: Pour adolescents et adultes.

Disponible en DVD et VHS

Jimmy Markum, Dave Boyle et Sean Devine ont grandi et joué ensemble dans un quartier de Boston, non loin de la Mystic River. Rien ne semblait devoir troubler leur amitié, jusqu'au jour où une terrible tragédie les éloigna et chacun d'entre eux prit alors un chemin différent. Près de 25 ans plus tard, les trois hommes se retrouvent dans des circonstances brutales: Katie, la fille de Jimmy, âgée de 19 ans; a été froidement assassinée. Sean, devenu policier, est chargé de l'enquête. Les soupçons se portent rapidement sur Dave. Et Jimmy, de son côté, songe à se venger...

  

MON AVIS:

Si la filmographie - en tant que cinéaste - de Clint Eastwood faisait déjà preuve d'une diversité et d'une richesse exceptionnelles de par le passé, c'est néanmoins avec Mystic River qu'elle a (selon moi !) pris un tout autre tournant. Le tournant de la maturité et de la sagesse, qui a définitivement poussé Eastwood dans la cour des grands metteurs en scène et l'a élevé au rang de seigneur absolu. De réalisateur plein d'avenir à surveiller de très près, il est passé au statut de maître incontesté et respecté, de mythe souvent parodié et/ou imité (mais jamais égalé !), bref de grand patron en quelque sorte; au même titre que John Huston, Alfred Hitchcock ou David Lean avant lui.

Preuve de ce changement considérable ?... Il y a quelques années encore, on avait tendance à dire: << Je vais voir le prochain film de Clint Eastwood >>. Aujourd'hui, on dit simplement: << Je vais voir le prochain Clint Eastwood >>. Certes, la différence n'est pas énorme vue comme ça, mais elle en dit cependant beaucoup plus qu'on ne le croit sur la place qu'occupe ce bourreau de travail dans le paysage cinématographique actuel.

Sorti en salles à la fin de l'année 2003, Mystic River a permis à Eastwood de s'imposer pour de bon comme l'un des artistes les plus doués de sa génération. S'inspirant d'un roman éponyme de l'écrivain Dennis Lehane (que je n'ai pas lu), Mystic River est sans aucun doute à classer dans les œuvres les plus dramatiques, les plus noires, les plus désespérées, les plus abouties du metteur en scène.

Polar crépusculaire et haletant, Mystic River est digne d'une tragédie shakespearienne, où les sentiments sont encore plus violents que les actes eux-mêmes. Fouillé et ambigu, le scénario englobe en fait plusieurs histoires et offre une nouvelle fois à Eastwood l'occasion d'évoquer des thèmes délicats (ici, il est principalement question de justice expéditive et de pédophilie), tout en s'interrogeant sur le manque de responsabilité chez les jeunes et sur la détention légale d'armes à feu aux États-Unis.

La narration, fluide et rigoureuse, distille dès le début un climat de tension qui se fait de plus en plus persistant et oppressant au fil des minutes et ne se relâche pas avant le dénouement choc. Les coups de théâtre s'enchaînent, les révélations éclatent au grand jour et l'action s'emballe, soutenue par une mise en scène stylisée et impassible. Mais Eastwood ne perd jamais de vue l'essentiel, à savoir les personnalités contrastées de ses trois héros (ou plutôt de ses anti-héros, chaque personnage ayant une faiblesse particulière, une faiblesse humaine). Bref, en misant davantage sur la psychologie des protagonistes que sur leurs gestes, Eastwood a déjà réussi son film à 90 %.

Les nombreux plans aériens au-dessus de la ville de Boston et de ses eaux profondes d'où ressurgissent stigmates de l'enfance et démons du passé semblent être la métaphore d'une présence divine, qui renvoie donc naturellement à ce titre étrangement spirituel qu'est Mystic River.

Sobre sans pour autant être dénuée d'émotion, la musique (que l'on doit également à Clint Eastwood !) achève de donner à Mystic River cette ambiance quasi mystique qui règne tout au long de l'histoire.

Pour apporter du corps et du poids à un tel sujet, un casting judicieux est évidemment nécessaire. En décidant de confier le rôle de Jimmy (le père anéanti par la disparition de sa fille et assoiffé de vengeance) à Sean Penn, le réalisateur a eu du flair. Tout en regards et en force, Sean Penn insuffle à son personnage l'agressivité presque animalière qui s'empare de lui au moment où il apprend la mort de sa progéniture; et il nous livre une prestation à l'état brut, d'une intensité extrême. Plus en retenue, Tim Robbins incarne Dave, l'écorché vif dont l'innocence enfantine s'est à jamais perdue dans cette voiture où il fut contraint de monter, et il endosse là son meilleur rôle après << Les Évadés >>. Kevin Bacon, quant à lui, prête ses traits à Sean, le flic solitaire et pudique à son tour amené à redécouvrir ce lourd secret d'autrefois; et il est épaulé dans son enquête par un Laurence Fishburne très convaincant.

Point de vue féminin, Clint Eastwood retrouve deux actrices qui ont déjà eu l'honneur de jouer sous sa direction auparavant et même de lui donner la réplique: Marcia Gay Harden (présente au générique de << Space Cowboys >>) et Laura Linney (aperçue dans << Les pleins pouvoirs >>).

La première tient le rôle de Celeste, l'épouse de Dave, qui tente tant bien que mal de le comprendre et de le soutenir mais va malgré elle causer sa perte en voulant le protéger; tandis que la seconde offre sa blondeur à Annabeth, femme forte du récit et deuxième épouse de Jimmy en même temps que sa conseillère et guide. À noter aussi l'apparition clin d'œil d'Eli Wallach, alias Tuco (l'inséparable complice d'Eastwood) dans << Le Bon, la Brute et le Truand >>.

  

EN BREF:

La densité de l'intrigue, la justesse poignante de l'interprétation et le savoir-faire hors norme de Clint Eastwood donnent de la profondeur à ce long-métrage très sombre, à la fois troublante enquête sur le passé et magnifique (et cruelle) réflexion sur le destin. Un grand moment de cinéma.

K.H.

NOMINATIONS ET RÉCOMPENSES PRINCIPALES:

Mystic River a été présenté en compétition officielle au Festival de Cannes 2003.

Mystic River a été nominé 6 fois aux Oscars en 2004 (dans les catégories meilleur film, meilleur réalisateur pour Clint Eastwood, meilleure adaptation pour Brian Helgeland, meilleur acteur pour Sean Penn, meilleur second rôle masculin pour Tim Robbins et meilleur second rôle féminin pour Marcia Gay Harden). Il n'a finalement obtenu que 2 Oscars, ceux du meilleur acteur et du meilleur second rôle masculin.

Ce film a également été récompensé par 2 Golden Globes (ceux du meilleur acteur de film dramatique pour Sean Penn et du meilleur acteur de second rôle pour Tim Robbins) et par le César du meilleur film étranger.

Au total, 64 nominations et 41 récompenses ont couronné ce long-métrage (le détail complet > ICI).

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19 mai 2009 2 19 /05 /mai /2009 15:45

ATTENTION, RISQUE DE SPOILERS !

CERTAINS L'AIMENT CHAUD (Some like it hot)

Film américain

Date de sortie: 9 septembre 1959  Date de reprise: 25 août 2004

Genre: Comédie  Durée: 1h56  Tous publics

Conseil personnel: Pour toute la famille.

Disponible en DVD et VHS

Noir & blanc

Chicago, 1929. Joe et Jerry, deux musiciens au chômage, recherchent vainement un emploi qui leur permettrait de rembourser leurs dettes et de mener une vie plus stable. Un jour, alors qu'ils se rendent dans un garage pour emprunter la voiture d'une amie, les deux compères sont involontairement témoins d'un règlement de comptes entre truands, dirigé par le caïd Colombo les Guêtres. Pris pour cibles, ils parviennent finalement à s'enfuir en se travestissant et en se faisant engager dans un orchestre de jazz exclusivement féminin. C'est là que Joe et Jerry - respectivement devenus Joséphine et Daphné - vont faire la connaissance de la douce Sugar, jeune beauté fatale et insouciante qui rêve d'épouser un milliardaire...

   

MON AVIS:

Tant de films à voir en une seule vie ! Entre les classiques incontournables du 7e Art que je me promets de regarder depuis des mois mais que je n'ai toujours pas eu l'occasion de découvrir (<< Les enfants du paradis >>, << Les sentiers de la gloire >>, << Zorba le Grec >>; notamment), les chefs-d'œuvre récents que je veux aussi voir mais sans me précipiter (<< Platoon >>, pour ne citer que lui) et les films qui sortent en salles chaque semaine (pour l'instant, aucun ne m'intéresse particulièrement); Dieu que la liste est bien remplie ! Une liste qui s'allonge encore et encore au fur et à mesure que les jours passent (si je vous dis qu'il faut au moins vivre jusqu'à 100 ans, ce n'est pas pour rien !).

Et dans ma liste de films à découvrir figurait également (depuis belle lurette !)... Certains l'aiment chaud. Comédie culte hollywoodienne, réalisée par Billy Wilder en 1959, dont j'avais beaucoup entendu parler mais qui ne m'attirait pas spécialement jusqu'à ce que je me décide - il y a quelques semaines - à emprunter le DVD à la médiathèque de ma ville.

Alors, chef-d'œuvre ou pas chef-d'œuvre ? Classic or not classic ?... Ma réponse, après visionnage, est un grand OUI accompagné d'un sourire béat. Et encore, ce film légendaire mérite bien plus qu'un simple et stupide << oui >>. Toujours est-il que je comprends mieux à présent pourquoi Certains l'aiment chaud a laissé une empreinte indélébile dans les mémoires. Et je ne regrette qu'une seule chose: ne pas l'avoir vu plus tôt. Mais ne rechignons pas pour si peu, car il paraît qu'une longue attente peut parfois précéder un plaisir d'une ampleur unique... tout vient à point à qui sait attendre !

Avec Certains l'aiment chaud, Billy Wilder introduisit une nouvelle forme de comique dans le cinéma d'alors, une forme audacieuse et délicieusement amorale; jusqu'ici peu exploitée. Jamais un long-métrage n'avait encore osé traiter des rapports hommes/femmes avec autant de légèreté et d'espièglerie, et tout ça sans sombrer dans l'humour facile ou grossier; ce qui est tout de même assez exceptionnel !

Si le début avec les gangsters n'est qu'un prétexte pour pouvoir lancer l'intrigue, il permet aussi de la clore de manière virtuose et on ne peut plus croustillante. Ce qui donne également au réalisateur l'occasion de parodier les films noirs des années 30. Le scénario, quant à lui, met merveilleusement en valeur les différences entre les deux sexes et exploite avec maestria tout le potentiel comique que cela peut engendrer à l'écran. Les gags, débordants de facétie, sont à se tordre de rire; tout comme la plupart des répliques, qui atteignent le paroxysme de la dérision. La musique, de son côté, fait preuve d'un rythme et d'une jovialité permanents.

Niveau interprétation, on pourrait écrire des pages et des pages; mais il y a tant à dire que cela serait certainement inutile. Préférons donc quelques lignes à une interminable tartine de texte (!).

Si Marilyn Monroe est bien sûr l'héroïne de cette farce trépidante, elle se fait néanmoins voler la vedette par Tony Curtis (le clown blanc) et son acolyte Jack Lemmon (l'auguste). Tous deux forment effectivement un tandem burlesque des plus cocasses. Tantôt complices, tantôt opposés, tour à tour jour et nuit; ils se renvoient la balle avec délectation et sont excellents dans cet irrésistible numéro de duettistes. Mais Marilyn apporte aussi beaucoup à l'histoire et l'illumine de par sa sensualité, sa fragilité et son air un brin taquin. Elle nous gratifie en prime de son envoûtante voix de chanteuse, à travers quelques fabuleux morceaux musicaux. Pour ce qui est des seconds rôles, on retiendra surtout les remarquables prestations de Joe E. Brown, hilarant en milliardaire flegmatique qui tombe sous le charme de Jack Lemmon (alias Daphné, alias Jerry !) et de George Raft, parfait sous les traits du << parrain >> de la mafia.

  

EN BREF:

Faire rire avec autant d'élégance est une chose qui devient extrêmement rare de nos jours, les comédies récentes ayant hélas une fâcheuse tendance à se servir de la caricature ou de la vulgarité pour parvenir à leurs fins. Heureusement qu'il existe des longs-métrages tels que Certains l'aiment chaud pour apporter un peu de piment et de fraîcheur dans notre quotidien pas toujours très rose. Après tout, le proverbe est là pour nous rappeler que c'est souvent dans les vieux pots qu'on fait les meilleures confitures... poupoupidou !

K.H.

NOMINATIONS ET RÉCOMPENSES PRINCIPALES:

Certains l'aiment chaud a été nominé 6 fois aux Oscars en 1960 (dans les catégories meilleur réalisateur pour Billy Wilder, meilleure adaptation pour Billy Wilder, meilleur acteur pour Jack Lemmon, meilleure photographie d'un film en noir & blanc, meilleure direction artistique d'un film en noir & blanc et meilleurs costumes d'un film en noir & blanc). Il n'a finalement obtenu qu'un seul Oscar, celui des meilleurs costumes.

Ce film a également été récompensé par 3 Golden Globes (ceux de la meilleure comédie, de la meilleure actrice de comédie/comédie musicale pour Marilyn Monroe et du meilleur acteur de comédie/comédie musicale pour Jack Lemmon) et par le BAFTA Award du meilleur acteur étranger pour Jack Lemmon.

Au total, 8 nominations et 10 récompenses ont couronné ce long-métrage (le détail complet > ICI).

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15 mai 2009 5 15 /05 /mai /2009 11:09

ATTENTION, RISQUE DE SPOILERS !

En pleine Seconde Guerre Mondiale, et alors qu'un complot visant Adolf Hitler se prépare dans le plus grand secret, un officier allemand et un inspecteur de police français recherchent un général nazi suspecté d'avoir assassiné des prostituées...

Réunir thriller policier et guerre dans un seul et même film, voilà un mélange peu banal que le spectateur n'a pas souvent vu au cinéma. À vrai dire, La Nuit des Généraux (The Night of the Generals), réalisé par Anatole Litvak en 1967, est peut-être l'unique long-métrage qui mêle ces deux genres radicalement différents. Et force est de reconnaître que cette association inattendue aurait méritée d'être à nouveau réitérée par la suite, car La Nuit des Généraux, en plus d'être un excellent film de guerre; se révèle aussi être un captivant polar, original et particulièrement sombre.

S'entourant d'un casting de premier choix (Peter O'Toole, Omar Sharif, Tom Courtenay, Donald Pleasence ou encore un certain Philippe Noiret), Anatole Litvak met son expérience de cinéaste au service d'une intrigue forte, riche en suspense et rebondissements. Une intrigue menée de main de maître, qui nous entraîne également dans un épisode oublié de l'Histoire et de la Seconde Guerre Mondiale: le fameux complot << Walkyrie >>, organisé par des nazis (!) et qui avait pour but de tuer Adolf Hitler. Un complot qui se soldera par un cuisant échec et verra ses dirigeants sévèrement punis par les fidèles du Führer. Malgré un démarrage assez lent, le scénario prend peu à peu son envol et la tension monte crescendo, aidée en cela par la musique oppressante de Maurice Jarre. Et en parlant de Maurice Jarre justement, j'apprends à l'instant que cet immense compositeur, auteur de BO inoubliables (<< Lawrence d'Arabie >>, << Jésus de Nazareth >>, << Le cercle des poètes disparus >>...), est décédé en mars dernier... les médias n'ont visiblement pas jugé utile de rendre hommage à ce talentueux artiste, à qui l'on doit pourtant quelques-unes des plus belles mélodies du 7e Art... tout bonnement honteux.

Bref, La Nuit des Généraux constitue une aventure rocambolesque et prenante, orchestrée avec savoir-faire et servie par une interprétation extra. Mention spéciale au charismatique Peter O'Toole, formidable acteur qui s'est vu prisonnier de son rôle culte de << Lawrence d'Arabie >> et n'a pas eu la carrière à la hauteur de son véritable potentiel. Au fond, c'est sans doute ça la plus grande injustice du cinéma: coller une étiquette à un comédien et le réduire à un seul rôle sans lui laisser le temps de prouver ses multiples facettes.

K.H.



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30 avril 2009 4 30 /04 /avril /2009 17:09

ATTENTION, RISQUE DE SPOILERS !

GRAN TORINO

Film américain

Date de sortie: 25 février 2009

Genre: Drame, thriller  Durée: 1h55  Tous publics

Conseil personnel: Pour adolescents et adultes.

Site officiel

Citoyen américain d'origine polonaise, Walt Kowalski, vétéran de la guerre de Corée et retraité des usines automobiles de Detroit; vient de perdre son épouse. Délaissé par sa famille, il passe ses journées à pester contre ses voisins, des immigrants asiatiques; tout en astiquant soigneusement ses armes à feu. Lorsqu'un beau jour il surprend un voleur qui tente de s'emparer de sa Ford Gran Torino de 1972, une voiture de course et de luxe, véritable pièce de collection; il voit rouge...

  

MON AVIS:

Sapristi, que le temps m'a paru long et interminable jusqu'à ce que je découvre Gran Torino ! Depuis le 25 février dernier, jour de la sortie en salles de ce chef-d'œuvre annoncé; je trépigne d'impatience et ronge mon frein en guettant avec nervosité la projection de ce film dans mon cinéma le plus proche. Enfin, après des semaines et des semaines, je l'ai vu ! Et en VO, s'il vous plaît !

Chose extrêmement rare dans le cinéma de ma ville, puisque la majorité des films diffusés sont en version française. Je vous recommande d'ailleurs de voir Gran Torino en VO si cela vous est possible (enfin c'est valable pour tous les films vous diront les vrais amateurs de VO, et je suis bien d'accord là-dessus. Si une version française peut être excellente, elle n'égalera cependant jamais l'originale...). Bref, passons. J'ai enfin vu Gran Torino, disais-je. Et ma foi, après visionnage, j'ai bien envie de dire qu'il existe des films assez beaux pour qu'on mérite de les attendre.

Ce n'est un secret pour personne, chaque nouveau film de Clint Eastwood constitue un événement majeur attendu avec une effervescence particulière. Une effervescence qui a tendance à s'accroître encore avec le temps. Et l'on comprend aisément pourquoi en voyant Gran Torino. Aussi, si tel est son désir (et même si personnellement j'espère encore le voir faire l'acteur, ne serait-ce qu'une fois), Clint Eastwood peut tirer sa révérence en toute sérénité. Avec Gran Torino, il a littéralement été touché par la grâce et semble avoir atteint la perfection absolue, la maestria ultime.

Affirmer que la filmographie de ce talentueux artiste a peu à peu gagné en maturité au fil des années n'est donc pas anodin. Jouissant de son expérience, Clint Eastwood nous livre depuis un certain temps déjà des films plus profonds, plus réfléchis, plus adultes; dont Gran Torino semble être l'apothéose d'une carrière bien remplie, à la fois devant et derrière la caméra.

Ici, l'acteur-réalisateur endosse un rôle taillé sur mesure, celui d'un ancien soldat, Walt Kowalski; vieil emmerdeur teigneux, raciste, grossier... et seul. Veuf depuis peu, mis à l'écart par ses enfants (davantage intéressés par le futur héritage que par leur père...); Walt est un homme solitaire et blessé. Et puis, le destin met sur sa route Tao, son jeune voisin d'origine asiatique. Introverti, sans cesse harcelé par un gang de dangereux voyous qui cherche à le << recruter >>; Tao est un être perdu, condamné à un avenir incertain. En le prenant sous son aile, Walt apprendra à ouvrir son cœur au monde et aux autres et trouvera ainsi un nouveau sens à sa vie. Bref, une trame de fond assez classique lorsqu'on y regarde de plus près, heureusement valorisée par une mise en scène délicate et élégante.

Tout en parodiant ouvertement sa propre légende en multipliant les savoureux clins d'œil aux rôles qui ont jadis fait sa gloire (à son personnage culte de << Dirty Harry >>, notamment), Clint Eastwood s'interroge sur la vie, la mort, la violence juvénile; et aborde avec infiniment de tendresse et de pudeur des thèmes qui lui sont chers: la solitude, la rédemption, l'amitié, la foi.

Secondé par des jeunes comédiens prometteurs (mention spéciale à Bee Vang, qui campe un très attachant Tao), il insuffle à ce long-métrage de grande envergure une puissance dramatique rare et un sens de l'humour plus mordant que jamais, en même temps qu'une croustillante note d'autodérision souvent bienvenue. Les répliques fusent, jubilatoires; la drôlerie cède doucement la place à l'émotion; et la musique est d'une discrétion et d'une sobriété sublimes.

Et si Gran Torino réussit brillamment à dépasser le stade de la simple chronique sociale, c'est aussi grâce à un stupéfiant final, aussi inattendu que poignant; remarquable plaidoyer contre la loi des armes et du talion.

Alors que d'autres réalisateurs se seraient enfoncés dans le larmoyant et les bons sentiments en versant dans un côté trop moralisateur, Clint Eastwood, lui, parvient à toucher son spectateur en plein cœur grâce à une réalisation d'une grande finesse et d'une subtilité inouïe; qui évite les stéréotypes habituels afin de se concentrer pleinement sur l'évolution du personnage principal, plutôt antipathique au premier abord.

  

EN BREF:

Gran Torino ou un chef-d'œuvre de plus pour un cinéaste qui a su rester lui-même tout en imposant sa patte et en prenant ainsi l'étoffe d'un maître. Un gran(d !) film, orchestré avec savoir-faire et interprété avec autant d'intelligence que de sensibilité. Clint, I love you ! I love you eternally...

K.H.

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11 avril 2009 6 11 /04 /avril /2009 16:31

Amies lectrices, amis lecteurs,

Non, il ne s'agit pas d'une critique du film avec Jean-Paul Belmondo et Sophie Marceau (:D); mais bien d'un article pour vous souhaiter de très joyeuses fêtes de Pâques à toutes et à tous ! En espérant que le lapin et les cloches feront preuve de beaucoup de générosité envers vous, mais gare à la crise de foie !

Petite parenthèse, je profite également de cet article pour m'excuser une nouvelle fois du manque de mises à jour, le rythme de publication étant toujours très irrégulier pour l'instant. Soyez sans crainte, j'aime toujours autant le cinéma, mais que voulez-vous, il faut croire que j'ai perdu la main (ou plutôt la plume !). Mon inspiration et ma motivation ne sont plus aussi fortes qu'avant et Le Terrier de la Lapine Cinéphile en souffre cruellement, à mon grand regret.

Pâques, symbole d'espérance, sera peut-être pour ce blog la promesse d'un nouveau départ et de meilleurs lendemains... ;-)



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3 avril 2009 5 03 /04 /avril /2009 20:53

ATTENTION, RISQUE DE SPOILERS !

VICTOR VICTORIA

Film américain

Date de sortie: 15 septembre 1982  Date de reprise: 26 décembre 2007

Genre: Comédie musicale  Durée: 2h08  Tous publics

Conseil personnel: Pour adolescents et adultes.

Disponible en DVD et VHS

Paris, 1934. Un soir, après une audition ratée, Victoria Grant - chanteuse à la magnifique voix de soprano - est expulsée de l'hôtel où elle logeait, faute d'avoir pu payer la location de sa chambre. Sans ressource, elle erre dans la ville, complètement désespérée, affamée et gelée par le froid. Quelques heures plus tard, après avoir semé une panique générale dans un restaurant, Victoria se lie d'amitié avec Carroll Todd - dit Toddy - homosexuel au grand cœur et artiste au chômage, qui lui offre l'hospitalité pour la nuit. Le lendemain matin, ce dernier élabore un plan des plus fous: puisque personne ne veut de Victoria en chanteuse, elle deviendra... chanteur ! Rebaptisée Victor Grezhinski, comte polonais au célèbre passé de travesti, Victoria va rapidement devenir la nouvelle coqueluche des cabarets parisiens. Mais tout se complique le jour où King Marchand, roi des night-clubs de Chicago, s'éprend d'elle...

  

MON AVIS:

Fichtre, il y a un sacré bout de temps déjà que je n'avais pas été autant subjuguée, émerveillée, amusée, charmée, envoûtée (pour ne pas dire bluffée !) par un long-métrage ! Et tout en écrivant ces quelques lignes, je ne peux m'empêcher de penser que Victor Victoria est le genre de film qui devrait revenir beaucoup plus régulièrement sur le petit écran.

Car à l'heure où la télévision française est devenue (hélas...) une abominable machine à fric qui abrutit le spectateur en le gavant de télé-réalité sans queue ni tête, d'émissions débiles qui sentent le déjà-vu à plein nez (type le traditionnel bêtisier de fin d'année...) et d'autres séries policières archi-violentes, qu'il est bon d'avoir chez soi un lecteur DVD et de pouvoir regarder un film de cette trempe, gai, farfelu et plein d'optimisme !

Bien plus qu'une simple comédie musicale, Victor Victoria est un croustillant cocktail de burlesque, de générosité et de joie de vivre, emmené par des comédiens visiblement contents d'être là (ce qui ne fait qu'ajouter au plaisir). Victor Victoria, c'est comme une bulle de champagne dont la saveur nous reste en bouche bien longtemps après le générique de fin, c'est comme un rayon de soleil éblouissant dans le quotidien parfois morose et difficile que peut être la vie actuelle, entre la crise financière, le chômage et la pauvreté. Réalisé par Blake Edwards en 1982, Victor Victoria est en fait le remake d'un film éponyme d'origine allemande, << Viktor und Viktoria >> (1933), mis en scène par Reinhold Schünzel et avec l'actrice Renate Müller en vedette.

Si le synopsis peut - à priori - sembler tabou et même totalement scabreux, il n'en est heureusement rien grâce à la mise en scène élégante de Blake Edwards, qui a su tirer le meilleur profit de cette audacieuse intrigue et a signé là une comédie musicale exquise et pleine d'entrain.

Une comédie musicale qui derrière sa drôlerie et son côté volontiers amoral se révèle surtout être un très original hymne à la tolérance en même temps qu'une réfléxion douce-amère sur l'identité sexuelle, la condition féminine, l'apparence, le regard d'autrui et le fait d'apprendre à s'estimer en devenant un autre. En outre, les reconstitutions du Paris des Années Folles sont particulièrement réussies, les chorégraphies - toutes plus fabuleuses les unes que les autres - sont belles à couper le souffle, et la musique du maestro Henry Mancini (inséparable complice de Blake Edwards) est tout bonnement sublime. À noter aussi la très haute qualité des nombreux gags, jamais lourds et souvent hilarants, à l'image de cette cultissime scène du restaurant, dans laquelle un pauvre cafard déclenche (bien malgré lui !) une joyeuse pagaille; provoquant ainsi un fou rire mémorable chez le spectateur.

L'interprétation, quant à elle, atteint l'excellence absolue (comme tout le reste d'ailleurs !). James Garner, très convaincant en bourreau des cœurs un brin macho; Robert Preston, grandiose en vieil homosexuel mondain et débrouillard; Lesley Ann Warren, énervante à souhait sous les traits de la nunuche blonde; ou encore Alex Karras, irrésistible en garde du corps maladroit; tous se renvoient la balle brillamment.

J'ai bien entendu gardé le meilleur pour la fin, alors que dire du phénoménal jeu de Julie Andrews (épouse de Blake Edwards à la ville), très à l'aise dans la peau de ce personnage à double facette ? Aussi ravissante en femme qu'en homme, l'ex madame << Mary Poppins >> livre ici une fantastique performance (autant vocale que physique) et porte avec brio le film sur ses épaules, nous gratifiant de son lumineux sourire et de sa bonne humeur communicative à travers ce qui apparaît sans doute comme étant le plus beau rôle de toute sa carrière. Rappelons justement que Julie Andrews endossera à nouveau les habits de Victor Victoria en 1995, sur les planches de Broadway, avec un succès considérable.

  

EN BREF:

Référence majeure (malheureusement un peu oubliée...) des années 80 et de la comédie musicale hollywoodienne, Victor Victoria est un enchantement de tous les instants, un chef-d'œuvre d'humour, d'inventivité et de tendresse; qui n'a pas volé sa place aux côtés de classiques tels que << Le Magicien d'Oz >>, << Chantons sous la pluie >> ou encore << West Side Story >>. Bref, 120 minutes de pure délectation à partager en famille ou entre amis.

K.H.

NOMINATIONS ET RÉCOMPENSES PRINCIPALES:

Victor Victoria a été nominé 7 fois aux Oscars en 1983 (dans les catégories meilleure adaptation pour Blake Edwards, meilleure actrice pour Julie Andrews, meilleur second rôle masculin pour Robert Preston, meilleur second rôle féminin pour Lesley Ann Warren, meilleure adaptation musicale pour Henry Mancini, meilleure direction artistique et meilleurs costumes). Il n'a finalement obtenu qu'un seul Oscar, celui de la meilleure adaptation musicale.

Ce film a également été récompensé par le César du meilleur film étranger et par le Golden Globe de la meilleure actrice de comédie/comédie musicale pour Julie Andrews.

Au total, 12 nominations et 10 récompenses ont couronné ce long-métrage (le détail complet > ICI).



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25 mars 2009 3 25 /03 /mars /2009 10:31

ATTENTION, RISQUE DE SPOILERS !

L'ÉTRANGE HISTOIRE DE BENJAMIN BUTTON (The curious case of Benjamin Button)

Film américain

Date de sortie: 4 février 2009

Genre: Conte, fantastique, drame  Durée: 2h35  Tous publics

Conseil personnel: Pour adolescents et adultes.

Site officiel

<< Curieux destin que le mien >>... Ainsi commence l'étrange histoire de Benjamin Button, cet homme qui naquit à 80 ans et vécut sa vie à l'envers, sans pouvoir arrêter le cours du temps. Situé à la Nouvelle-Orléans et adapté d'une nouvelle de Francis Scott Fitzgerald, le film suit ses tribulations de 1918 à nos jours. L'étrange histoire de Benjamin Button, c'est l'histoire d'un homme hors du commun. Ses rencontres et ses découvertes, ses amours, ses joies et ses peines. Et ce qui survivra toujours à l'emprise du temps...

  

MON AVIS:

Amateurs (j'en fais partie !) de grandes fresques mélodramatiques << made in Hollywood >> (type << Autant en emporte le vent >>, << Le docteur Jivago >>, << Out of Africa - Souvenirs d'Afrique >>...), nul doute que ce nouveau long-métrage de David Fincher est fait pour vous.

L'étrange histoire de Benjamin Button renoue effectivement avec la grande tradition des sagas fleuves américaines, dans lesquelles l'amour, le drame humain et l'Histoire se conjuguent pour former un ensemble ambitieux et romanesque (romanesque: voilà bien un mot qui prend tout son sens lorsqu'on l'applique à Benjamin Button...). Cette tradition qui fit autrefois les beaux jours d'Hollywood s'est peu à peu perdue au fil des années, et semble aujourd'hui renaître à travers ce magnifique Benjamin Button.

Il faut d'ailleurs saluer l'énorme risque que David Fincher a pris en décidant de mettre en scène cette œuvre poétique et contemplative. Car à l'heure où les écrans de cinéma sont envahis par des blockbusters de toutes sortes, l'avenir d'un long-métrage tel que celui-ci peut sembler bien incertain. Mais si Benjamin Button bouscule autant la norme établie, ce n'est pas seulement à cause de son côté romanesque et un brin nostalgique.

Ce film est complètement inclassable du fait qu'il ne raconte pas l'histoire d'un homme ordinaire confronté à des situations extraordinaires, comme c'est le cas en général. Au contraire, il narre l'histoire d'un homme extraordinaire confronté à des situations ordinaires.

Ce que ce singulier personnage va être amené à vivre, à découvrir et à apprendre est tout ce qu'il y a de plus banal, et peut arriver à n'importe lequel d'entre nous. La seule chose qui le différencie du monde extérieur, c'est son apparence physique, qui ne correspond pas du tout à son véritable âge (un esprit d'enfant dans un corps d'homme...). D'emblée donc, le propos s'annonce passionnant et passionné, et est en cela aidé par une mise en scène remarquable.

Sans jamais perdre de vue la richesse de l'intrigue (aussi exceptionnelle que profonde), David Fincher allie subtilement réel et imaginaire en mettant les effets spéciaux - absolument ahurissants - au service du merveilleux et du fantastique, nous prouvant que le 7e Art est (décidément !) toujours une formidable usine à rêves. Mais bien plus qu'une simple réfléxion sur le temps qui passe (et sur l'influence du temps sur les relations), Benjamin Button explore avant tout la manière dont nous utilisons ce temps, afin de profiter au maximum de la vie. Le scénario se met petit à petit en place, soutenu par une narration fluide et magistrale.

Il y a justement une chose qui m'a beaucoup frappée dans la construction du récit: l'enfance est ici représentée comme si elle faisait directement écho à la vieillesse (je m'explique: quand on est enfant mais aussi quand on est âgé, il peut parfois y avoir un moment où l'on a des difficultés à marcher et/ou à communiquer, ainsi qu'à retenir certaines choses...). Ce qui m'amène tout naturellement à me souvenir d'une citation qui, je trouve, sonne très juste: << La naissance est le commencement de la mort >>.

Et si quelques longueurs se font de temps en temps ressentir (ce qui n'est pas anormal pour un film qui dépasse les deux heures !), ce n'est nullement un obstacle à la beauté et à la réussite de cette œuvre. La musique étant en outre somptueuse, tout comme la photographie, délicieusement rétro.

Quant à Brad Pitt, inouï de maturité et de sensibilité, il forme avec Cate Blanchett - toute en nuances et en finesse - un couple superbe et véritablement poignant. Les acteurs secondaires sont également au diapason et composent des personnages aussi atypiques qu'attachants. On saluera principalement les jolies performances de Taraji P. Henson, Tilda Swinton, Jared Harris et Julia Ormond.

  

EN BREF:

Certains longs-métrages ont tout pour devenir des classiques instantanés, tant ils dégagent quelque chose de rare, d'intemporel, de beau, de magique, d'universel. C'est le cas de L'étrange histoire de Benjamin Button, étrange film aux allures de fable des temps modernes qui, lorsqu'on le découvre, nous fait perdre toute notion du temps. On ressort de la projection ébloui et bouleversé, avec juste un son qui résonne dans notre tête: le tic-tac si particulier de l'horloge de monsieur Gâteau...

K.H.

NOMINATIONS ET RÉCOMPENSES PRINCIPALES:

L'étrange histoire de Benjamin Button a été nominé 13 fois aux Oscars en 2009 (dans les catégories meilleur film, meilleur réalisateur pour David Fincher, meilleure adaptation pour Eric Roth, meilleur acteur pour Brad Pitt, meilleur second rôle féminin pour Taraji P. Henson, meilleure musique originale pour Alexandre Desplat, meilleure photographie, meilleure direction artistique, meilleurs costumes, meilleur montage, meilleur montage sonore, meilleur maquillage et meilleurs effets spéciaux). Il n'a finalement obtenu que 3 Oscars, ceux de la meilleure direction artistique, du meilleur maquillage et des meilleurs effets spéciaux.

Au total, 59 nominations et 21 récompenses ont couronné ce long-métrage (le détail complet > ICI).

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21 mars 2009 6 21 /03 /mars /2009 19:26

ATTENTION, RISQUE DE SPOILERS !

Entre rires et larmes, joie et désespoir, l'histoire des membres de la fanfare d'une petite ville minière de l'Angleterre, Grimley, dont le chef - Danny Ormonedroyd, homme ne vivant que pour la musique - rêve depuis toujours de participer aux finales du championnat national des fanfares, qui doivent se dérouler au Royal Albert Hall. Les virtuoses de la fanfare de Grimley auront-ils la chance de pouvoir jouer à Londres ? Et quand bien même vivraient-ils une journée de gloire passagère, quelle médaille la Direction des charbonnages britanniques leur réservera-t-elle à leur retour ?...

Il y a des films dont on parle peu et qui mériteraient pourtant toute notre attention, tant ils ont su créer la surprise au moment de leur sortie en salles. C'est le cas des Virtuoses (Brassed off, en version originale), sorti en 1997. Ce long-métrage de Mark Herman fait partie de ces chefs-d'œuvre discrets et sous-estimés du 7e Art, qu'il faut absolument (re)découvrir si ce n'est pas encore fait.

À partir d'un scénario puissant, Mark Herman nous a livré une chaleureuse et émouvante chronique ouvrière, dans laquelle le drame humain et la critique sociale n'excluent pas le pittoresque, l'humour et le romantisme. La mise en scène, sobre et généreuse, ne s'embarrasse pas d'effets inutiles, laissant les images et la musique parler d'elles-mêmes. Et concernant la musique justement, je ne dirais que ceci: c'est une musique qui, dès les premières notes, fait se dresser les poils des bras et vous donne de grands frissons dans le dos, des frissons qui font partie de ceux que l'on n'oublie pas de sitôt. Quant aux acteurs, ils mériteraient tous d'être cités, car ils dégagent tous à l'écran une vérité criante et infiniment poignante. En premier lieu, on saluera les remarquables performances de Pete Postlethwaite, Ewan McGregor, Tara Fitzgerald et Stephen Tompkinson.

Quand la beauté et la virtuosité atteignent un tel sommet, ça se passe de mots. On se tait, on ferme les yeux et on ouvre tout grand ses oreilles... le concert des Virtuoses va bientôt démarrer... allez l'écouter sans plus tarder !

 

K.H.



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11 février 2009 3 11 /02 /février /2009 16:59

ATTENTION, RISQUE DE SPOILERS !

LE NOM DE LA ROSE (Der Name der Rose)

Film français, italien, allemand

Date de sortie: 17 décembre 1986

Genre: Drame, policier, histoire  Durée: 2h06  Tous publics

Conseil personnel: Pour adolescents et adultes.

Disponible en DVD et VHS

En l'An de Grâce 1327. Accompagné du jeune novice Adso de Melk, le franciscain Guillaume de Baskerville arrive dans une abbaye bénédictine du nord de l'Italie pour élucider un curieux phénomène qui frappe le saint lieu depuis peu: un moine est tombé du haut d'une tour, tandis qu'un autre est retrouvé mort dans une cuve pleine de sang, quelques jours seulement après l'arrivée de Guillaume. L'ambiance morbide qui règne dans cet endroit hostile et quasiment coupé du monde représente, pour beaucoup, le symbole d'une présence surnaturelle et malveillante. Il faudra bien du courage et de la perspicacité à Guillaume et Adso pour démêler les fils de cette sordide affaire. L'enquête s'annonce d'autant plus compliquée à résoudre que chaque moine semble cacher quelque chose...

  

MON AVIS:

Je l'avoue sans honte, Le Nom de la Rose est un film que j'ai longtemps craint et redouté. Je suis d'ailleurs incapable de vous dire si je l'avais déjà vu en entier, mais tout ce que je sais, c'est que les quelques extraits vus au cours de mon enfance m'avaient marquée et effrayée au plus haut point; et c'est sans doute pour cette raison qu'il m'a fallu autant de temps avant d'oser le visionner.

J'imagine que cela doit vous paraître étonnant et bizarre, étant donné qu'il existe des films qui sont encore beaucoup plus angoissants que Le Nom de la Rose. Mais sincèrement, il faut bien reconnaître que ce ténébreux polar médiéval - construit comme un huit-clos - dégage une atmosphère très particulière et surtout très austère, qui a l'irrésistible pouvoir de mettre littéralement les nerfs du spectateur en pelote (ce qui fut mon cas !).

Réalisé par Jean-Jacques Annaud en 1986, Le Nom de la Rose s'inspire d'un roman éponyme de l'écrivain italien Umberto Eco (que je n'ai pas lu) et qui était considéré comme inadaptable au cinéma. Intimement persuadé que ce livre avait été rédigé pour lui, Jean-Jacques Annaud a relevé le (lourd !) défi de le porter à l'écran, et force est de reconnaître qu'il a eu raison; car Le Nom de la Rose est un petit bijou de thriller historico-métaphysique, qui s'est imposé - au fil des années - comme un classique majeur du 7ème Art.

Robe de bure, visage empli de sagesse et de gravité et sens infaillible de la logique: en Sherlock Holmes du Moyen Âge, Sean Connery - impérial et flegmatique à souhait - se révèle absolument fantastique et impressionnant. On ressent - simplement en observant sa merveilleuse prestation - l'immense plaisir qu'il a dû prendre au cours du tournage, et par moment, on a presque envie de traverser l'écran pour l'accompagner dans cette tumultueuse énigme.

Pour la petite anecdote, c'est Sean Connery lui-même qui insista vivement pour obtenir le rôle de Guillaume de Baskerville, Jean-Jacques Annaud ne voulant - au départ - aucune vedette. Peu enthousiaste, Annaud accepta finalement d'engager Connery... une décision dont il se félicitera en voyant le jeu parfait de l'acteur écossais. Ce qui, entre nous, n'a rien de surprenant lorsqu'on connaît la maestria et l'élégance avec lesquelles l'ex agent 007 se glisse aisément dans tous les registres.

Les personnages secondaires ne sont pas en reste pour autant et ont également la part belle. Que ce soit Christian Slater - alias Adso, le novice - qui faisait là ses premiers pas (très remarqués) de comédien; F. Murray Abraham, délicieusement machiavélique sous les traits du grand inquisiteur Bernardo Gui (à noter que ce personnage a réellement existé); Ron Perlman, touchant sous la bosse du difforme Salvatore; ou encore Michael Lonsdale, toujours égal à lui-même dans la peau (et la tonsure !) de l'Abbé.

L'intrigue, beaucoup plus alambiquée qu'elle en a l'air, s'avère captivante de bout en bout, sans aucun temps mort. On est constamment étonné par sa profondeur et sa richesse. Mais le plus extraordinaire dans tout ça, c'est surtout la mise en scène, qui est incroyablement calme par rapport au propos (bah oui, en général, les meurtres au cinéma sont représentés avec un peu plus d'action et de sang... tandis que là, tout est lent et sobre, bien que certaines scènes soient un peu glauques). C'est d'ailleurs dans ce calme permanent que surgit ce suspense oppressant et redoutable.

Pour en revenir au scénario, si il est aussi fort, c'est peut-être aussi parce qu'il mêle habilement thriller et reconstitution historique. Le Nom de la Rose dresse effectivement un saisissant portrait de l'Inquisition. Époque de troubles et d'agitation, où l'Église - alors perdue dans ses propres convictions et en proie au doute (le clergé devait-il garder ses biens ou faire vœu de pauvreté, c'est justement la délicate question qui est subtilement évoquée à travers ce long-métrage) - avait transformé l'Évangile d'amour du Christ en un message effrayant et inhumain, presque annonceur de l'Apocalypse.

C'est aussi au cours de cette sinistre période que de nombreux innocents accusés d'hérésie furent torturés et massacrés par l'Inquisition, et tout cela au nom même de Dieu... Bref, Le Nom de la Rose, en plus de nous tenir en haleine avec une savoureuse enquête policière fertile en suspense et rebondissements, nous offre également un passionnant et très instructif voyage dans le temps.

Un petit mot aussi pour souligner le travail méticuleux qui a été réalisé autour de la photographie, belle et froide; de la lumière, discrète mais efficace; et des décors, tout bonnement grandioses (et concernant cela, il faut savoir que la lugubre abbaye dans laquelle se déroule cette macabre histoire n'existe pas en réalité, puisque ça n'est que du décor... oui, j'ai bien dit que du décor !!! Ça mérite un coup de chapeau !).

Parce que même si ces trois détails semblent sans importance, ils ont néanmoins grandement contribué à la réussite de cette œuvre, qui fustige obscurantisme et fanatisme. J'achèverai en applaudissant le talent du compositeur James Horner, qui pour ce film d'exception; nous a concocté une partition musicale sublime, spirituelle mais pas trop, à la fois envoûtante et terrifiante; tout en étant pleine de nostalgie, de mélancolie et de romantisme.

  

EN BREF:

<< L'habit ne fait pas le moine >>: ce proverbe prend tout son sens lorsqu'on l'applique au Nom de la Rose. Le chef-d'œuvre de Jean-Jacques Annaud, sans aucun doute, et probablement le plus beau rôle de Sir Sean Connery.

K.H.

NOMINATIONS ET RÉCOMPENSES PRINCIPALES:

Le Nom de la Rose a obtenu le César du meilleur film étranger en 1987.

Ce film a également été récompensé par le BAFTA Award du meilleur acteur pour Sean Connery.

Au total, 2 nominations et 14 récompenses ont couronné ce long-métrage (le détail complet > ICI).

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