Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
4 décembre 2009 5 04 /12 /décembre /2009 17:26

ATTENTION, RISQUE DE SPOILERS !

VOYAGE AU BOUT DE L'ENFER (The Deer Hunter)

Film américain, britannique

Date de sortie: 7 mars 1979  Date de reprise: 1 juin 2005

Genre: Guerre, drame  Durée: 2h56  Interdit aux moins de 12 ans

Conseil personnel: Pour adolescents et adultes.

Disponible en DVD, VHS et Blu-Ray - Couleur

Cinq ouvriers sidérurgistes - Michael, Nick, Steven, Stan et Axel - affrontent les hauts fourneaux d'une petite ville de Pennsylvanie et partent ensemble chasser le cerf. Parce que c'est la Guerre du Viêtnam, trois d'entre eux (Michael, Nick et Steven) sont mobilisés et deviennent soldats sur le départ. Deux ans plus tard, la guerre sévit toujours et ces derniers se retrouvent prisonniers dans un camp vietcong...

  

LA CHRONIQUE DE KLEINHASE:

Pour parler de la guerre, il n'y a que des larmes: cette citation, que l'on attribue à une poétesse brésilienne du nom de Henriqueta Lisboa, prend tout son sens lorsqu'on l'applique à Voyage au bout de l'enfer. Ce long-métrage de Michael Cimino, qui date de 1978, s'est immédiatement imposé comme LE premier grand film consacré à la Guerre du Viêtnam. D'ailleurs sorti en salles quelques années à peine après la fin de ce tragique conflit qui aura duré pas moins de 16 ans, de 1959 à 1975, Voyage au bout de l'enfer est très vite devenu l'objet d'une vive polémique.

Lors de sa présentation au Festival de Berlin, notamment, il sera hué par une grande partie de la salle et provoqua la colère de l'URSS et de quatre pays d'Europe de l'Est, qui quittèrent le Festival afin de dénoncer << l'insulte faite au peuple viêtnamien >>. Autre scandale: la fameuse scène de la roulette russe, certaines critiques ayant déclaré que ce jeu morbide n'a jamais été une pratique courante pendant la Guerre du Viêtnam (pour l'anecdote, il paraît également que cette scène aurait déclenché une vague de suicides... ce qui n'a jamais pu être prouvé).

Pour autant, toutes ces accusations n'ont pas empêché Voyage au bout de l'enfer de se hisser - au fil des années - au rang des classiques incontournables du 7e Art, et de rafler de multiples récompenses (dont 5 Oscars). D'ailleurs, Voyage au bout de l'enfer est aujourd'hui unanimement considéré comme LE film de référence sur la Guerre du Viêtnam, avec << Apocalypse Now >> et << Platoon >> (deux autres films que je compte découvrir très prochainement).

Si je suis globalement ouverte à tous les genres cinématographiques existants, il y a cependant trois d'entre eux auxquels je n'ai jamais vraiment adhéré: le film de science-fiction/anticipation (imaginer à quoi pourra ressembler le futur: intéressant mais pas mon truc... je préfère visiter le passé, d'où mon affection pour les films d'époque), les films d'épouvante/horreur (je n'en ai jamais regardé car j'ai peur... d'avoir peur ! Con, hein ?...) et les films de guerre (plutôt un genre destiné aux mecs, à mon sens... car trop viril).

C'est dans cette troisième et dernière catégorie que se range Voyage au bout de l'enfer. LE film, j'ai envie de dire, qui fait exception à la règle. Bien sûr, comme vous aussi sans doute, j'ai déjà vu un bon nombre de films où la guerre sert de toile de fond (je pense notamment au << Dictateur >>, << Fortunat >>, << Le Pianiste >>...), mais dans mes souvenirs, les films DE guerre (c'est à dire les films qui montrent vraiment en détail les champs de bataille) que j'ai visionnés sont plutôt rares. Voyage au bout de l'enfer est, lui, un film DE guerre (quoique, on n'y voit aucun champ de bataille, mais bon...), que j'ai récemment découvert (à noter aussi que c'est le premier film sur la Guerre du Viêtnam que je vois) et que j'ai vraiment beaucoup apprécié. Un film de guerre qui sort des sentiers battus de par le ton et la façon dont la guerre est représentée, le réalisateur Michael Cimino ayant choisi d'en faire une immense fresque de près de trois heures, qui montre la vie avant, pendant et après la Guerre du Viêtnam.

Voyage au bout de l'enfer, c'est d'abord l'histoire de cinq copains, cinq potes de toujours aux personnalités et aux caractères bien différents, mais qui sont liés par une solide amitié, travaillant ensemble dans la même usine de sidérurgie et partageant ensemble cette même passion pour la chasse au cerf.

À noter que le titre original, << The Deer Hunter >>, peut justement se traduire par << Le chasseur de cerf >>... titre bien plus évocateur et poétique que << Voyage au bout de l'enfer >>, car il donne au film toute sa symbolique, en montrant de quelle manière un homme - après avoir été happé par le tourbillon infernal qu'est la guerre, épreuve dont l'impact physique, mais surtout psychique, demeure aussi indélébile qu'une empreinte gravée dans la pierre - se retrouve tout bonnement incapable de tuer ce qui apparaît finalement comme un banal gibier.

Entre l'obstiné Michael (Robert De Niro, dans l'un de ses plus grands rôles), le discret Nick (Christopher Walken, tout en nuances et en regards), l'inquiet Steven (John Savage, pour qui ce tournage aura été particulièrement marquant d'un point de vue personnel, comme on peut le voir sur les bonus du DVD Collector), le séducteur Stan (John Cazale, dans son ultime rôle... il mourut d'un cancer peu de temps après la fin du tournage) et le costaud Axel (Chuck Aspegren, qui n'était pas du tout acteur avant de faire ce film !), c'est en effet l'histoire d'une grande complicité.

Presque une histoire de famille, tant ils sont soudés comme les doigts de la main et aussi inséparables que des frères. Régulièrement, à la sortie du boulot, les cinq compères se retrouvent chez John (George Dzundza, dans un personnage savoureux), un ami, qui tient un bar. Si Steven s'apprête à épouser la sensible Angela (Rutanya Alda, sublime de douceur), qui attend un enfant, Michael et Nick sont en revanche amoureux de la même femme: la belle Linda (Meryl Streep, qui accepta ce rôle afin d'être avec John Cazale, son compagnon de l'époque), qui, de son côté, en pince aussi pour les deux (on comprend cependant très vite qu'elle est davantage attirée par Nick...).

Dans la seconde partie du film (c'est à dire au bout d'une heure environ), Michael, Nick et Steven se retrouvent bombarbés dans l'enfer de la jungle viêtnamienne. Prisonniers d'un camp vietcong, ils sont contraints de jouer les uns contre les autres lors d'une oppressante partie de roulette russe, mais parviennent à s'enfuir grâce à une ruse de Michael. C'est à partir de là que les chemins des trois amis vont se séparer, à cause de cette saloperie, de cette foutue, de cette putain de guerre.

Michael, de retour au pays, tente de reprendre une vie normale, avec le soutien de Linda, Stan, Axel et John. Steven, amputé des deux jambes après une périlleuse chute, se retrouve cloué dans un fauteuil roulant, enfermé entre les quatre murs d'un sinistre hôpital. Quant à Nick, piégé par un trafiquant à Saïgon, il reste - malgré lui - accro au jeu de la roulette russe, qui lui sera finalement fatal. Mais si à première vue, Michael et Steven semblent être les seuls à être revenus sains et saufs de cette tragédie, ils sont pourtant, au plus profond d'eux-mêmes, comme Nick: la flamme de l'innocence et de l'insouciance qui brûlait en eux avant leur départ pour le Viêtnam s'est définitivement éteinte, et il ne leur reste guère plus que les bons souvenirs d'une époque révolue pour essayer de rester accrochés aux branches d'une vie perdue, d'une existence brisée. Michael et Steven errent sans but comme des morts-vivants hantés par les fantômes d'un passé trop lourd.

Le début de Voyage au bout de l'enfer, volontairement lent, prend le temps d'installer l'histoire et les différents personnages, de manière à ce qu'on puisse s'attacher à eux et suivre leur évolution. Là où la mise en scène de Michael Cimino frappe vraiment très fort, c'est qu'on a l'impression d'être aux côtés des protagonistes et de vivre les divers événements avec eux, de ressentir ce qu'ils ressentent.

On rit avec eux dans les instants de joie et de bonne humeur, on tremble avec eux dans les séquences angoissantes, on pleure avec eux lorsque la tristesse et la nostalgie se font trop violentes. Et si Voyage au bout de l'enfer secoue autant les tripes et se révèle tellement poignant, c'est aussi grâce à une exceptionnelle musique du compositeur Stanley Myers qui, pour cette œuvre ambitieuse, nous a concocté une partition pleine de mélancolie et de romantisme.

Parmi les moments les plus marquants de Voyage au bout de l'enfer, on retiendra notamment la longue scène du mariage (magnifique de par sa sincérité et de par l'esprit d'équipe qui se dégage de cette troupe de joyeux lurons), la terrible scène de roulette russe (vraiment flippante) et l'émouvant dénouement, sans oublier la confrontation finale Robert De Niro/Christopher Walken.

En bref, pour reprendre un peu tout ce qui est dit sur les bonus du DVD Collector, tout ce qui est montré dans Voyage au bout de l'enfer n'a absolument rien d'un film, c'est la réalité (triste réalité, il est vrai...). C'est probablement pour cette raison que ce long-métrage a touché - et continue encore de toucher - autant de gens.

  

EN GUISE DE CONCLUSION:

Je crois que l'essentiel a été évoqué, alors que peut-on encore écrire sur Voyage au bout de l'enfer qui n'aurait pas déjà été dit dans cette chronique ?... Que c'est un chef-d'œuvre majeur du 7e Art, et que le voir au moins une fois dans sa vie est un acte immanquable pour tout cinéphile qui se respecte ?... Mais ça, je pense que tout le monde l'aura déjà compris bien avant de lire ces quelques lignes, non ?...

K.H.

Nominations et récompenses obtenues, le détail complet > ICI



Partager cet article
Repost0

commentaires

B
Un immense chef d'œuvre tout en susceptibilité. Un des mes films préférés et un choc cinématographique.
D
Tout simplement un de mes films préférés !
P
Entièrement d'accord avec la critique.La guerre du Viet-Nam sert surtout de toile de fond pour raconter cette solide amitié acquise par une bande d'ouvriers dans le milieu dur et sinistre de la sidérurgie. Cette guerre qui a laissé des traumatismes physiques et psychologiques indélébiles pour les survivants leur permettra -t-elle de revivre? Seule cette grande amitié pourra les aider à se reconstruire, mais la vie ne sera plus celle d'avant Servi par de fabuleux acteurs, des images d'une qualité magnifiques, (couleurs et prise de vue très étudiées) ce film permet au spectateur de vivre pleinement dans cette terrible histoire d'amitié.