Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
11 février 2009 3 11 /02 /février /2009 16:59

ATTENTION, RISQUE DE SPOILERS !

LE NOM DE LA ROSE (Der Name der Rose)

Film français, italien, allemand

Date de sortie: 17 décembre 1986

Genre: Drame, policier, histoire  Durée: 2h06  Tous publics

Conseil personnel: Pour adolescents et adultes.

Disponible en DVD et VHS

En l'An de Grâce 1327. Accompagné du jeune novice Adso de Melk, le franciscain Guillaume de Baskerville arrive dans une abbaye bénédictine du nord de l'Italie pour élucider un curieux phénomène qui frappe le saint lieu depuis peu: un moine est tombé du haut d'une tour, tandis qu'un autre est retrouvé mort dans une cuve pleine de sang, quelques jours seulement après l'arrivée de Guillaume. L'ambiance morbide qui règne dans cet endroit hostile et quasiment coupé du monde représente, pour beaucoup, le symbole d'une présence surnaturelle et malveillante. Il faudra bien du courage et de la perspicacité à Guillaume et Adso pour démêler les fils de cette sordide affaire. L'enquête s'annonce d'autant plus compliquée à résoudre que chaque moine semble cacher quelque chose...

  

MON AVIS:

Je l'avoue sans honte, Le Nom de la Rose est un film que j'ai longtemps craint et redouté. Je suis d'ailleurs incapable de vous dire si je l'avais déjà vu en entier, mais tout ce que je sais, c'est que les quelques extraits vus au cours de mon enfance m'avaient marquée et effrayée au plus haut point; et c'est sans doute pour cette raison qu'il m'a fallu autant de temps avant d'oser le visionner.

J'imagine que cela doit vous paraître étonnant et bizarre, étant donné qu'il existe des films qui sont encore beaucoup plus angoissants que Le Nom de la Rose. Mais sincèrement, il faut bien reconnaître que ce ténébreux polar médiéval - construit comme un huit-clos - dégage une atmosphère très particulière et surtout très austère, qui a l'irrésistible pouvoir de mettre littéralement les nerfs du spectateur en pelote (ce qui fut mon cas !).

Réalisé par Jean-Jacques Annaud en 1986, Le Nom de la Rose s'inspire d'un roman éponyme de l'écrivain italien Umberto Eco (que je n'ai pas lu) et qui était considéré comme inadaptable au cinéma. Intimement persuadé que ce livre avait été rédigé pour lui, Jean-Jacques Annaud a relevé le (lourd !) défi de le porter à l'écran, et force est de reconnaître qu'il a eu raison; car Le Nom de la Rose est un petit bijou de thriller historico-métaphysique, qui s'est imposé - au fil des années - comme un classique majeur du 7ème Art.

Robe de bure, visage empli de sagesse et de gravité et sens infaillible de la logique: en Sherlock Holmes du Moyen Âge, Sean Connery - impérial et flegmatique à souhait - se révèle absolument fantastique et impressionnant. On ressent - simplement en observant sa merveilleuse prestation - l'immense plaisir qu'il a dû prendre au cours du tournage, et par moment, on a presque envie de traverser l'écran pour l'accompagner dans cette tumultueuse énigme.

Pour la petite anecdote, c'est Sean Connery lui-même qui insista vivement pour obtenir le rôle de Guillaume de Baskerville, Jean-Jacques Annaud ne voulant - au départ - aucune vedette. Peu enthousiaste, Annaud accepta finalement d'engager Connery... une décision dont il se félicitera en voyant le jeu parfait de l'acteur écossais. Ce qui, entre nous, n'a rien de surprenant lorsqu'on connaît la maestria et l'élégance avec lesquelles l'ex agent 007 se glisse aisément dans tous les registres.

Les personnages secondaires ne sont pas en reste pour autant et ont également la part belle. Que ce soit Christian Slater - alias Adso, le novice - qui faisait là ses premiers pas (très remarqués) de comédien; F. Murray Abraham, délicieusement machiavélique sous les traits du grand inquisiteur Bernardo Gui (à noter que ce personnage a réellement existé); Ron Perlman, touchant sous la bosse du difforme Salvatore; ou encore Michael Lonsdale, toujours égal à lui-même dans la peau (et la tonsure !) de l'Abbé.

L'intrigue, beaucoup plus alambiquée qu'elle en a l'air, s'avère captivante de bout en bout, sans aucun temps mort. On est constamment étonné par sa profondeur et sa richesse. Mais le plus extraordinaire dans tout ça, c'est surtout la mise en scène, qui est incroyablement calme par rapport au propos (bah oui, en général, les meurtres au cinéma sont représentés avec un peu plus d'action et de sang... tandis que là, tout est lent et sobre, bien que certaines scènes soient un peu glauques). C'est d'ailleurs dans ce calme permanent que surgit ce suspense oppressant et redoutable.

Pour en revenir au scénario, si il est aussi fort, c'est peut-être aussi parce qu'il mêle habilement thriller et reconstitution historique. Le Nom de la Rose dresse effectivement un saisissant portrait de l'Inquisition. Époque de troubles et d'agitation, où l'Église - alors perdue dans ses propres convictions et en proie au doute (le clergé devait-il garder ses biens ou faire vœu de pauvreté, c'est justement la délicate question qui est subtilement évoquée à travers ce long-métrage) - avait transformé l'Évangile d'amour du Christ en un message effrayant et inhumain, presque annonceur de l'Apocalypse.

C'est aussi au cours de cette sinistre période que de nombreux innocents accusés d'hérésie furent torturés et massacrés par l'Inquisition, et tout cela au nom même de Dieu... Bref, Le Nom de la Rose, en plus de nous tenir en haleine avec une savoureuse enquête policière fertile en suspense et rebondissements, nous offre également un passionnant et très instructif voyage dans le temps.

Un petit mot aussi pour souligner le travail méticuleux qui a été réalisé autour de la photographie, belle et froide; de la lumière, discrète mais efficace; et des décors, tout bonnement grandioses (et concernant cela, il faut savoir que la lugubre abbaye dans laquelle se déroule cette macabre histoire n'existe pas en réalité, puisque ça n'est que du décor... oui, j'ai bien dit que du décor !!! Ça mérite un coup de chapeau !).

Parce que même si ces trois détails semblent sans importance, ils ont néanmoins grandement contribué à la réussite de cette œuvre, qui fustige obscurantisme et fanatisme. J'achèverai en applaudissant le talent du compositeur James Horner, qui pour ce film d'exception; nous a concocté une partition musicale sublime, spirituelle mais pas trop, à la fois envoûtante et terrifiante; tout en étant pleine de nostalgie, de mélancolie et de romantisme.

  

EN BREF:

<< L'habit ne fait pas le moine >>: ce proverbe prend tout son sens lorsqu'on l'applique au Nom de la Rose. Le chef-d'œuvre de Jean-Jacques Annaud, sans aucun doute, et probablement le plus beau rôle de Sir Sean Connery.

K.H.

NOMINATIONS ET RÉCOMPENSES PRINCIPALES:

Le Nom de la Rose a obtenu le César du meilleur film étranger en 1987.

Ce film a également été récompensé par le BAFTA Award du meilleur acteur pour Sean Connery.

Au total, 2 nominations et 14 récompenses ont couronné ce long-métrage (le détail complet > ICI).

/>


Partager cet article
Repost0

commentaires

M
Coucou klein<br /> <br /> J'ai lu le roman et le film, j' ai adoré ! Et je dois dire que l'adaptation cinématographique est très fidèle au roman. Et si maintenant ce genre de roman se fait plus volontiers, il fallait vraiment en avoir l'idée pour l'époque, ce que Umberto Eco a imaginé et par ce biais, Jean Jacques Annaud , a trouvé un très bon sujet que personne avant lui avait pensé aborder au cinéma. <br /> <br /> En effet, avec ses gueules époustouflantes de moines , son ambiance médiévale oppressante, une atmosphère qui met mal à l'aise, ce polar moyenâgeux fascine malgré tout et reste un film pas comme les autres car au-delà du thriller passionnant, Le nom de la rose impose une réflexion toute aussi intéressante sur la connaissance, sa détention et sa diffusion, le tout sur fond d’inquisition et de querelle entre bénédictins et franciscains.
K
Etant un grand fan d'Annaud (je le mets en 3ème position derrière Spielberg et Alan Parker pour mon top réals) je ne peux qu'adhérer à ton avis sur ce film pour le moins surprenant à tous les niveaux. L'ambiance et les décors sont absolument sublimes, le sujet n'était pas facile et pouvait en rebuter plus d'un(e), mais le savoir faire de l'un de nos meilleurs réalisateurs français (avec Besson souvent décrié pour de nombreuses et pas forcément très claires raisons) fait de ce film un grand classique incontournable pour toutes les raisons citées dans ton article.<br /> J'espère qu'il sortira bientôt en Blu-ray (avec Stalingrad également qui reste un fabuleux film de guerre) et que la remasterisation sera à la hauteur pour mettre en valeur la sublime photographie, et les merveilleux décors (je pensais moi aussi qu'il avait tourné dans une véritable abbaye...quelle ne fût pas ma surprise en visionnant le making-of !!!).
M
Un film joué sur la génial oeuvre d'Umberto Eco, avec des interprétations brillantes de Sean Connery et Christian Slater (que fait-il maintenant?).
D
Je suis d'accord avec toi ce film mérite 4 étoiles, sans doute un des meilleurs de Jean-Jacques Annaud ! Faudrait que je le regarde à nouveau car ça fait quelques temps que je l'ai pas revu.
E
PLus de 100 000 visiteurs sur le cinéma d'Olivier. Je viens justement de faire un billet, n'hésite pas à intervenir si tu le souhaites!
J
Superbe. D'abord cette couleur sépia,, froide, austère voire humide, une forteresse abbaye sinistre, ces personnages en robe de bure de la même couleur, avec des physiques et surtout des têtes et des expressions très dérangeantes qui mettent mal à l'aise! Ensuite des voix qui chuchotent, un cadavre puis deux puis trois! L'intrigue commence et tout le film va se dérouler dans cette même ambiance qui fait que l'on reste collé à son fauteuil jusqu'à la fin. A voir car c'est du grand cinéma, avec de grands acteurs et orchestré par un grand spécialiste J.J. ANNAUD qui n'a jamais déçu .
A
Bravo pour cet excellent article, dont je partage l'analyse à propos d'un film qui fait date et s'est révélé être une parfaite réussite. Passionnante, habilement menée, l'intrigue vous tient en haleine de bout en bout, servie par un Sean Connery impressionnant de concentration et de force, son plus beau rôle probablement et par une interprétation générale, en tous points remarquable. Oui, le plus grand film de Annaud.
E
Tout simplement le chef d'oeuvre et le meilleur film de JJ Annaud: un thriller noir et oppressant porté par 2 immenses acteurs.