Lundi 3 mai 2010 1 03 /05 /Mai /2010 09:59

ATTENTION, RISQUE DE SPOILERS !

MACADAM COWBOY (Midnight Cowboy)

Film américain

Date de sortie: 15 octobre 1969  Date de reprise: 17 décembre 2008

Genre: Drame  Durée: 1h53  Interdit aux moins de 12 ans

Conseil personnel: Pour adolescents et adultes.

Disponible en DVD et VHS - Couleur et noir & blanc

Joe Buck, blond et beau gosse, quitte sa petite bourgade du Texas pour monter à New York, où il espère se faire entretenir par des femmes riches. Mais la dureté de la ville lui fait rapidement perdre ses illusions. Seul, sans un sou, il fait alors la connaissance de Rico Ratso Rizzo, un immigré italien chétif, boiteux et tuberculeux. Parce que ce dernier a l'air encore plus seul que lui, Joe accepte de partager son appartement miteux. À l'opposé l'un de l'autre, ils partagent pourtant la même misère dans les bas-fonds new-yorkais, s'accrochant tous deux au même rêve: partir vivre sous le soleil de Floride...

  

LA CHRONIQUE DE KLEINHASE:

Récemment rediffusé sur Arte (chaîne, je crois l'avoir déjà dit, dont on parle bien trop peu et qui pourtant, est souvent synonyme d'excellence dans son choix de films proposés), dans le cadre d'une soirée Thema consacrée à ce sentiment mystérieux qu'est l'amitié, Macadam Cowboy fait partie de ces nombreux films au parfum de scandale, qui ont inévitablement déclenché la polémique en leur temps puis se sont peu à peu imposés comme des classiques incontournables du 7e Art. Adapté d'un roman - que je n'ai, pour ma part, jamais lu - de James Leo Herlihy (intitulé Midnight Cowboy, qui est aussi le titre original de ce film... dans le jargon de la langue anglaise, il peut se traduire par Gigolo), ce long-métrage de John Schlesinger a bien failli ne jamais voir le jour.

En effet, lorsque John Schlesinger fit part de son désir de porter ce roman sur grand écran, les producteurs se montrèrent plutôt frileux (il est facile de comprendre pourquoi en voyant ce film !); mais le réalisateur ne céda pas et ayant réussi à réunir le budget nécessaire, il commença aussitôt le tournage de ce Macadam Cowboy, classé X lors de sa sortie en salles aux USA, en 1969. Un an plus tard, Macadam Cowboy remporte - contre toute attente - trois Oscars (dont celui du meilleur film, devenant ainsi le premier film classé X à gagner la précieuse statuette !) et verra alors sa censure allégée, passant du X à l'interdiction aux moins de 17 ans. D'ailleurs censuré dans plusieurs autres pays, Macadam Cowboy fut interdit aux moins de 12 ans à sa sortie en France.

Situé à New York (ville symbolique du rêve américain, où la pauvreté se dissimule derrière une beauté exacerbée), Macadam Cowboy narre le parcours et les déboires de deux marginaux rejetés par la société, de deux paumés en quête d'une vie meilleure et que le hasard va rapprocher, au gré d'une amitié inattendue.

Blondinet idéaliste, naïf et vulnérable, Joe Buck (Jon Voight, formidable de sensibilité et de mélancolie) quitte son Texas natal et s'établit à New York, avec la ferme intention de mener une carrière de gigolo (quelle femme en effet refuserait les services d'un beau gosse comme lui ?...). Mais à peine arrivé, Joe découvre rapidement la cruauté impitoyable de la ville et de ses habitants, et ses rêves ne tardent pas à s'évanouir. Livré à lui-même, il fait alors la connaissance de Rico Ratso Rizzo (Dustin Hoffman, incroyable et méconnaissable dans ce qui apparaît aujourd'hui comme étant l'un de ses plus grands rôles), un immigré italien maladif et solitaire, magouilleur minable à ses heures perdues et qui va d'abord escroquer Joe avant de le prendre finalement en affection. C'est le début d'une grande amitié, au cours de laquelle nos deux anti-héros constateront qu'ils ont le même rêve commun: partir vivre sous le soleil de Floride, dans l'espoir d'un avenir plus radieux.

À travers l'histoire émouvante de ces deux êtres torturés par la vie, que tout oppose et qui vont malgré tout se lier d'amitié, partageant leur misère et leur dérive; le réalisateur John Schlesinger signe une œuvre âpre et profondément tragique, qui n'est pas sans rappeler << Les Désaxés >> de John Huston, où le cow-boy était déjà représenté comme un mythe en perdition.

Avec Macadam Cowboy, c'est toute une époque qui disparaît, c'est la fin de l'âge d'or du western, les années 70 arrivent et annoncent un grand chamboulement social et médiatique; la libération des mœurs étant en marche. C'est tout cela que raconte Macadam Cowboy, en abordant des sujets alors très tabous, tels que la prostitution masculine ou l'homosexualité. Assez proche - dans son propos et dans sa réalisation - du film phare de Dennis Hopper, << Easy Rider >>, sorti la même année, Macadam Cowboy est un drame aux allures de road-movie tragi-comique, une balade désenchantée et nostalgique dans les quartiers crasseux et glauques du New York des pauvres. Que dire aussi de la musique sublime composée par le maestro John Barry, et en particulier de l'inoubliable chanson Everybody's Talkin' interprétée par Harry Nilsson, que l'on prend toujours plaisir à écouter et à fredonner, plus de 40 ans après ?... Cette chanson légendaire contribua, en grande partie, à la réussite de ce très beau film.

Le seul petit reproche que l'on pourrait faire à Macadam Cowboy, c'est que la mise en scène de John Schlesinger se montre, par moments, un peu difficile à suivre et parfois même confuse, puisqu'elle alterne les flash-back et les retours dans le présent sans vraiment fournir d'explication sur le sens de ces flash-back.

Du coup, on en apprend finalement très peu sur le passé du protagoniste principal, Joe Buck, et c'est dommage car ces flash-back auraient gagnés à être davantage approfondis et exploités; dans la mesure où ils auraient pu nous permettre de mieux cibler le caractère de ce personnage et peut-être aussi de mieux comprendre cette motivation en vérité assez mystérieuse qui le pousse à vouloir devenir un gigolo. Bref, la mise en scène s'embrouille légèrement de temps à autre, mais bon, ça n'altère toutefois en rien l'émotion véhiculée par cette œuvre à la fois atypique et sobre, teintée d'amertume et de mélancolie.

  

EN GUISE DE CONCLUSION:

Si les deux grands thèmes (à savoir la prostitution masculine et l'homosexualité) de ce récit - poignant - d'une errance ne font plus vraiment scandale aujourd'hui, et si la réalisation semble un peu alambiquée et désuète sur certains aspects, Macadam Cowboy est en revanche toujours aussi actuel dans sa description - implacable - de la misère et du rêve américain bafoué; d'autant plus que les compositions du tandem Jon Voight/Dustin Hoffman n'ont absolument rien perdu de leur intensité dramatique et encore moins de leur puissance émotionnelle. Culte.

K.H.

Nominations et récompenses obtenues, le détail complet > ICI



Par kleinhase - Publié dans : En détail
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Commentaires

Une musique qui a fait le tour du monde plus vite que le film, ne pouvait provenir que d'un film exceptionnel osant montrer ce qui dérangeait dans ces années là. Deux acteurs bien choisis pour interpréter ce récit noir, dramatique sur la misère humaine dans un pays où le rêve paraîssait à la portée de tout le monde mais n'était pour beaucoup hélas qu'une belle chimère. Les images sont choisies pour leur "noirceur" évoquant bien cette pauvreté (un peu comme dans certains films de Charlot). Un film qui laisse une impression de "mal à l'aise", ce qui montre sa puissance. Un très grand film.
Commentaire n°1 posté par KRETZ le 07/05/2010 à 12h26

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