Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
25 septembre 2009 5 25 /09 /septembre /2009 11:26

ATTENTION, RISQUE DE SPOILERS !

INTO THE WILD

Film américain

Date de sortie: 9 janvier 2008

Genre: Aventures, drame, biographie  Durée: 2h22  Tous publics

Conseil personnel: Pour adolescents et adultes.

Disponible en DVD et Blu-Ray - Couleur

Site officiel

Christopher McCandless a 22 ans, de brillants diplômes et un avenir qui semble déjà tout tracé. Le jeune homme a pourtant bien d'autres routes dans le sang. Animé par une soif d'absolu et de liberté sans limite, il plaque tout du jour au lendemain pour partir à l'aventure. Des champs de blé du Dakota aux flots déchaînés du Colorado, en passant par les déserts de Californie, Christopher croisera des hommes et des femmes qui vont façonner sa vision de la vie. Au bout du voyage, le choc avec la nature brute: l'Alaska...

  

LA CHRONIQUE DE KLEINHASE:

C'est ce que j'appelle se prendre (pardonnez-moi l'expression qui, je le conçois, n'est pas très jolie !) une putain de claque dans la gueule. Balancé ainsi, je sais bien que le terme peut paraître honteusement grossier (d'ailleurs, je m'excuse sincèrement si je vous ai choqué, ce n'était nullement mon objectif !), mais afin de définir d'emblée ce que j'ai ressenti face à Into the Wild - qui est un film à l'état brut - il me fallait donc, logiquement, une phrase à l'état brut.

Si l'on me demandait de résumer Into the Wild en seulement deux mots, je dirais que ce fut pour moi un film coup de cœur en même temps qu'un film coup de poing. Coup de cœur parce que je raffole de ce genre de récit à but initiatique et philosophique, et parce qu'ensuite, j'apprécie les films qui mettent en valeur la beauté du monde qui nous entoure, que ce soit le monde sauvage, animal ou social. Coup de poing parce qu'il y a bien longtemps qu'un film ne m'avait pas autant secouée, remuée, touchée.

Mais attention !... Quand je dis << toucher >>, je l'entends de deux manières. Parce qu'il existe selon moi deux manières d'être touché(e) par un film: la manière << douce >> et la manière << forte >>. La manière << douce >>, c'est lorsqu'un film m'émeut et m'arrache éventuellement de discrètes larmes, sans pour autant m'empêcher de maîtriser mon émotion. La dernière fois qu'un film m'a touchée de manière << douce >>, c'était en août dernier, avec << Là-haut >> des studios Pixar, dont le début plein de nostalgie m'aura humidifié les yeux durant l'espace de quelques secondes.

La manière << forte >>, c'est lorsqu'un film m'émeut tellement que j'éclate - malgré moi ! - en sanglots, et dans une situation pareille, je crois que je serais capable de verser toutes les larmes de mon corps (!). La dernière fois qu'un film m'a touchée de manière << forte >>, c'était... pffiou, je ne m'en souviens même plus. Au hasard, je dirais que c'était avec << Les Lumières de la Ville >>, de Chaplin.

Car oui, sans vouloir passer pour une dure à cuire, je dois dire que je pleure vraiment très rarement devant un film. Non pas que je sois indifférente au spectacle qui se déroule sur l'écran, bien au contraire, mais disons plutôt que j'arrive généralement à dominer ma sensibilité. Sauf face à Into the Wild, devant lequel je n'ai rien dominé du tout (j'ai bien essayé pourtant, mais en vain !) et qui m'aura donc touchée de manière (très !...) << forte >>. La nuit qui a suivi, je n'ai d'ailleurs pas pu dormir pendant près d'une heure (ce qui, là aussi, ne m'était pas arrivé depuis un bon bout de temps...).

Tandis que je me tortillais dans tous les sens dans mon lit et me retournais encore et encore dans l'espoir de retrouver le sommeil (j'ai fini par le retrouver, au passage !), les images se bousculaient dans mon esprit: inconsciemment, je repensais à Into the Wild, à ce film qui a continué à me bouleverser et à me faire pleurer plus de dix minutes après que le générique de fin soit passé.

Et maintenant que je rédige ces lignes (d'ailleurs, cela vaut-il vraiment la peine de commenter ce film sur lequel tout - ou presque ! - a déjà été dit ?...), les poils se hérissent sur mes bras, les frissons me bousculent le dos et Into the Wild défile à nouveau dans ma tête. Comme si, finalement, l'émotion qui m'a envahie il y a près de deux semaines, lorsque je l'ai découvert pour la première fois, m'habitait encore et était toujours enfouie au plus profond de ma chair, sans que je ne m'en rende compte.

Réalisé par Sean Penn en 2007, Into the Wild (qui peut se traduire par << En pleine nature >>) est l'adaptation cinématographique de << Voyage au bout de la solitude >>, un livre écrit par Jon Krakauer en 1996 et qui relate l'histoire vraie de Christopher McCandless; un brillant étudiant qui quitta ses proches et sa maison en 1990, pour partir à l'aventure (<< Être libre, ce n'est pas seulement ne rien posséder, c'est n'être possédé par rien >>, se dit-on à la vue de ce fait divers incroyable et pourtant véridique).

Ce voyage - lourd de sens - s'achèvera en Alaska, en 1992, dans des circonstances tragiques; puisque Christopher McCandless fut retrouvé mort par des chasseurs, dans le bus abandonné où il avait élu domicile depuis quatre mois, après s'être intoxiqué en mangeant des plantes non-comestibles. Ironie du drame, cette nature où il avait voulu s'enfoncer à tout prix l'aura finalement tué... preuve que l'homme n'est rien du tout face à l'univers, rien d'autre qu'un passeur qui cherche depuis la nuit des temps à devenir le maître du monde; mais oublie toujours qu'une infinie puissance règne au-dessus de lui, une puissance insoupçonnable face à laquelle même le plus riche et le plus fort des hommes ne peut rien. Car nous, mortels, ne sommes qu'ombre et poussière... de la poussière, l'homme est né, de la poussière, l'homme finira... Et si la nature peut être pendant un temps plus ou moins éphémère une consolatrice idéale, elle se révèle bien souvent dangereuse et oppressante, incompréhensible et capricieuse.

Nul doute qu'en signant Into the Wild, Sean Penn a concrétisé un projet qui lui était très cher, puisque il lui aura fallu dix ans de négociation pour que la famille de Christopher McCandless accepte que ce film voit le jour. Et le résultat final est à la hauteur de son ambition.

Beau sans être tape à l'œil, poignant sans être larmoyant, lent sans être long; Into the Wild dégage une pureté et une émotion exceptionnelles, dont l'authenticité est pour le moins saisissante. Entièrement tourné en décors naturels, dans les lieux mêmes que son protagoniste principal a traversé, Into the Wild est l'un de ces rares films qui ont la valeur de classique instantané, de chef-d'œuvre immédiat. Traité sur un mode narratif qui alterne habilement flash-back et retours dans le présent, le scénario est très fidèle à l'histoire originale dont il s'inspire, Sean Penn étant allé jusqu'à reproduire à l'identique le bus où Christopher McCandless a vécu les ultimes mois de sa courte et singulière existence.

Si Leonardo DiCaprio fut initialement pressenti, c'est finalement le jeune et prometteur Emile Hirsch qui hérite du rôle de Christopher McCandless. Charismatique tout en restant on ne peut plus sobre, il s'impose sans conteste comme une révélation à surveiller de très près et nous livre une prestation éblouissante, pleine de retenue et de sensibilité (il faut d'ailleurs savoir que le comédien s'est beaucoup investi durant ce tournage, perdant près de 20 kilos pour le besoin des scènes finales).

Pour l'entourer, Sean Penn a su sélectionné une pléiade d'excellents seconds rôles et retrouve notamment Marcia Gay Harden (à qui il avait donné la réplique dans << Mystic River >>, en 2003) et qui interprète ici - avec beaucoup de délicatesse - la mère du héros (ou du anti-héros devrais-je dire, car Christopher reste un être humain tout au long de son voyage, un être humain avec ses qualités et ses défauts, ses forces et ses faiblesses, ses joies et ses peines), tandis que William Hurt incarne avec conviction son père et Jena Malone, sa sœur, la seule personne qui l'a réellement compris et avec qui il entretenait une relation très proche et très complice. N'oublions pas de saluer les jolies performances de Brian Dierker et Catherine Keener (le couple de hippies qui se déchire), et de Hal Holbrook, tout à fait attachant en ancien militaire rongé par la solitude; ainsi que de Vince Vaughn, sympathique en patron un peu truand sur les bords. À noter aussi la présence au générique de Kristen Stewart, l'héroïne de la saga << Twilight >>, lumineuse en jeune chanteuse hippie qui s'éprend de Christopher. La somptuosité des grands espaces naturels associée à une musique aux notes parfois très mystiques évoquant encore davantage la liberté recherchée par Christopher ne font que renforcer la magie si particulière et si forte qui règne dans Into the Wild.

Si les spectateurs moyens que nous sommes ont une fâcheuse tendance à considérer le cinéma avant tout comme un banal moyen de divertissement et de passe-temps, Sean Penn le réhabilite à travers ce long-métrage en nous rappelant ce qu'il est vraiment: un formidable vecteur de découvertes, de surprises, d'interrogations; un art (le 7e du nom) universel et unique en son genre, qui se met ici au service d'une ode flamboyante à l'homme, à la nature, à la liberté, à la grandeur, à la beauté, à la foi (oui, il est aussi question de foi dans Into the Wild: foi en Dieu, foi en son prochain, foi en l'avenir); qui renoue avec la vieille tradition des fresques hollywoodiennes dans lesquelles le romanesque et le grand spectacle côtoient régulièrement une pertinente réflexion sur la valeur de l'existence (ce qui me rappelle cette célèbre citation que l'on attribue à André Malraux: << Une vie ne vaut rien, mais rien ne vaut une vie >>) et sur la place de l'être humain sur Terre.

Tel Christopher McCandless à la fin de ce film (une fin d'une magnificence extraordinaire, malgré sa noirceur poignante et littéralement hors norme), tel Christopher McCandless au bout de son périple et de sa quête de soi (et des autres...), Sean Penn semble avoir été touché par la grâce et a atteint, ce qu'on peut modestement appeler, l'illumination de la perfection cinématographique (bien que la perfection - la perfection absolue - n'a jamais existé, n'existe toujours pas et n'existera certainement jamais !).

Bon, je crois avoir fait le tour de Into the Wild, alors je vais conclure sur ces mots, car j'ai les yeux qui commencent sérieusement à me titiller et à me picoter... ce doit être l'émotion, je suppose. Pardonnez-moi si j'ai été un peu longue dans mon développement (très longue, même...), je n'ai pas l'habitude d'aller aussi loin dans les détails, mais toute la palette de sentiments que j'ai éprouvé par l'entremise de ce long-métrage était vraiment spéciale (pour ne pas dire rare); et je me devais donc d'aborder comme il se doit cette œuvre qui se vit autant qu'elle se contemple et qui fait partie de celles qui marquent toute une vie de cinéphile. J'espère simplement - et je le dis en toute humilité - que cette chronique aura servi à vous apporter un regard encore différent et encore nouveau sur ce film qui se redécouvre à chaque visionnage. Et à mon tour, je serais sincèrement enchantée de connaître votre avis personnel, votre vision des choses et le souvenir que vous en gardez (qu'il soit bon ou mauvais !). Car Into the Wild est un film qu'il est intéressant de partager avec sa famille ou ses amis, afin de l'apprécier encore et encore sous un angle neuf, à travers les yeux de quelqu'un d'autre.

  

EN GUISE DE CONCLUSION:

Into the Wild est une œuvre qui se vit non seulement avec son esprit et ses tripes, mais aussi et surtout avec son cœur. Quoiqu'il en soit, si vous ne connaissez pas encore ce film déjà considéré comme un incontournable du 7e Art (et si c'est le cas, je vous envie jalousement, en me disant que vous aurez bien de la chance le jour où vous le découvrirez pour la première fois !...), ne perdez pas davantage de temps à lire ces lignes et regardez-le absolument sans plus tarder. Ce n'est pas un conseil, c'est un ordre: REGARDEZ-LE !!!... Ne soyez pas découragé par sa durée, qui peut certes paraître longue (un peu plus de 2h20 tout de même !), mais qu'on ne voit vraiment pas passer et qui s'écoule à une allure folle. J'aurai même envie de dire que si Into the Wild durait une heure de plus, il se terminerait néanmoins toujours aussi vite, car une fois que l'action s'installe pour de bon et que le souffle passionné cède peu à peu place au souffle passionnant; on se sent immédiatement transporté par la fabuleuse épopée à la fois humaine et philosophique que va vivre ce jeune homme assoiffé d'absolu et de vérité; et plus l'histoire avance, et plus on a l'impression désarmante d'être à ses côtés et de marcher dans ses pas. Alors, n'hésitez plus une seule seconde et voyez-le dès que possible, lorsque l'occasion se présentera devant vous (et le plus tôt sera le mieux...). Quant à moi, Into the Wild fait d'ores et déjà partie de mon top 10. Merci, monsieur Sean Penn, et surtout, bravo. Du cinéma de cette ampleur et de cette qualité, on (j'en...) en redemande plus souvent...

K.H.

Nominations et récompenses obtenues, le détail complet > ICI

/>


Partager cet article
Repost0

commentaires

A
Comme toi, ce film fut à la fois un coup de coeur et un coup de poing, magnifique de bout en bout et admirablement interprété. La fin est bouleversante dans sa sobriété. Une oeuvre inspirée et inspirante.
P
Venant de lire la critique de ce film et le commentaire qui suit, je ne peux qu'abonder dans le sens de ce qui est écrit. C'est l'un des rares films peut-être le premier ,ou enfin, on voit une histoire (fait réel) qui est une véritable découverte dans ce que l'homme a de plus merveilleux, de plus pur, la possibilité de de chercher ce qu'il est en se dépouillant de tout.Ce voyage initiatique qui doit lui permettre de se retrouver est admirablement filmé. Pureté des paysages, pureté des sentiments, pureté des émotions, pureté des personnages rencontrés tous marqués par les duretés de la vie, mais qui cachent tous une grande sensibilité. La fin est absolument magnifique qui allie le goût retrouvé de la vie à la mort, provoquée par cette nature tant recherchée pour l'aider.<br /> Ce n'est pas un film c'est un véritable chef d'oeuvre.
K
Très étonnant que personne n'est encore laissé un commentaire sur ce film absolument fabuleux...aussi je me dévoue pour te féliciter de cet article passionné, au même titre que le film, dont la passion et la sincérité transpirent à chaque plan. Puisque tu es venue lire mon article, sur lequel tu as d'ailleurs laissé un très beau commentaire, je sais que nous sommes sur la même longueur d'onde concernant ce superbe film.<br /> Pour ma part, je suis resté dans mon fauteuil, les yeux équarquillés, presque la bouche ouverte, pendant un bon 1/4 heure, et j'ai écrit mon article dans la foulée pour ne pas perdre l'émotion qui se dégageait de ce film...l'émotion mais aussi la force du propos. Un voyage initiatique hors du commun dont très peu de cinéastes ont la chance de tourner dans une vie. <br /> Un classique immédiat et incontournable, probablement le meilleur film 2008, dont Sean Penn aura bien du mal à renouveler l'exploit, tant celui-ci allie la beauté visuelle, force de l'histoire, la portée philosophique teintée d'une sombre et injuste ironie finalement, tout ce qui fait de ce film une oeuvre particulière, différente, puissante, terrible, libératrice aussi.<br /> J'en ai aussi des frissons lorsque j'en parle à des amis, ou quand, comme ici je laisse un commentaire. <br /> Les images affluent, les sensations refont surface, et malgré le côté sombre d'une fin aussi belle que tragique, on ne peut qu'être touché par tant de grâce visuelle.<br /> Un film qui fera assurément date dans l'histoire de cet art qui retrouve ici, toutes ses lettres de noblesse.<br /> Encore bravo pour ton article, passionné, d'où sa longueur...car avec un tel film on ne peut décidément pas en parler avec deux ou trois mots. Un coup de poing au coeur...Etre sonné par un tel uppercut, j'en redemande, et pas qu'une fois. Loin d'être maso, on a là un vrai film de cinéma...à la fois beau, puissant, intelligent, qui allie émotion et une réflexion profonde sur nos existences.<br /> Du grand art.