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23 décembre 2010 4 23 /12 /décembre /2010 06:59

Après avoir cambriolé une banque, trois bandits s'enfuient dans le désert. Ils y trouvent une femme mourante sur le point d'accoucher. Ils font alors le serment à la mère de recueillir et de protéger le bébé.

Après un hold-up, Robert, Pedro et William, trois hors-la-loi; fuient le shérif Buck et ses hommes, pour gagner le désert d'Arizona. Allant d'un point d'eau au suivant, ils découvrent bientôt les vestiges d'un chariot abandonné, où une mère mourante leur confie son nouveau-né... Dans un premier temps désemparés, les trois bandits finissent par trouver une malle portant la mention "pour bébé", et contenant quelques objets destinés au nourrisson, ainsi qu'une Bible. Peu à peu, ces trois "durs à cuire" au cœur tendre s'attachent à l'enfant, le protégeant de tous les dangers, et prenant grand soin de lui. Mais le shérif Buck, inlassablement, les traque et les poursuit, prêt à tout pour les rattraper et les mettre sous les verrous...

Avis:

En ces ultimes - déjà !... - jours de l'année 2010, où Noël approche à grands pas et où l'excitation est à son comble, entre l'arrivée tant attendue des vacances et la neige qui a déjà enveloppé dans son épais manteau blanc une bonne partie de la France (!); me prend soudain l'envie de mettre à l'honneur sur ce blog (et aussi, pourquoi pas, de remettre au goût du jour...) un film trop méconnu et injustement oublié dans l'œuvre de l'immense réalisateur qu'était John Ford. Un film assez singulier, qui commence comme un western ordinaire (Ford, on le sait, était un pionnier du genre, auquel il a d'ailleurs donné ses lettres de noblesse) et qui, au final, se rapproche plutôt du conte de Noël. Western, conte de Noël, récit initiatique, quête spirituelle, parabole métaphorique sur le bien et le mal: LE FILS DU DÉSERT, tourné en 1948, est tout cela à la fois. Il demeure également l'un des plus beaux films de John Ford. L'un des plus émouvants en tout cas, à ranger aux côtés de classiques tels que LES RAISINS DE LA COLÈRE ou QU'ELLE ÉTAIT VERTE MA VALLÉE. S'inspirant d'une nouvelle de Peter B. Kyne (qui fut déjà portée à l'écran de nombreuses fois, notamment par... John Ford, en 1919 !), LE FILS DU DÉSERT se situe en plein cœur de l'Arizona et narre l'histoire extraordinaire et merveilleuse de trois hors-la-loi qui, après avoir dévalisé une banque, sont pris en chasse par le shérif et ses hommes et prennent la fuite en direction du désert. Dans leur fugue, ils vont bientôt découvrir les vestiges d'un convoi abandonné, où une femme mourante va leur confier son fils nouveau-né, faisant ainsi d'eux les trois parrains (le titre original, THREE GODFATHERS, signifiant littéralement TROIS PARRAINS... personnellement, je trouve que LE FILS DU DÉSERT est un titre bien plus joli et bien plus symbolique...) improvisés de l'enfant. Transformés malgré eux en pères adoptifs, les trois hommes finiront pourtant par s'attacher au nourrisson, le protégeant de tous les dangers, tandis que le shérif s'acharne à les poursuivre... En lisant ce résumé, on pense évidemment tout de suite à l'histoire des Rois Mages (voyez, ce n'est pas un hasard si j'ai choisi d'évoquer ce film à seulement quelques jours de Noël...), qui est revisitée avec beaucoup d'audace et de talent par John Ford. Le mythe des Rois Mages n'est cependant pas la seule référence biblique que l'on décèlera dans ce film, qui en regorge de bout en bout. Outre la mise en scène magistrale de John Ford, qui mêle adroitement action, humour, émotion et même fantastique, nous offrant tantôt de véritables morceaux de bravoure, tantôt de grandes séquences intimistes; la principale réussite du FILS DU DÉSERT réside dans son interprétation, parfaite à tous les niveaux (malgré un côté parfois trop théâtral, certainement dû au poids - ô combien lourd ! - des années). Entouré des excellents Pedro Armendariz, Harry Carey Jr. et Ward Bond (lequel prête ses traits au redoutable shérif), l'inénarrable John Wayne (dont je suis pourtant loin d'être fan !) livre une composition d'une extrême intensité émotionnelle, conférant à son personnage de hors-la-loi sans foi ni loi (amusant, pour une fois, Wayne n'incarne pas le valeureux justicier, défenseur de la veuve et l'orphelin... quoique !) une humanité et une sensibilité des plus bouleversantes. À ce titre, le personnage de Wayne et son parcours intérieur sont de loin les plus intéressants de l'histoire: dans un premier temps athée (voir de quelle manière il rejette la Bible à plusieurs reprises !), il va malgré lui être amené à rentrer dans le droit chemin... Au-delà donc de son propos au caractère très religieux (il faut bien l'admettre !...), LE FILS DU DÉSERT résonne aussi et surtout comme un vibrant hymne au pardon, à la rédemption et à la foi; doublé d'une réflexion poignante sur les notions d'amitié, d'amour, de sacrifice et de justice. Une réflexion sublimée par des images et des décors (ah, ces grands espaces typiquement Fordiens !...) à la beauté quasi picturale, bénéficiant d'un Technicolor flamboyant et lumineux; et portée par la divine musique de Richard Hageman, envoûtante et par instants très mystique. Bref, LE FILS DU DÉSERT est non seulement un film captivant et rare, quelque peu atypique dans l'œuvre de John Ford, mais il est par dessus tout un très beau livre d'images, naïf et coloré; et dont on déplie les pages avec un plaisir volontiers nostalgique, en pensant à la magie et à la quintessence d'un certain âge d'or cinématographique, aujourd'hui révolu...

Si la fin semble sans doute trop belle pour être totalement crédible (de même que l'intrigue elle-même d'ailleurs, qui est par moments trop improbable pour être complètement vraisemblable), il ne faut pas oublier que LE FILS DU DÉSERT est - certes un western, un grand western même - mais aussi et surtout une sorte de conte quelque peu fantastique et onirique sur le bien et le mal, qui use de symboles pour mieux transporter le spectateur et le toucher, par la même occasion, en plein cœur. Vous l'aurez donc compris, LE FILS DU DÉSERT est l'exemple type du chef-d'œuvre oublié, méconnu et sous-estimé; et qu'il faut absolument redécouvrir si ce n'est déjà fait. Pour clore ce dernier article de l'année 2010, je terminerai en vous souhaitant tout d'abord de très joyeuses fêtes à toutes et à tous, et enfin, en citant cette très belle maxime qui, je trouve, sonne très juste et prend tout son sens lorsqu'on l'applique au FILS DU DÉSERT: "Nous parlons des miracles. Le miracle, c'est la foi...".



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commentaires

A
Un western très original qui mérite d'être vu. Le style "john Ford" le bien , le mal, les images extraordinaires, l'humour, et surtout l'homme dans ce qu'il a de meilleur, sont montrés d'une manière très forte. La critique (très bien faite) résume en tous points ce magnifique film qui est tombé dans les oubliettes.<br /> Dommage que le petit écran ne montre que la violence hélas.
I
C'est vrai qu'avec les fêtes on peut penser aux 3 rois mages! Je viens de le revoir sur le câble et je me soubenais plus que c'était comme ça. J'ai bien fait car j'ai passé un bon moment!<br /> Très bon article, bien écrit, qui rend un bel hommage à ce film