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14 décembre 2010 2 14 /12 /décembre /2010 09:24

Se servant d'une prostituée, un flic fabrique de toutes pièces un flagrant délit, dans l'espoir d'arrêter une bande de petits malfrats amateurs. Une sombre machination qui va rapidement se transformer en une implacable tragédie. Laquelle n'épargnera personne.

Ancien juge d'instruction reconverti en inspecteur de police, Max a de la justice une conception tout à fait personnelle. Pour être sûr que les malfaiteurs qu'il arrête vont être condamnés sévèrement, il tient à les surprendre en flagrant délit. Un jour, il rencontre par hasard Abel, un vieux copain qu'il n'a pas vu depuis de longues années. Ravi de ces retrouvailles, Abel - qui ignore tout de la profession de son camarade d'antan, lequel lui a donné peu de détails sur sa vie actuelle - lui confie qu'il a mal tourné. Truand de petite envergure, il s'est spécialisé dans le pillage de chantiers de construction, avec une bande de ferrailleurs, dans les environs de Nanterre. Une idée machiavélique germe alors dans l'esprit de Max, qui trouve là une parfaite occasion de créer et d'inciter une situation de flagrant délit...

Avis:

C'est à travers un jeu de séduction cynique et cruel, genre je t'aime moi non plus, entre les deux personnages principaux interprétés par Michel Piccoli et Romy Schneider, que va se jouer toute la dramaturgie, l'ambiguïté, le suspense, la réflexion et la puissance émotionnelle de l'intrigue de MAX ET LES FERRAILLEURS, réalisé par Claude Sautet en 1971 et considéré par le cinéaste lui-même comme l'un de ses films préférés (Sautet était connu pour son habitude systématique de remonter la plupart de ses films, or, il n'a quasiment pas touché à celui-ci, preuve de l'immense affection qu'il lui vouait). MAX ET LES FERRAILLEURS se situe à mi-chemin entre le film policier et la chronique sociale, genre dans lequel Sautet s'illustrera brillamment par la suite. MAX ET LES FERRAILLEURS marque également les retrouvailles du couple Piccoli/Schneider, un an après LES CHOSES DE LA VIE, du même Claude Sautet. Max (Piccoli donc, inoubliable en flic manipulateur et menteur, plutôt antipathique et volontiers salaud sur les bords) est un ancien juge d'instruction qui s'est reconverti en inspecteur de police. Il n'a jamais digéré le fait d'avoir dû, lorsqu'il était juge, relâcher un suspect, faute de preuves; et nourrit depuis le désir obsessionnel de surprendre les malfrats en flagrant délit. Solitaire, aigri et frustré, il n'hésite pas, au moment où l'occasion se présente, à provoquer lui-même une situation de flagrant délit, en devenant indirectement l'instigateur d'un hold-up. Pour cela, il va se servir de Lily (Romy, au sommet de sa beauté et de son art... elle a d'ailleurs dû insister pour obtenir le rôle), une prostituée, à qui il fait croire qu'il est banquier. Lentement, la mécanique se met en place, prenant peu à peu Max lui-même à son propre piège... tel est pris qui croyait prendre. Si l'intrigue s'avère aussi passionnante, c'est peut-être parce qu'elle ne raconte pas seulement une banale histoire policière, mais aussi - quelque part - une histoire d'amour complexe entre Max et Lily, entre le flic et la fille des rues, entre deux êtres frustrés par la vie; et qui vont, jusqu'au surprenant dénouement, entretenir des rapports troubles et indéchiffrables. Mais MAX ET LES FERRAILLEURS est aussi une réflexion puissante sur la loi et la justice, qui montre de quelle manière un individu (en l'occurrence, Max) peut aller jusqu'au crime par obsession de la loi et de la justice... l'ironie à son paroxysme. Si Michel Piccoli et Romy Schneider - en osmose parfaite - se renvoient admirablement la réplique, les seconds rôles ne sont pas non plus en reste et crèvent littéralement l'écran, de Bernard Fresson à François Périer, sans oublier Georges Wilson (entre autres). Claude Sautet ne s'est pas uniquement contenté de choisir les plus grands, il a aussi choisi les meilleurs et cela se ressent, dans l'interprétation comme dans les dialogues, signés Jean-Loup Dabadie, qui a également participé à l'écriture du scénario. À noter enfin, la très belle musique de Philippe Sarde, qui accompagne magnifiquement les images. En bref, le talent de metteur en scène de Claude Sautet associé à la beauté du couple Piccoli/Schneider ont contribué à faire de MAX ET LES FERRAILLEURS un classique absolu du cinéma français et l'un des films les plus aboutis de son auteur. Incontournable, évidemment.



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commentaires

S
Revoir la sublime Romy, immense et belle actrice est un vrai plaisir. Piccoli campe ici avec perfection ce personnage trouble et cynique du juge aigri qui se venge après avoir louper son métier. De grands acteurs pour servir les seconds rôles et le résultat est un filmplus que parfait.