Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
8 juin 2009 1 08 /06 /juin /2009 17:15

ATTENTION, RISQUE DE SPOILERS !

BOULEVARD DU CRÉPUSCULE (Sunset Boulevard)

Film américain

Date de sortie: 18 avril 1951

Genre: Drame  Durée: 1h50  Tous publics

Conseil personnel: Pour adolescents et adultes.

Disponible en DVD et VHS

Noir & blanc

Par le plus grand des hasards, Joe Gillis, jeune scénariste raté et sans le sou, atterrit un jour dans la luxueuse villa de Norma Desmond en tentant d'échapper à des huissiers. Ancienne vedette du cinéma muet, Norma vit recluse dans ce triste domaine avec pour seule compagnie un étrange majordome prénommé Max. Elle entretient depuis de longues années un rêve obsédant, celui de redevenir une grande actrice. Aussi, lorsqu'elle apprend que Joe fait justement partie de ce milieu merveilleux et difficile qu'est le cinéma, elle lui propose de travailler sur le scénario qui doit marquer son retour à l'écran, << Salomé >>, mis en scène par Cecil B. DeMille...

  

MON AVIS:

Ah, le cinéma ! Art fabuleux et universel qui aura vu défiler un bon nombre d'histoires toutes plus romanesques les unes que les autres depuis sa naissance, en 1895. Mais quoi de mieux que le cinéma lui-même pour servir de toile de fond à un long-métrage ?... Et oui, aussi ironiquement drôle que cela puisse paraître, le cinéma a souvent été une source d'inspiration idéale pour les metteurs en scène (!). Que ce soit avec causticité (<< Le Schpountz >>), nostalgie (<< Cinéma Paradiso >>) ou tendresse (<< Meilleur espoir féminin >>), le cinéma a été traité sous toutes les formes et sur tous les tons que l'on puisse imaginer.

Mais je crois qu'il n'a jamais été évoqué avec autant de lyrisme et de dramaturgie que dans Boulevard du Crépuscule. Réalisé par Billy Wilder en 1950, Boulevard du Crépuscule (titre absolument magnifique, au passage !) dresse un tableau particulièrement funèbre du 7e Art. C'est par Arte (chaîne dont on parle trop rarement et qui diffuse pourtant son lot de classiques) que j'ai récemment pu découvrir ce film dont je n'avais entendu que des éloges.

Et pour commencer cette critique, j'ai bien envie de citer la fameuse réplique que prononce le personnage de Norma Desmond au tout début de l'histoire: << Je suis une grande ! Ce sont les films qui sont devenus petits ! >>. Ça va peut-être vous sembler bizarre (bizarre, vous avez dit bizarre ?...), mais cette phrase résume parfaitement ce que - personnellement - je pense du cinéma actuel... aïe, je sens que je vais me faire taper sur les doigts !

Ce n'est pas pour être vieux jeu ou contradictoire (quoique, j'aime assez l'esprit de contradiction !), mais par rapport à ce qui a pu être fait de par le passé, je trouve franchement que le cinéma actuel manque de grandeur et de finesse (même si certains films récents font exception à la règle, et heureusement d'ailleurs !).

J'ai parfois (ou devrais-je dire souvent ?...) l'impression que les réalisateurs d'aujourd'hui ne savent plus quoi inventer, et ça me désole un peu. Et puis, entre les comédies à deux balles censées être hilarantes mais qui ont tendance à flirter avec la lourdeur et les blockbusters fertiles en effets spéciaux mais dépourvus d'originalité (bon, d'accord, je caricature un peu !), j'avoue que je préfère me tourner vers le cinéma ancien, qui avait décidément une autre classe (avis personnel, je tiens à le rappeler).

Mais revenons plutôt à nos moutons (!). Ainsi que je le mentionnais ci-dessus, Boulevard du Crépuscule livre une vision très acerbe du 7e Art. Monde fantastique de paillettes et de féerie, qui sous son merveilleux aspect extérieur dissimule hélas un visage intérieur beaucoup moins rose, fait de désillusions cruelles et de rêves brisés en mille morceaux.

À travers ce scénario rondement mené, Billy Wilder montre de quelle manière le cinéma parlant - invention ô combien géniale - a malheureusement tué de nombreuses icônes du cinéma muet qui n'ont pas su s'adapter à ce grand chamboulement. Souvent grinçantes, les répliques (riches en humour noir) multiplient les clins d'œil avec bonheur. Les décors sont superbes, tout comme le noir & blanc, divinement envoûtant; et l'ensemble est réhaussé par une musique somptueuse. Le fait que le récit soit narré par un mort constitue en outre une idée brillante et foutrement culottée pour l'époque (même Hitchcock n'y avait pas pensé !).

Concernant l'interprétation, c'est tout simplement la cerise sur le gâteau. William Holden tout d'abord, dans le rôle qui lui apportera la gloire, est juste excellent. Par son allure et ses regards emplis de malice, il s'impose sans problème comme une valeur sûre. Face à lui, Gloria Swanson - hallucinante de folie et de désespoir - crève littéralement l'écran dans la peau de cette ex vedette décidée à revenir sous les feux des projecteurs. Inoubliable sous les traits d'un majordome distant et énigmatique, le talentueux Erich Von Stroheim donne à l'histoire cette petite part d'humanité discrète et touchante; tandis que la douce Nancy Olson campe avec conviction une jeune scénariste déterminée à réussir.

Et si l'intrigue a l'air tellement réaliste, c'est peut-être aussi parce que dans les personnages secondaires, le spectateur retrouve des grands noms d'Hollywood qui y jouent leurs propres rôles (comme Cecil B. DeMille, par exemple) et d'anciennes légendes du cinéma muet (telles que Buster Keaton) qui apparaissent à l'écran pendant une poignée de secondes, apportant ainsi à Boulevard du Crépuscule cette authenticité saisissante et rare.

  

EN BREF:

À mi-chemin entre le film noir et la parabole poétique, Boulevard du Crépuscule reste un chef-d'œuvre absolu dans l'histoire du cinéma américain, que la mise en scène virtuose de Billy Wilder, la composition impressionnante de Gloria Swanson et le final d'anthologie ont contribué à rendre mythique. Incontournable, évidemment (mais est-ce vraiment nécessaire de le dire ?...).

K.H.

NOMINATIONS ET RÉCOMPENSES PRINCIPALES:

Boulevard du Crépuscule a été nominé 11 fois aux Oscars en 1951 (dans les catégories meilleur film; meilleur réalisateur pour Billy Wilder; meilleur scénario pour Billy Wilder, Charles Brackett & D.M. Marshman Jr; meilleur acteur pour William Holden; meilleure actrice pour Gloria Swanson; meilleur second rôle masculin pour Erich Von Stroheim; meilleur second rôle féminin pour Nancy Olson; meilleure musique originale pour Franz Waxman; meilleur montage; meilleure photographie d'un film en noir & blanc et meilleure direction artistique d'un film en noir & blanc). Il n'a finalement obtenu que 3 Oscars, ceux du meilleur scénario, de la meilleure musique originale et de la meilleure direction artistique.

Ce film a également été récompensé par 4 Golden Globes (ceux du meilleur film, du meilleur réalisateur pour Billy Wilder, de la meilleure actrice de film dramatique pour Gloria Swanson et de la meilleure musique pour Franz Waxman).

Au total, 13 nominations et 13 récompenses ont couronné ce long-métrage (le détail complet > ICI).



Partager cet article
Repost0

commentaires

B
<br /> Belle critique en effet, voici la mienne :<br /> <br /> D’où est sorti ce film, où file t-il doucement, à travers les plateaux de cinéma et les portes sans serrures du palais de Norma Desmond ? Vers l’éternité ? Il semble embrasser tout les genres, et<br /> n’appartenir à aucun. C’est un mort qui raconte l'histoire. Son corps légèrement courbé flottant sur l'eau. L'eau qui a pris une couleur rouge. Il nous explique, soudain ironique, que l'homme<br /> gisant là avait toujours rêvé d'avoir une piscine. Et puis, il s'y met, doucement, à raconter l'histoire de cette bien morte personne, la personne qu'il est, lui, Joe Gillis (William Holden),<br /> scénariste malchanceux rattrapé par son destin. Un peu sarcastique, cynique, un peu réservé, tenu. Il nous amène dans une demeure vaste, sorte de palais antique où le temps passé se répète,<br /> inlassablement. Où la gloire d'une reine abandonnée semble perdurer, au plus profond des mensonges et des illusions. Perdurer jusqu'à la folie. Norma Desmond (Gloria Swanson) apparaît, comme par<br /> magie, sur le balcon de l'étage au dessus. Elle se tient dans une position extravagante, comme pour permettre à sa lumière de sortir. Sortir des ténèbres de ses habits noires et de sa maison<br /> spectre, où tout rappelle le temps qui se fixe et le passé triomphant. Gillis la fixe un peu, son visage halluciné, ses yeux fins et brillants, et puis la reconnaît, soudain. "Vous étiez grande,<br /> autrefois" lui lance t-il. Ce qui lui vaut cette réplique définitive : "Je suis toujours grande, ce sont les films qui sont devenus petits !" Oui, c’était une star, une vraie star, avec pour seuls<br /> mots dans ses films les traits de son visage et son regard perçant. Elle apprend qu'il est scénariste. En transe, elle lui explique. Lui raconte le scénario pathétique et périssable qu'elle<br /> travaille depuis des années, pressentant son retour qui n'aura jamais lieu. Elle à besoin d'un correcteur. Lui propose. Gillis se rend à l'évidence. Il a quelques problèmes. Il n'est pas bien<br /> riche. Même un enfant de huit ans réussirait à corriger l'odieux travail de la star. Il accepte. Il devient son amant. Son pantin. Sa marionnette. L'objet qui comble sa solitude. L’objet qui la<br /> laissera se détruire et l’objet qu’elle tuera. En la voyant pour la première fois, l'on sait, tout de suite, que sa fin sera tragique. D'autant plus qu'elle ne croit pas en sa propre fin. Elle est<br /> éternelle. Les milliers de lettres d'admirateurs qu'elle reçoit le disent. Les lettres que lui envoie, chaque jour, Max (Erich Von Stoheim), son majordome fidèle et glaçant, pour faire perdurer<br /> l'illusion terrible qui deviendra ce pourquoi elle se force à continuer à vivre. Ce personnage en apparence odieux est un monstre d'humanité, de solitude et de désespoir. Wilder critique, avec une<br /> mélancolie profonde doublée d’une férocité implacable, un Hollywood qui détruit ses vedettes, en fabrique de nouvelles, et les détruit à leur tour. Il ne cache pas son respect pour le Hollywood qui<br /> a inventé le cinéma, mais compte aussi, dans son constat, le délire de grandeur de ceux qui étaient trop grands. Ce portrait juste et piquant d'une industrie est peut-être ce que l'on a fait de<br /> plus beau dans le cinéma américain, autant dans sa maîtrise artistique que scénaristique. Il y a bien quelques passages gorgés de poésie, ici et là... Un par exemple où, lors de la scène de la<br /> visite à la Paramount, un micro vient effleurer la plume du chapeau de Swanson, et qu'elle repousse vulgairement. Il y a bien, aussi, un peu plus loin, ce projecteur qui se fixe sur elle, assise<br /> sur une chaise ; l’inondant de lumière. Les gens la reconnaisse, filent vers elle. Là, Wilder la filme en plongée, comme une sorte d'étoile morte, que tous acclament pour la dernière fois. Dernière<br /> ? Pas tout à fait, il y a bien aussi, ces caméras qui finalement - et par un malheureux concours de circonstances - se mettent à tourner, à la toute fin, la filmant descendre des escaliers, pleurer<br /> de bonheur d'être de « retour » et de lancer cette célèbre phrase : "Très bien monsieur De Mille, je suis prête pour le gros plan"...C'est un final splendide, où la grande Norma Desmond disparaît<br /> en fondu, un fondu pareil à un long voile blanc recouvrant son visage baignant dans la folie, et le fantasme imperturbable du renouveau de sa gloire passée. Voici un chef-d’oeuvre.<br /> <br /> <br />
F
Véritable chef d'oeuvre du film noir, Boulevard du crépuscule ose raconter la face noire et impitoyable de la grande fabrique de films qu'est hollywood. Sans reprendre l'excellente critique présentée ici, il faut reconnaître que cette superbe usine à films connu du monde entier sortait régulièrement des oeuvres au succès planétaire (et aujourd'hui encore) mais le public ne voyait que ce côté extraordinaire. Cette belle fabrique était aussi (aujourd'hui encore certainement) capable de démolir ce qu'elle avait si bien réussi à construire auparavant. Tous ces acteurs devenus pour beaucoup des stars extravagantes, admirées, choyées, adulées et immensément riches se transformaient en personnages capricieux, très égocentriques. Mais ce mirage leur faisait oublier que le temps passe, les modes changent et, la gloire s'estompe doucement les emmenant vers une chute inéluctable. Abandonnés par leurs amis, par ceux qui les avaient "fabriqués" et surtout oubliés par le public, la descente crépusculaire commencait :alcool, pauvreté, folie était souvent leur lot. <br /> Ce fantastique film commence par une rencontre totalement imprévue de 2 personnages que tout oppose (âge, rêves et moyens pour y arriver). Cette association qui va aller vers une relation et une liaison très ambigüe où le cynisme va prendre une place importante, va évidemment se terminer par une destruction prévisible.<br /> La dernière scène, la plus belle parce que tragique, pathétique et tellement chargée d'émotion, ne peut laisser le spectateur indifférent.<br /> Gloria Swanson est impressionnante ainsi que le grand Erich Von Stroheim.