Lundi 3 mai 2010 1 03 /05 /Mai /2010 09:59

ATTENTION, RISQUE DE SPOILERS !

MACADAM COWBOY (Midnight Cowboy)

Film américain

Date de sortie: 15 octobre 1969  Date de reprise: 17 décembre 2008

Genre: Drame  Durée: 1h53  Interdit aux moins de 12 ans

Conseil personnel: Pour adolescents et adultes.

Disponible en DVD et VHS - Couleur et noir & blanc

Joe Buck, blond et beau gosse, quitte sa petite bourgade du Texas pour monter à New York, où il espère se faire entretenir par des femmes riches. Mais la dureté de la ville lui fait rapidement perdre ses illusions. Seul, sans un sou, il fait alors la connaissance de Rico Ratso Rizzo, un immigré italien chétif, boiteux et tuberculeux. Parce que ce dernier a l'air encore plus seul que lui, Joe accepte de partager son appartement miteux. À l'opposé l'un de l'autre, ils partagent pourtant la même misère dans les bas-fonds new-yorkais, s'accrochant tous deux au même rêve: partir vivre sous le soleil de Floride...

  

LA CHRONIQUE DE KLEINHASE:

Récemment rediffusé sur Arte (chaîne, je crois l'avoir déjà dit, dont on parle bien trop peu et qui pourtant, est souvent synonyme d'excellence dans son choix de films proposés), dans le cadre d'une soirée Thema consacrée à ce sentiment mystérieux qu'est l'amitié, Macadam Cowboy fait partie de ces nombreux films au parfum de scandale, qui ont inévitablement déclenché la polémique en leur temps puis se sont peu à peu imposés comme des classiques incontournables du 7e Art. Adapté d'un roman - que je n'ai, pour ma part, jamais lu - de James Leo Herlihy (intitulé Midnight Cowboy, qui est aussi le titre original de ce film... dans le jargon de la langue anglaise, il peut se traduire par Gigolo), ce long-métrage de John Schlesinger a bien failli ne jamais voir le jour.

En effet, lorsque John Schlesinger fit part de son désir de porter ce roman sur grand écran, les producteurs se montrèrent plutôt frileux (il est facile de comprendre pourquoi en voyant ce film !); mais le réalisateur ne céda pas et ayant réussi à réunir le budget nécessaire, il commença aussitôt le tournage de ce Macadam Cowboy, classé X lors de sa sortie en salles aux USA, en 1969. Un an plus tard, Macadam Cowboy remporte - contre toute attente - trois Oscars (dont celui du meilleur film, devenant ainsi le premier film classé X à gagner la précieuse statuette !) et verra alors sa censure allégée, passant du X à l'interdiction aux moins de 17 ans. D'ailleurs censuré dans plusieurs autres pays, Macadam Cowboy fut interdit aux moins de 12 ans à sa sortie en France.

Situé à New York (ville symbolique du rêve américain, où la pauvreté se dissimule derrière une beauté exacerbée), Macadam Cowboy narre le parcours et les déboires de deux marginaux rejetés par la société, de deux paumés en quête d'une vie meilleure et que le hasard va rapprocher, au gré d'une amitié inattendue.

Blondinet idéaliste, naïf et vulnérable, Joe Buck (Jon Voight, formidable de sensibilité et de mélancolie) quitte son Texas natal et s'établit à New York, avec la ferme intention de mener une carrière de gigolo (quelle femme en effet refuserait les services d'un beau gosse comme lui ?...). Mais à peine arrivé, Joe découvre rapidement la cruauté impitoyable de la ville et de ses habitants, et ses rêves ne tardent pas à s'évanouir. Livré à lui-même, il fait alors la connaissance de Rico Ratso Rizzo (Dustin Hoffman, incroyable et méconnaissable dans ce qui apparaît aujourd'hui comme étant l'un de ses plus grands rôles), un immigré italien maladif et solitaire, magouilleur minable à ses heures perdues et qui va d'abord escroquer Joe avant de le prendre finalement en affection. C'est le début d'une grande amitié, au cours de laquelle nos deux anti-héros constateront qu'ils ont le même rêve commun: partir vivre sous le soleil de Floride, dans l'espoir d'un avenir plus radieux.

À travers l'histoire émouvante de ces deux êtres torturés par la vie, que tout oppose et qui vont malgré tout se lier d'amitié, partageant leur misère et leur dérive; le réalisateur John Schlesinger signe une œuvre âpre et profondément tragique, qui n'est pas sans rappeler << Les Désaxés >> de John Huston, où le cow-boy était déjà représenté comme un mythe en perdition.

Avec Macadam Cowboy, c'est toute une époque qui disparaît, c'est la fin de l'âge d'or du western, les années 70 arrivent et annoncent un grand chamboulement social et médiatique; la libération des mœurs étant en marche. C'est tout cela que raconte Macadam Cowboy, en abordant des sujets alors très tabous, tels que la prostitution masculine ou l'homosexualité. Assez proche - dans son propos et dans sa réalisation - du film phare de Dennis Hopper, << Easy Rider >>, sorti la même année, Macadam Cowboy est un drame aux allures de road-movie tragi-comique, une balade désenchantée et nostalgique dans les quartiers crasseux et glauques du New York des pauvres. Que dire aussi de la musique sublime composée par le maestro John Barry, et en particulier de l'inoubliable chanson Everybody's Talkin' interprétée par Harry Nilsson, que l'on prend toujours plaisir à écouter et à fredonner, plus de 40 ans après ?... Cette chanson légendaire contribua, en grande partie, à la réussite de ce très beau film.

Le seul petit reproche que l'on pourrait faire à Macadam Cowboy, c'est que la mise en scène de John Schlesinger se montre, par moments, un peu difficile à suivre et parfois même confuse, puisqu'elle alterne les flash-back et les retours dans le présent sans vraiment fournir d'explication sur le sens de ces flash-back.

Du coup, on en apprend finalement très peu sur le passé du protagoniste principal, Joe Buck, et c'est dommage car ces flash-back auraient gagnés à être davantage approfondis et exploités; dans la mesure où ils auraient pu nous permettre de mieux cibler le caractère de ce personnage et peut-être aussi de mieux comprendre cette motivation en vérité assez mystérieuse qui le pousse à vouloir devenir un gigolo. Bref, la mise en scène s'embrouille légèrement de temps à autre, mais bon, ça n'altère toutefois en rien l'émotion véhiculée par cette œuvre à la fois atypique et sobre, teintée d'amertume et de mélancolie.

  

EN GUISE DE CONCLUSION:

Si les deux grands thèmes (à savoir la prostitution masculine et l'homosexualité) de ce récit - poignant - d'une errance ne font plus vraiment scandale aujourd'hui, et si la réalisation semble un peu alambiquée et désuète sur certains aspects, Macadam Cowboy est en revanche toujours aussi actuel dans sa description - implacable - de la misère et du rêve américain bafoué; d'autant plus que les compositions du tandem Jon Voight/Dustin Hoffman n'ont absolument rien perdu de leur intensité dramatique et encore moins de leur puissance émotionnelle. Culte.

K.H.

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Lundi 19 avril 2010 1 19 /04 /Avr /2010 16:15

ATTENTION, RISQUE DE SPOILERS !

LES GOONIES (The Goonies)

Film américain

Date de sortie: 4 décembre 1985

Genre: Comédie d'aventures  Durée: 1h49  Tous publics

Conseil personnel: Pour toute la famille.

Disponible en DVD, VHS et Blu-Ray - Couleur

Mickey et Brand Walsh appartiennent au club des Goonies et leur bande est en pleine effervescence: la découverte providentielle d'une carte au trésor va leur permettre d'éviter que des promoteurs immobiliers ne rachètent la maison des parents Walsh. Mais les embûches sont nombreuses et redoutables jusqu'au fameux trésor, et les valeureux Goonies vont s'en apercevoir à leur dépends...

  

LA CHRONIQUE DE KLEINHASE:

Ils se font appeler LES GOONIES. La carte perdue. Le vieux phare. Les cavernes secrètes. Les pièges maléfiques. Le trésor caché. Et... le Cinoque. Prenez part à l'aventure. Cette longue tagline (ou phrase d'accroche, si vous préférez) que l'on peut lire sur l'affiche présentée en tout début de cet article résume admirablement, et avec beaucoup d'humour, ce film irrésistible qu'est Les Goonies (titre qui pourrait se traduire par Les Crétins... avouez que ça sonne beaucoup moins bien !). Réalisé en 1985 par Richard Donner (à qui l'on doit d'autres classiques, tels que << Superman >>, ou << L'arme fatale >>, pour ne citer que ces deux-là), Les Goonies fait partie de ces films aujourd'hui devenus cultes, de ces films inoubliables qui ont marqué toute une génération de spectateurs (en l'occurrence, la génération 80) et dont les personnages nous sont devenus tellement familiers qu'on les retrouve, plus de vingt ans après, toujours avec le même plaisir lorsque l'occasion de revoir le film se présente devant nous, que ce soit par l'entremise d'une rediffusion télévisée ou, tout simplement, grâce à cette fabuleuse technique que l'on nomme DVD (!).

Les Goonies appartient à cette époque prolifique des années 80, à cet âge d'or du cinéma américain où les longs-métrages de genre principalement fantastique, anticipation/science-fiction, aventures, ainsi que héroïc fantasy; avaient alors le vent très en poupe, comme en témoigne la multitude de productions sorties au cours de ces années-là... des productions aussi légendaires et aussi variées que, par exemple, la saga << Retour vers le futur >>, << Blade Runner >>, la saga << Indiana Jones >> ou encore << Willow >>. Les Goonies, lui, se range dans la catégorie des films d'aventures (bien qu'en vérité, il se rapproche plus de la comédie d'aventures un brin satirique que du vrai film d'aventures type Indiana Jones).

Et pourtant, comme on peut le constater en voyant le film, l'esprit Indiana Jones n'est jamais tout à fait loin, et perce constamment au travers de l'intrigue des Goonies. Déjà parce que primo, les (jeunes) héros des Goonies ont tous un petit quelque chose d'Indiana Jones, en version miniature... ce sont des Indiana Jones en culotte courte, pourrait-on dire !...

Ensuite parce que tout comme l'homme au chapeau et au fouet, les explorateurs en herbe des Goonies vont être amenés à vivre, par la force des choses, une épopée rocambolesque, une odyssée abracadabrante; qui va les propulser (malgré eux) dans des situations loufoques, des rebondissements farfelus et des péripéties imprévisibles qui, sans être aussi spectaculaires ou périlleuses que celles rencontrées par celui que l'on surnomme également Indy, ne sont pas exemptes de danger pour autant. Et enfin parce que tout comme ce cher professeur Jones au terme de ces innombrables exploits, les mini-aventuriers des Goonies vont sortir transformés et grandis par cette quête qui les emmènera finalement au bout d'eux-mêmes et leur apprendra à porter un regard différent et plus mature sur les gens et sur les choses.

Toutes ces légères ressemblances, discrètes mais toutefois bien réelles, avec le personnage d'Indiana Jones ne sont en rien anodines, comme on pourrait le croire au premier abord; puisque le scénario des Goonies, qui a été écrit par Chris Columbus, tire en vérité sa source d'une histoire originale imaginée par... Steven Spielberg... qui est en outre l'un des producteurs exécutifs des Goonies !...

Bien que Spielberg n'ait pas mis en scène ce long-métrage (plutôt étonnant, d'ailleurs...), son influence sur les grands thèmes du récit et sur l'ambiance globale - joyeusement barrée - qui règne tout au long de cette œuvre volontairement parodique se ressent néanmoins très intensément à l'écran. Et nul besoin d'être un fervent admirateur de Spielberg pour s'en rendre compte !... Ceux qui connaissent un peu la filmographie de ce géant du 7e Art et ont vu, surtout, la saga Indiana Jones (en même temps, qui n'a pas encore vu cette saga mythique, je vous le demande sérieusement ?!...) n'auront sans doute aucun mal à identifier l'ombre Spielbergienne qui plane au-dessus du scénario des Goonies.

Parlons du scénario, justement. Que dire sinon que l'intrigue, dès le début et une fois passé la longue scène d'ouverture (qui est un véritable morceau d'anthologie et de bravoure à elle toute seule !), se révèle absolument captivante et haletante de bout en bout, bien que de facture très classique ?... En effet, l'histoire en elle-même, si l'on y regarde de plus près, est assez banale et ne dégage rien qui soit véritablement exceptionnel ou novateur pour le 7e Art.

Mais son intérêt et sa force résident ailleurs. Dans une réalisation décapante et survitaminée, qui a le mérite de ne jamais se prendre au sérieux et fait la part belle à l'action et aux gags sur un rythme d'enfer, ne laissant pas le moindre moment de répit aux héros et encore moins au spectateur, qui en prend lui aussi plein les yeux et plein les oreilles sans que jamais le punch fougueux et incroyable de la mise en scène ne se relâche. Peu à peu, le danger permanent qui guette nos jeunes amis devient de plus en plus oppressant et menaçant, les coups de théâtre s'enchaînent à une vitesse effrénée et les courses-poursuites ne manquent pas non plus... on a à peine le temps de reprendre notre souffle qu'un nouveau rebondissement arrive déjà et en annonce un autre encore bien plus grand... autant dire qu'on ne s'ennuie pas une seconde !

Et puis, l'autre atout de la réalisation (en dehors du fait qu'elle soit délicieusement nerveuse et folle), ce sont tous ces petits clins d'œil, à la fois littéraires ou cinématographiques, qui s'incrustent subtilement dans le récit et lui confèrent une aura supplémentaire. On distinguera notamment les clins d'œil faits à << Peter Pan >>, << James Bond >> ou << Inspecteur Gadget >>.

Soulignons aussi que si Les Goonies, d'un point de vue global, est mené tambour battant avec un humour dévastateur et des répliques cinglantes, cela ne l'empêche pas de nous offrir des scènes plus intimistes et volontiers oniriques (comme par exemple la scène dans le Puits des Souhaits, où Bagou s'autorise à récupérer sa pièce de monnaie parce que son souhait ne s'est jamais exaucé; la scène du baiser à l'aveuglette entre Mickey et Andy; ou encore la scène du monologue de Mickey lorsqu'il découvre enfin le trésor du pirate Willy le Borgne), qui font preuve d'une tendresse inattendue et d'une émotion insoupçonnable, prenante parce qu'infiniment surprenante. Derrière toute cette drôlerie et toute cette action se dissimule donc une vraie réflexion sur l'esprit d'équipe, le dépassement de soi et... le rêve. En ce sens, le plan final - d'une magnificence exceptionnelle - illustre à la perfection cette place de choix qu'occupe le rêve dans ce film, et clôt cette formidable aventure de la plus poétique des manières. Le tout sublimé par une bande son à tomber de Dave Grusin, qui réussit à marier dynamisme, sensibilité et rêverie sur des accords harmonieux et des notes enivrantes qui inspirent la jeunesse et la fantaisie de l'enfance. Sans oublier les décors monumentaux et les trucages audacieux !

Menés par Michael Mickey Walsh (Sean Astin), le chef de bande, garçonnet asthmatique et déterminé; LES GOONIES se compose de Clark Bagou - Mouth dans la version originale - Devereaux (Corey Feldman), le bavard de l'équipe, souvent grande gueule dans ses paroles mais dont la connaissance de la langue espagnole sera d'une aide précieuse pour la recherche du trésor; Richard Data Wang (Jonathan Ke Quan), le plus rusé d'entre tous, dont les inventions frisent le génie malgré le fait qu'elles ne soient pas toujours très au point (!); Lawrence Choco - Chunk dans la V.O. - Cohen (Jeff Cohen), le lourdaud (au propre comme au figuré !) de la troupe, petit bonhomme rondouillard, gourmand et terriblement maladroit qui viendra pourtant à la rescousse de ses camarades lorsque ces derniers sembleront condamnés à une mort certaine; et de Brandon Brand Walsh (Josh Brolin), le grand frère de Mickey, jeune homme sportif et raisonnable, farouchement opposé à cette escapade depuis le début et qui s'y retrouve pourtant involontairement mêlé.

Ils seront bientôt rejoints par Andrea Andy Carmichael (Kerri Green), belle jeune fille qui sauvera tantôt ses comparses d'un terrible piège grâce à ses capacités à jouer au piano et dont Brand est fou amoureux; ainsi que par Stephanie Stef Steinbrenner (Martha Plimpton), une amie d'Andy, qui durant toute l'aventure ne cessera de se chamailler avec Bagou mais finira tout de même par reconnaître qu'il est plutôt sympathique derrière sa grande gueule (!). Bref, LES GOONIES, c'est d'abord une bande de joyeux p'tits lurons, tous très truculents dans leurs genres; et dont les tempéraments à priori diamétralement opposés se complètent en fait à merveille, d'autant plus que tous ces jeunes héros sont interprétés avec beaucoup de conviction et de naturel par des bambins attachants, aux frimousses littéralement craquantes, et qui sont en outre très complices les uns avec les autres, ce qui ne fait que renforcer le plaisir du spectateur.

Nos Indiana Jones juniors (!) croiseront sur leur chemin une famille de dangereux malfaiteurs, eux aussi avides de trouver le fameux trésor. Il y a d'abord la mère, Ma Fratelli (Anne Ramsey), femme irascible et impitoyable qui règne en tyran sur ses trois fils: Francis (Joe Pantoliano), Jake (Robert Davi), tous deux plus bêtes que foncièrement méchants; et... Lotney Cinoque - Sloth dans la V.O. - Fratelli (John Matuszak), souffre-douleur de la famille en raison de son physique difforme et monstrueux (attention, ce personnage est susceptible d'effrayer les plus jeunes spectateurs) mais qui, derrière sa laideur, cache un vrai cœur d'or.

Autant dire que les adultes n'ont pas vraiment le beau rôle dans ce film, et c'est bien là que réside la grande similitude avec l'histoire de Peter Pan. Car les enfants des Goonies, en se lançant dans cette aventure, veulent ainsi échapper à un monde d'adultes qui leur semble trop injuste. Et les seuls adultes qu'ils vont être amenés à rencontrer pendant leur périple sont, pour les premiers, des criminels en cavale et, pour les seconds, des pirates morts... ce qui, entre nous, n'encourage pas vraiment à grandir !

Alors certes, tous ces personnages (principaux ou secondaires, mais surtout principaux) peuvent paraître assez stéréotypés et même totalement caricaturaux, que ce soit dans leurs caractères et leur évolution (puisqu'au final, chacun a appris à se servir de ses petits défauts comme d'une grande force), mais cette caricature volontaire n'est absolument pas gênante puisqu'elle s'assume à 100 % et fait donc partie intégrante du jeu, contribuant à apporter à l'histoire une dimension encore plus comique et donc, plus croustillante.

Et puis, cette caricature correspond tout à fait à l'esprit voulu par ce film, qui est, rappelons-le, de divertir le spectateur avec une histoire sans prétention, qui ne se prend jamais au sérieux même si elle se permet tout de même de délivrer une réflexion pertinente (mais pas moralisatrice, c'est là toute sa réussite) sur l'enfance et le rêve.

  

EN GUISE DE CONCLUSION:

Un film fait avec des enfants, par des grands enfants, pour un public d'enfants mais aussi, sans doute, pour les spectateurs plus âgés qui voudraient parfois redevenir des enfants ou qui, du moins, n'ont pas oublié leur âme d'enfant: voilà comment résumer Les Goonies en une phrase. Dieu que le spectacle est jouissif !... On en prendrait bien volontiers une deuxième tournée, n'est-il pas ?...

K.H.

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Mercredi 7 avril 2010 3 07 /04 /Avr /2010 15:00

ATTENTION, RISQUE DE SPOILERS !

ALICE AU PAYS DES MERVEILLES (Alice in Wonderland)

Film américain

Date de sortie: 24 mars 2010

Genre: Conte, fantastique  Durée: 1h49  Tous publics

Conseil personnel: Pour toute la famille.

Couleur

Site officiel

Alice, désormais âgée de 19 ans, retourne dans le monde fantastique qu'elle a découvert quand elle était enfant. Elle y retrouve ses amis, le Lapin Blanc, Bonnet Blanc et Blanc Bonnet, le Loir, la Chenille, le Chat du Cheshire et, bien entendu, le Chapelier Fou. Alice s'embarque alors dans une aventure extraordinaire et dangereuse, au cours de laquelle elle devra accomplir son destin: mettre fin au règne de terreur de la perfide Reine Rouge et vaincre son maléfique dragon champion, le terrifiant Jabberwocky...

  

LA CHRONIQUE DE KLEINHASE:

Nous avons tous en mémoire le conte inénarrable de Lewis Carroll, << Alice au pays des merveilles >>, publié pour la première fois en 1865; et surtout, nous avons tous vu (au moins une fois) dans notre enfance le fabuleux dessin animé du même titre, inspiré de ce conte, et produit par les studios Disney en 1951.

Soixante ans plus tard, la firme aux grandes oreilles a remis le couvert, en acceptant de produire une nouvelle adaptation cinématographique, en chair et en os cette fois, des (més)aventures d'Alice, avec aux commandes de ce projet ambitieux et quelque peu casse-gueule (il faut l'avouer, il n'est pas forcément évident de mettre en images un tel classique de la littérature jeunesse, qui a de plus été déjà maintes fois porté sur le grand écran) l'un des cinéastes les plus créatifs et les plus populaires de sa génération: Tim Burton. Carroll/Burton/Disney: l'affiche était alléchante. Pourtant, à quelques jours de la sortie en salles, c'est la stupéfaction générale: la presse, habituellement très enthousiaste envers les films Burtoniens, n'est pas tendre; et les quelques spectateurs ayant eu l'occasion de le découvrir en avant-première se disent, globalement, déçus. Mais qu'en est-il vraiment, dans le fond ?... Compte-rendu et impressions personnelles.

Mais avant toute chose, précisons d'abord que je ne suis pas une fanatique de Tim Burton, contrairement à la grande majorité des gens qui bavent littéralement d'admiration devant cet artiste hors norme et son œuvre tout aussi hors norme (allez-y, traitez-moi d'inculte, je ne vous en voudrais pas pour ça !).

De Burton, je n'ai vu - à ce jour - que trois films: << Edward aux mains d'argent >> (le seul que j'ai vraiment aimé), << L'étrange Noël de monsieur Jack >> (qui m'a laissée perplexe) et << Charlie et la chocolaterie >> (pas détesté mais pas franchement adoré non plus... un deuxième visionnage serait sans doute nécessaire). C'est donc par pure et simple curiosité, après avoir zieuté quelques brefs extraits sur le web, que je suis allée voir cet Alice au pays des merveilles, sans rien en attendre. Et pourtant, quelle ne fut pas ma surprise en découvrant ce long-métrage !... Parce qu'à mon grand étonnement, j'ai A-DO-RÉ !... Et je ne comprends vraiment pas les nombreuses mauvaises critiques que ce film s'est pris en pleine poire (passez-moi l'expression !), car ces critiques, à mes yeux, ne sont pas justifiées. À croire que les gens ne savent plus rêver... mais venons-en directement au film en lui-même, si vous le voulez bien.

À la fois déjanté et complexe, le scénario, incroyablement riche dans son développement et son analyse pertinente sur la limite entre réel et irréel; est donc une adaptation très libre, comme on le sait déjà, du roman original de Lewis Carroll et surtout de sa suite, intitulée << De l'autre côté du miroir >> et parue en 1871. Ce ton volontairement décalé qui imprègne constamment le récit de Carroll est justement donné dès le début du film, lorsque le père d'Alice lui confie, avec une pointe de malice dans la voix: << Oui, tu es folle. Mais la plupart des gens biens le sont >>. Une phrase à la fois énigmatique et lourde de sens, à laquelle on pourrait répondre par cette citation, véridique, d'Aristote: << Folie(s). Il n'y a point de génie sans un grain de folie >>.

Mais ce qui frappe véritablement dans la construction du film et dans l'évolution de l'intrigue, c'est la manière dont Tim Burton réussit à faire tomber la barrière qui sépare rêve et réalité, utilisant pour cela, avec une discrétion et une élégance rares, des petits éléments (les roses rouges, la cicatrice sur le bras d'Alice, les frères jumeaux et les sœurs jumelles, ou encore la légère ressemblance physique entre le Chapelier Fou et le lord qu'Alice doit épouser... ressemblance physique qui semble résonner comme une représentation de l'idéal masculin d'Alice, lorsque l'on compare les deux personnages et si l'on en croit la relation plutôt ambiguë qu'Alice entretient avec le Chapelier Fou...) qui finissent par se rejoindre dans chacun des deux mondes, laissant ainsi planer le doute et le mystère sur la véracité de l'aventure vécue par Alice au Pays des Merveilles.

Comme par exemple dans cette scène, infiniment touchante, où Alice explique au Chapelier Fou qu'il n'est pas réel, qu'il n'est que le fruit de son imagination... le Chapelier Fou n'existe que parce qu'Alice le veut et y croit de tout son cœur. Jolie façon de nous rappeler qu'il faut toujours croire en ses rêves, même les plus dingues... car le vrai rêveur est celui qui rêve de l'impossible, comme le dit si bien le proverbe.

Autre intérêt et singularité de ce scénario revu et corrigé par Burton: l'héroïne n'est plus une enfant. Alice n'est plus la petite fille naïve et candide que l'on connaissait au travers du conte et du dessin animé Disney, mais une grande et belle adolescente de 19 ans, volontiers rebelle et désobéissante, qui a tout oublié du Pays des Merveilles (comme si, finalement, en grandissant, on cessait subitement de rêver et donc, on oubliait ses rêves passés...) mais sait en revanche ce qu'elle veut et ce qu'elle ne veut pas. Au fil de son voyage dans le Pays des Merveilles, Alice apprendra à découvrir qui elle était et ce qu'elle est devenue... un voyage initiatique, en somme, teinté d'amertume et de nostalgie... mais aussi de maturité, comme en témoigne la sublime fin, où le deuil de l'enfance et l'acceptation du passage à l'âge adulte se font sous l'image métaphorique d'une chenille qui meurt et se transforme en un magnifique papillon s'envolant à la conquête du monde et de la vie, sans pour autant renier ses rêves d'autrefois... Une fin superbe et émouvante, bien plus aboutie que la fin un peu en queue de poisson du dessin animé Disney.

Baroques à souhait, les décors inspirent à la fois l'enchantement et la peur, la noirceur et la couleur, l'espoir et la tristesse, la rêverie et la cruauté. La végétation, tour à tour luxuriante ou oppressante, fait basculer l'héroïne et le spectateur dans un univers pas aussi rose qu'il n'y paraît, peuplé de créatures et de personnages pittoresques, mi-lucides, mi-cinglés.

Les images de synthèse, qui représentent environ 90 % du film, sont en outre très réussies et très jolies sur le plan visuel (bien que je n'ai pas eu la chance, pour ma part, de le voir en 3D) et les effets spéciaux, dans l'ensemble, s'avèrent plutôt grandioses (malgré cette désagréable impression, par moments, d'être plus devant un film d'héroïc fantasy qu'un conte fantastique...). La musique de Danny Elfman, habituel complice de Burton, achève de donner à ce long-métrage cette ambiance si spéciale, mêlant cauchemar et féerie.

Alors oui, évidemment, tout n'est pas parfait non plus dans cet Alice au pays des merveilles version 2010... il faut bien l'admettre, affirmer le contraire serait un mensonge d'une hypocrisie et d'une crétinerie totales. Comme dans tout film qui se respecte, et surtout parce que la perfection absolue n'existe pas, Alice au pays des merveilles regorge de hauts et de bas, de vraies bonnes idées et d'autres qui, sans être foncièrement mauvaises, auraient dû être laissées de côté.

On regrettera quelques scènes complètement ratées, comme par exemple cette fameuse danse du Chapelier Fou, très attendue mais tellement vite expédiée qu'elle en devient ridicule. D'autres scènes en revanche qui auraient sans doute gagnées à être davantage approfondies (notamment cette scène dont j'ai déjà parlé avant, où Alice explique au Chapelier Fou qu'il n'est pas réel). Et également une légère déception vis-à-vis de certains personnages qui n'ont pas été assez exploités ou sont trop stéréotypés pour qu'on puisse s'attacher ou s'identifier à eux (à l'instar de la Reine Blanche, qui manque cruellement d'âme et dont l'excentricité poussée à l'extrême la rend plus agaçante qu'autre chose, hélas...). Mais pourtant, c'est aussi dans ses faiblesses et dans ses défauts que ce film trouve tout son charme et que la magie opère. Car rien, ni personne, n'est parfait...

Arrêtons-nous maintenant sur l'interprétation. Hormis Anne Hathaway, charmante mais malheureusement parfaitement insignifiante en Reine Blanche (la faute à un caractère trop excentrique qui rend ce personnage complètement nunuche et inintéressant), le casting est par ailleurs tout à fait fabuleux.

De Johnny Depp (dont c'est ici la septième collaboration avec Tim Burton !), hallucinant et méconnaissable en Chapelier Fou et mélancolique; à Helena Bonham Carter (Madame Burton dans la vie, c'est d'ailleurs la sixième fois qu'elle travaille sous la direction de son époux !), génialement démente en Reine Rouge tellement obsédée par le coupage de têtes qu'elle en a elle-même attrapé la grosse tête (!); en passant par Matt Lucas, hilarant dans le double rôle des jumeaux Tweedledee et Tweedledum; ou encore Crispin Glover, démoniaque sous les traits d'un valet plus bête que méchant; chacun y va de sa petite touche personnelle pour apporter conviction et charisme à son personnage. Quant à Alice (et oui, n'oublions pas Alice !), elle est interprétée par une jeune actrice encore inconnue (mais sans doute plus pour très longtemps !), d'origine australienne: Mia Wasikowska, véritable révélation de ce film, toute de beauté grave et de douceur, qui s'impose sans problème à notre imaginaire. Son talent éclate ici au grand jour et elle se montre très à l'aise face à tous ces immenses comédiens déjà confirmés, dont elle n'a strictement rien à envier si ce n'est la longue expérience. Bref, une nouvelle venue dans le paysage cinématographique, à suivre de près. De très près.

En résumé, si l'on peut être quelque peu dépaysé, dérouté, irrité, ou tout simplement déçu par le parti pris par Burton, qui a choisi de donner à ce conte intemporel et universel une dimension très épique, saupoudrée de spectaculaire, d'héroïsme et de violence (attention, certaines scènes risquent d'effrayer les plus jeunes, évitez donc d'y aller avec des petits); cela apporte à l'histoire une touche de modernité plutôt bienvenue, qui accentue en outre le caractère déjà particulièrement romanesque (et fou !) du propos. Après, bien sûr, c'est selon les goûts de chacun, et tout dépend aussi avec quels yeux on découvre ce film... est-ce avec nos yeux d'adultes ou nos yeux d'enfants (en l'occurrence, de grands enfants...) ?... Car la beauté, dit-on, est dans l'œil de celui qui regarde...

  

EN GUISE DE CONCLUSION:

Si l'on évite la comparaison (certes difficilement inéluctable) entre le conte de Carroll (que je n'ai d'ailleurs jamais lu, honte à moi !) et le dessin animé de Disney, si l'on veut bien fermer les yeux sur les quelques petits bémols qui viennent parfois rompre cette belle harmonie dont cette œuvre fait par ailleurs preuve du début à la fin, si l'on se prend pleinement au jeu et si l'on accepte, surtout, de traverser le miroir éternel de l'enfance et du rêve que ce récit incontournable nous tend à bras ouverts; alors oui, plus de doute possible, la magie est bel et bien au rendez-vous, plus présente et plus forte que jamais, dans ce divertissement familial de très haute qualité artistique, scénaristique et esthétique. Quoiqu'il en soit et quoiqu'on en dise, ce long-métrage nous fournit une nouvelle preuve que le cinéma, lorsqu'il est fait avec savoir-faire et passion (comme c'est ici le cas), peut également s'avérer être, à sa manière et aussi particulière soit-elle, un sacré Pays des Merveilles, dans lequel on voudrait parfois rester indéfiniment... tout comme Alice, au final...

K.H.



Par kleinhase - Publié dans : ¤ En salles ¤
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Mardi 9 mars 2010 2 09 /03 /Mars /2010 11:31

ATTENTION, RISQUE DE SPOILERS !

FANTASTIC MR. FOX

Film américain

Date de sortie: 17 février 2010

Genre: Animation  Durée: 1h28  Tous publics

Conseil personnel: Pour toute la famille.

Couleur

Site officiel

Écoutant son épouse, Felicity, enceinte, le rusé Mister Fox a renoncé à sa vie de voleur de poules pour devenir éditorialiste dans un journal local. Son fils, Ash, a 12 ans quand la famille accueille dans son foyer son cousin Kristofferson. Peu après, les Fox partent habiter à la campagne, tout près des élevages de trois fermiers particulièrement antipathiques et impitoyables. La vie jusqu'alors paisible (et ennuyante...) de la famille Fox ne tarde pas à être mise en péril lorsque Mr. Fox, plus incorrigible que jamais, ne peut s'empêcher de récidiver, reprenant sa sombre et dangereuse activité de voleur...

  

LA CHRONIQUE DE KLEINHASE:

Premier film de l'année 2010 que je vois (oui, je sais, je suis en retard... mais parmi tous les films sortis en salles depuis le début de l'année, je dois dire qu'aucun - sauf peut-être << Invictus >> de Clint Eastwood... que je n'ai finalement pas vu... - ne m'intéressait vraiment; contrairement en 2009 où, à la même période, il y avait pas mal - trop !... - de films qui attiraient ma curiosité...), première bonne surprise, premier coup de cœur, première étoile dans les yeux.

C'est en feuilletant nonchalamment les pages de mon programme TV (car ce n'est certainement pas sur le petit écran qu'il faut compter pour faire la promo de ce type de film, dont la sortie en salles aura été injustement discrète et limitée; comparée à d'autres films que l'on met excessivement en avant avec parfois un an d'avance sur la date de leur sortie... des films qui, finalement, n'ont rien de vraiment exceptionnel ou grandiose...) que j'ai eu vent de ce Fantastic Mr. Fox. Comme qui dirait, c'est grâce à cette chose étrange qu'on appelle hasard que j'ai pu découvrir ce fantastique (sans jeu de mots !) film. Et force est de reconnaître que ce cher hasard fait décidément bien les choses.

Car j'ai découvert là une vraie perle cinématographique, un petit bijou d'intelligence rare, un long-métrage exquis au goût marginal plus que prononcé et à la saveur délicieusement caustique et loufoque. Un film instantanément, totalement et définitivement hors du temps et de la mode, qui fait véritable figure d'OVNI dans le registre de l'animation d'aujourd'hui.

Avec Fantastic Mr. Fox, un brin de fraîcheur et de folie douce vient de souffler, telle une brise suave et délicate, sur le dessin animé actuel, renouant brillamment ici avec une animation dite à l'ancienne alors que la majorité des dessins animés sont désormais faits... en images de synthèse. Loin d'être un défaut ou un faible, cette méthode d'animation volontairement vieillotte apporte à Fantastic Mr. Fox un charme audacieux et nostalgique, qui respire également l'authenticité et la singularité. Il n'est donc pas exagéré d'affirmer que le cinéma d'animation retrouve, à travers cet ambitieux Fantastic Mr. Fox, ses racines, ses origines, ses lettres de noblesse qui firent jadis sa gloire et sa fortune. Et nous, spectateurs, on (enfin moi, en tout cas !...) ne s'en plaindra pas, à l'heure où la 3D - fabuleuse technique, cela dit !... - a littéralement envahie les écrans... et les esprits (!).

Réalisé par Wes Anderson, personnalité haute en couleur du cinéma américain qui signe d'ailleurs ici son premier film d'animation, Fantastic Mr. Fox s'inspire en fait d'un court roman de Roald Dahl (auteur incontournable à qui l'on doit de nombreux classiques de la littérature jeunesse, comme par exemple << Charlie et la chocolaterie >>), sobrement intitulé << Fantastique Maître Renard >> et paru en 1970.

Le scénario, malin, farfelu et haletant de bout en bout, s'adresse - évidemment ! - en priorité aux enfants, mais sait aussi se faire plus mature et plus complexe dans son fond (et également dans sa forme), interpellant habilement l'intérêt des spectateurs plus âgés en soulevant des questions fondamentales et très actuelles sur le fragile rapport entre la nature, l'animal et l'homme; et sur le devenir de la survie animale, de plus en plus menacée au fil des jours, suite à la pollution, au réchauffement climatique... et à l'être humain, qui détruit son propre avenir en détruisant la faune et la flore qui l'entourent. Outre cette question écologique, plus que jamais d'actualité, l'histoire s'attarde à dépeindre la difficulté de grandir et d'assumer ses responsabilités; et dresse un subtil portrait des relations distantes entre un fils maladroit et peu sportif en admiration devant un père athlétique et rusé, nous rappelant avec élégance les valeurs essentielles que sont la famille, le partage et l'écoute; et livrant au passage un très bel hymne à la différence et à la tolérance.

Virtuose et merveilleuse, l'animation constitue un plaisir des plus jouissifs pour l'œil du spectateur, qui en prend plein les mirettes sans que jamais la magie ne s'estompe ou ne se relâche. Bourrée de vitalité et de génie, l'animation nous emmène effectivement dans un univers visuel de toute beauté, à l'esthétique soignée et raffinée, qui déborde de multiples trouvailles aussi inattendues qu'euphorisantes.

Les décors, tout à fait féeriques, semblent provenir d'un livre pour enfants; dans lesquels les protagonistes, plus pittoresques et truculents les uns que les autres, évoluent avec sensibilité sur un ton résolument moderne et volontairement décalé. L'humour, omniprésent, donne lieu à des répliques proprement cinglantes et hilarantes. L'émotion n'est pas exclue pour autant, puisque le caractère malgré tout très sérieux (et même assez grave, sur certains points que j'ai évoqués plus haut) du sujet alterne gags, rebondissements et autres courses-poursuites tout en jonglant remarquablement avec des jolis moments de pure tendresse, face auxquels la gorge, irrésistiblement, se serre et l'estomac se noue; ce qui ne fait que renforcer encore davantage la force et la profondeur de l'intrigue, et l'attachement que l'on éprouve pour les divers personnages, qu'ils soient principaux ou secondaires (car les seconds rôles qui gravitent autour de notre héros sont développés avec tout autant de finesse et d'inventivité, fait assez rare pour être signalé).

Mais là où l'animation atteint véritablement le degré suprême de l'excellence et de la satire, c'est lorsqu'elle déballe son lot efficace de clins d'œil, à la fois bien envoyés et bien conçus. Les références (principalement cinématographiques) abondent, et le spectateur a tour à tour l'impression d'être devant un croustillant pastiche de << Chicken Run >>, << West Side Story >>, << Les Aristochats >>, << La Grande Évasion >>, ou même, plus surprenant encore, de westerns-spaghettis made in Sergio Leone (!).

Ajoutez à tout cela un doublage hautement décapant et prestigieux, qui est assuré par Mathieu Amalric et Isabelle Huppert pour la version française, et par George Clooney et Meryl Streep pour la version originale (pour ma part, je l'ai vu dans la langue de Molière, excellente bien que peut-être un tantinet monotone par moments); ainsi qu'une musique sublime, mêlant jovialité et retenue sur une mélodie harmonieuse et aussi agréable à entendre pour nos oreilles en affût que l'image qui l'accompagne est agréable à déguster pour nos yeux de spectateurs rêveurs, s'émerveillant de tout avec la naïveté et la candeur si caractéristique d'une enfance bien lointaine vers laquelle cette œuvre poétique nous ramène lentement, par petites touches discrètes et emplies d'une infinie pudeur. Parce que ce film, comme beaucoup d'autres d'ailleurs, nous rappelle une nouvelle fois (et à juste titre !) que chaque adulte a d'abord été un enfant, et qu'il est bon - pour ne pas dire primordial - de s'en souvenir, surtout en ces temps agités, où la difficulté du quotidien nous arrache à notre rêverie et à notre insouciance pour nous plonger dans les méandres de l'âge adulte... la difficulté de grandir et d'assumer ses responsabilités, c'est là le thème même de l'histoire de Fantastic Mr. Fox, ainsi que je l'ai déjà dit (ou plutôt écrit !) précédemment.

Seuls bémols que l'on peut reprocher à ce Fantastic Mr. Fox: un début assez laborieux et un peu maladroit, qui traîne un peu en longueur et tarde à se mettre en place; et quelques petites incohérences dans le déroulement de l'intrigue... enfin, incohérences n'est pas exactement le terme approprié, disons plutôt des oublis, des détails manquants... pour exemple, je citerais le personnage d'Agnès, la jeune renarde dont Ash et son cousin Kristofferson semblent tous deux épris: on ne sait pas trop qui elle est ni d'où elle vient, elle apparaît tout à coup comme un cheveu sur la soupe et disparaît subitement avant la fin (une fin magnifique d'ailleurs, à la fois jubilatoire et en même temps terriblement effrayante de par sa cruelle et désarmante lucidité), sans qu'on sache au juste ce qu'il advient d'elle. Bref, de légers oublis certes regrettables mais néanmoins tout à fait pardonnables. À bien y réfléchir, le seul véritable regret que l'on peut avoir au sortir de la projection, c'est que ce film se termine trop, beaucoup trop vite... flûte alors !...

  

EN GUISE DE CONCLUSION:

Tonique, coloré, dingue, vivifiant, facétieux, drôle: pas de doute, Fantastic Mr. Fox est LE rayon de soleil cinématographique de ces (longues...) vacances d'hiver. Un régal pour toute la famille, en attendant le printemps qui, comme toujours, a l'art (et surtout la manière !...) de se faire désirer. J'hésite entre trois et quatre étoiles, mais étant dans un bon jour (!), je vais lui en attribuer quatre; pour la simple et bonne raison que faire un film comme ça de nos jours est un exercice qui s'avère non seulement foutrement culotté mais aussi et surtout très risqué, ce qui mérite donc un sacré coup de chapeau en même temps qu'un immense merci... oui, bravo et merci monsieur Anderson, pour ce trésor d'humour et de tendresse, qui fait du bien par où il passe. Il y a bien quelques petites (toutes petites !...) faiblesses (lire le paragraphe ci-dessus), mais dans l'ensemble, on se délecte tellement à suivre les aventures mouvementées de Maître Renard qui, par l'odeur alléché... oups, je crois que ceci n'est point le même ramage, j'en conclus donc qu'il est grand temps pour moi de clore mon bavardage si je ne veux pas m'égarer davantage au gré de mon vagabondage... mes hommages, Mister Fox !...

K.H.

Nominations et récompenses obtenues, le détail complet > ICI



Par kleinhase - Publié dans : ¤ En salles ¤
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Mercredi 24 février 2010 3 24 /02 /Fév /2010 14:15

L'alter ego féminin de James Dean: voilà la première pensée qui me vient à l'esprit lorsque l'on évoque le nom de Marilyn Monroe. Ce n'est d'ailleurs pas un hasard si j'ai décidé de mettre Marilyn Monroe à l'honneur juste après avoir rédigé un premier portrait (voir ICI) consacré à James Dean. L'héroïne glamour des << Hommes préfèrent les blondes >> et l'adolescent rebelle de << La fureur de vivre >> partagent effectivement, selon moi, plusieurs points communs: une enfance difficile, une gloire soudaine et définitive, une mort tragique et prématurée, et surtout, un type de rôles bien défini qui leur collera à la peau durant toute leur carrière et les emprisonnera dans une image réductrice (pour James Dean, cette image sera celle de l'éternel jeune premier incompris et bagarreur en quête d'affection; pour Marilyn Monroe, ce sera l'image de la blonde sexy et pulpeuse, mais souvent très nunuche), sous-estimant ainsi leur vrai talent. Et Marilyn Monroe, tout comme James Dean, avait une personnalité et un caractère extrêmement complexes, insaisissables, tourmentés, énigmatiques. Marilyn Monroe: une déesse en détresse.

 Avec Anne Baxter, Bette Davis et George Sanders dans Eve (1950)

Née à Los Angeles le 1 juin 1926, Marilyn Monroe, de son vrai nom Norma Jeane Mortenson, vit une enfance mouvementée et sans bonheur: ne pouvant s'occuper d'elle, sa mère la placera dans plusieurs familles d'accueil, foyers et autres orphelinats. La petite Marilyn ne connaîtra jamais son père et aura, en guise de famille, de nombreux parents adoptifs. Après son premier mariage avec un voisin, ouvrier dans la première usine de drones radio-commandés, Marilyn débute en 1944 une carrière de mannequin et pose pour différentes revues. Son physique avantageux ne tarde pas à la faire remarquer. Elle fait ses premiers pas au cinéma en 1947, dans << Scudda Hoo ! Scudda Hey ! >>, avant d'enchaîner avec << Les reines du music-hall >> et << La pêche au trésor >>, où elle effectue des apparitions mineures. En 1950, sa carrière prend un nouveau tournant, elle joue sous la direction de deux réalisateurs renommés: John Huston, qui la dirige dans << Quand la ville dort >>, et Joseph L. Mankiewicz, avec qui elle tourne << Eve >>.

 Avec Cary Grant et Charles Coburn dans Chérie, je me sens rajeunir (1952)

Mais ce sont des films comme << Chérie, je me sens rajeunir >>, << Niagara >>, << Comment épouser un millionnaire >> ou encore << Sept ans de réflexion >> qui la consacrent véritablement aux yeux du grand public et de la profession. Les triomphes se succèdent (<< Rivière sans retour >>, << Arrêt d'autobus >>, << Certains l'aiment chaud >>...) mais aussi parfois les échecs (<< La joyeuse parade >>, << Le prince et la danseuse >>, << Le milliardaire >>...). Hollywood est à ses pieds, les plus grands metteurs en scène (Howard Hawks, Billy Wilder, Laurence Olivier, Otto Preminger, George Cukor...) se l'arrachent, et elle donne la réplique à toute la crème du 7e Art (Cary Grant, Lauren Bacall, Robert Mitchum, Jane Russell, Tony Curtis, Ginger RogersYves Montand...).

 Avec Jane Russell dans Les hommes préfèrent les blondes (1953)

Entre temps, Marilyn Monroe se sera remariée à deux reprises, d'abord avec le joueur de base-ball Joe DiMaggio en 1954, puis avec le dramaturge Arthur Miller en 1956, son dernier époux, dont elle divorcera en 1961. Durant toute sa vie, on prêtera à l'actrice de nombreuses liaisons, notamment avec John Fitzgerald Kennedy (pour qui elle chantera le mémorable << Happy Birthday, Mister Président >> lors de la célébration d'anniversaire de ce dernier) et son frère, Robert Kennedy. En 1957 et 1958, la jeune femme est victime de deux fausses couches. Peu après, elle aurait également subi un avortement. S'ensuit une lourde dépression dont Marilyn Monroe, déjà très perturbée sur le plan psychologique, ne se remettra jamais, malgré l'aide que plusieurs médecins tentent de lui apporter.

 Arrêt d'autobus (1956)

Peu à peu, elle sombre dans l'alcool et prend de plus en plus de médicaments dont elle devient inévitablement dépendante, et finit même par être internée dans un hôpital psychiatrique dont elle ressortira au bout de trois semaines de soins. Pour ne rien arranger, ses caprices de star, mais aussi et surtout ses incessants retards sur les plateaux et sa difficulté permanente à apprendre ses répliques, lui attirent les foudres de différents cinéastes ou comédiens, à l'image de Clark Gable, avec qui elle aura une relation particulièrement tendue pendant le tournage des << Désaxés >>, film qui permet par ailleurs à Marilyn de retravailler avec le réalisateur qui a jadis lancé sa carrière, John Huston. Dans ce long-métrage sombre, incompris et méprisé à sa sortie, Marilyn partage également l'affiche avec Montgomery Clift et Eli Wallach. En avril 1962, elle effectue quelques prises de << Something's got to give >>, film au tournage maudit, qui restera inachevé.

 Les Désaxés (1960)

Dans la nuit du 4 au 5 août 1962, Marilyn Monroe meurt brutalement (visiblement victime d'une overdose médicamenteuse), à l'âge de 36 ans. Les circonstances de son décès (suicide, accident, assassinat ?...) ne seront jamais élucidées, ce qui ne fera qu'amplifier encore davantage le mythe absolu qui règne, aujourd'hui encore, autour d'elle et de son statut d'icône mondiale. Une écorchée vive s'en est à jamais allée, emportant avec elle, dans sa dramatique descente aux enfers, un trésor précieux qu'elle aura cherché à conquérir pendant toute son existence, sans jamais parvenir à le trouver: l'amour véritable. L'amour d'une mère qui l'a abandonnée dès son plus jeune âge, l'amour d'un père dont elle ignorait l'identité, l'amour des enfants qu'elle n'a jamais pu avoir... et tout simplement, l'amour tout court.

ARRÊT SUR IMAGES:

Avec Louis Calhern dans Quand la ville dort (1950)

Dans Niagara (1953)

Avec Robert Mitchum dans Rivière sans retour (1954)

Avec Laurence Olivier dans Le prince et la danseuse (1957)

Avec Tony Curtis dans Certains l'aiment chaud (1959)

Avec Yves Montand dans Le milliardaire (1960)

Si je l'ai beaucoup aimée dans ses comédies (notamment dans << Les hommes préfèrent les blondes >> et << Certains l'aiment chaud >>) c'est peut-être cependant dans son rôle dramatique des Désaxés que Marilyn Monroe m'a, à ce jour, le plus impressionnée (et encore, je n'ai pas vu toute sa filmographie !). Un rôle d'une rare puissance émotionnelle, un rôle taillé sur mesure pour une actrice qui fut soudainement happée puis brisée par la gloire, un rôle fort et grave qui donne enfin à Marilyn Monroe la véritable (et hélas ultime, puisque Les Désaxés sera son dernier film) occasion de prouver qu'elle est une artiste à part entière, non seulement une artiste comique de génie, mais également une artiste dramatique d'exception. Un rôle tout en nuances et en profondeur psychologique, dans lequel Marilyn Monroe joue en fait son propre rôle et affronte ses propres démons, crevant ainsi l'écran. Cette seule et sublime scène dans le désert où, totalement perdue et ravagée, elle crie violemment à l'encontre des trois personnages masculins incarnés par Clark Gable, Montgomery Clift et Eli Wallach, et semble en même temps se révolter contre elle-même et contre sa propre souffrance, résume admirablement qui était la << vraie >> Marilyn Monroe: une beauté fragile, aux allures de femme fatale.

Ci-dessous découvrez une vidéo-hommage dans laquelle Marilyn Monroe interprète de sa voix suave et inoubliable << I wanna be loved by you >>, chanson phare du film << Certains l'aiment chaud >>.

Site officiel

Nominations et récompenses obtenues, le détail complet > ICI

ELLE L'A DIT:

<< Une carrière, c'est fantastique, mais on ne peut pas se blottir contre elle la nuit quand on a froid... >>



Par kleinhase - Publié dans : Entrée des artistes
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