ATTENTION, RISQUE DE SPOILERS !
MACADAM COWBOY (Midnight Cowboy)
Film américain
Date de sortie: 15 octobre 1969 Date de reprise: 17 décembre 2008
Genre: Drame Durée: 1h53 Interdit aux moins de 12 ans
Conseil personnel: Pour adolescents et adultes.
Disponible en DVD et VHS - Couleur et noir & blanc
Joe Buck, blond et beau gosse, quitte sa petite bourgade du Texas pour monter à New York, où il espère se faire entretenir par des femmes riches. Mais la dureté de la ville lui fait rapidement perdre ses illusions. Seul, sans un sou, il fait alors la connaissance de Rico Ratso Rizzo, un immigré italien chétif, boiteux et tuberculeux. Parce que ce dernier a l'air encore plus seul que lui, Joe accepte de partager son appartement miteux. À l'opposé l'un de l'autre, ils partagent pourtant la même misère dans les bas-fonds new-yorkais, s'accrochant tous deux au même rêve: partir vivre sous le soleil de Floride...

LA CHRONIQUE DE KLEINHASE:
Récemment rediffusé sur Arte (chaîne, je crois l'avoir déjà dit, dont on parle bien trop peu et qui pourtant, est souvent synonyme d'excellence dans son choix de films proposés), dans le cadre d'une soirée Thema consacrée à ce sentiment mystérieux qu'est l'amitié, Macadam Cowboy fait partie de ces nombreux films au parfum de scandale, qui ont inévitablement déclenché la polémique en leur temps puis se sont peu à peu imposés comme des classiques incontournables du 7e Art. Adapté d'un roman - que je n'ai, pour ma part, jamais lu - de James Leo Herlihy (intitulé Midnight Cowboy, qui est aussi le titre original de ce film... dans le jargon de la langue anglaise, il peut se traduire par Gigolo), ce long-métrage de John Schlesinger a bien failli ne jamais voir le jour.
En effet, lorsque John Schlesinger fit part de son désir de porter ce roman sur grand écran, les producteurs se montrèrent plutôt frileux (il est facile de comprendre pourquoi en voyant ce film !); mais le réalisateur ne céda pas et ayant réussi à réunir le budget nécessaire, il commença aussitôt le tournage de ce Macadam Cowboy, classé X lors de sa sortie en salles aux USA, en 1969. Un an plus tard, Macadam Cowboy remporte - contre toute attente - trois Oscars (dont celui du meilleur film, devenant ainsi le premier film classé X à gagner la précieuse statuette !) et verra alors sa censure allégée, passant du X à l'interdiction aux moins de 17 ans. D'ailleurs censuré dans plusieurs autres pays, Macadam Cowboy fut interdit aux moins de 12 ans à sa sortie en France.
Situé à New York (ville symbolique du rêve américain, où la pauvreté se dissimule derrière une beauté exacerbée), Macadam Cowboy narre le parcours et les déboires de deux marginaux rejetés par la société, de deux paumés en quête d'une vie meilleure et que le hasard va rapprocher, au gré d'une amitié inattendue.
Blondinet idéaliste, naïf et vulnérable, Joe Buck (Jon Voight, formidable de sensibilité et de mélancolie) quitte son Texas natal et s'établit à New York, avec la ferme intention de mener une carrière de gigolo (quelle femme en effet refuserait les services d'un beau gosse comme lui ?...). Mais à peine arrivé, Joe découvre rapidement la cruauté impitoyable de la ville et de ses habitants, et ses rêves ne tardent pas à s'évanouir. Livré à lui-même, il fait alors la connaissance de Rico Ratso Rizzo (Dustin Hoffman, incroyable et méconnaissable dans ce qui apparaît aujourd'hui comme étant l'un de ses plus grands rôles), un immigré italien maladif et solitaire, magouilleur minable à ses heures perdues et qui va d'abord escroquer Joe avant de le prendre finalement en affection. C'est le début d'une grande amitié, au cours de laquelle nos deux anti-héros constateront qu'ils ont le même rêve commun: partir vivre sous le soleil de Floride, dans l'espoir d'un avenir plus radieux.
À travers l'histoire émouvante de ces deux êtres torturés par la vie, que tout oppose et qui vont malgré tout se lier d'amitié, partageant leur misère et leur dérive; le réalisateur John Schlesinger signe une uvre âpre et profondément tragique, qui n'est pas sans rappeler << Les Désaxés >> de John Huston, où le cow-boy était déjà représenté comme un mythe en perdition.
Avec Macadam Cowboy, c'est toute une époque qui disparaît, c'est la fin de l'âge d'or du western, les années 70 arrivent et annoncent un grand chamboulement social et médiatique; la libération des murs étant en marche. C'est tout cela que raconte Macadam Cowboy, en abordant des sujets alors très tabous, tels que la prostitution masculine ou l'homosexualité. Assez proche - dans son propos et dans sa réalisation - du film phare de Dennis Hopper, << Easy Rider >>, sorti la même année, Macadam Cowboy est un drame aux allures de road-movie tragi-comique, une balade désenchantée et nostalgique dans les quartiers crasseux et glauques du New York des pauvres. Que dire aussi de la musique sublime composée par le maestro John Barry, et en particulier de l'inoubliable chanson Everybody's Talkin' interprétée par Harry Nilsson, que l'on prend toujours plaisir à écouter et à fredonner, plus de 40 ans après ?... Cette chanson légendaire contribua, en grande partie, à la réussite de ce très beau film.
Le seul petit reproche que l'on pourrait faire à Macadam Cowboy, c'est que la mise en scène de John Schlesinger se montre, par moments, un peu difficile à suivre et parfois même confuse, puisqu'elle alterne les flash-back et les retours dans le présent sans vraiment fournir d'explication sur le sens de ces flash-back.
Du coup, on en apprend finalement très peu sur le passé du protagoniste principal, Joe Buck, et c'est dommage car ces flash-back auraient gagnés à être davantage approfondis et exploités; dans la mesure où ils auraient pu nous permettre de mieux cibler le caractère de ce personnage et peut-être aussi de mieux comprendre cette motivation en vérité assez mystérieuse qui le pousse à vouloir devenir un gigolo. Bref, la mise en scène s'embrouille légèrement de temps à autre, mais bon, ça n'altère toutefois en rien l'émotion véhiculée par cette uvre à la fois atypique et sobre, teintée d'amertume et de mélancolie.

EN GUISE DE CONCLUSION:
Si les deux grands thèmes (à savoir la prostitution masculine et l'homosexualité) de ce récit - poignant - d'une errance ne font plus vraiment scandale aujourd'hui, et si la réalisation semble un peu alambiquée et désuète sur certains aspects, Macadam Cowboy est en revanche toujours aussi actuel dans sa description - implacable - de la misère et du rêve américain bafoué; d'autant plus que les compositions du tandem Jon Voight/Dustin Hoffman n'ont absolument rien perdu de leur intensité dramatique et encore moins de leur puissance émotionnelle. Culte.

K.H.
Nominations et récompenses obtenues, le détail complet > ICI

LES GOONIES (The Goonies)

Ils se font appeler LES GOONIES. La carte perdue. Le vieux phare. Les cavernes secrètes. Les pièges maléfiques. Le trésor caché. Et... le Cinoque. Prenez part à l'aventure. Cette longue tagline (ou phrase d'accroche, si vous préférez) que l'on peut lire sur l'affiche présentée en tout début de cet article résume admirablement, et avec beaucoup d'humour, ce film irrésistible qu'est Les Goonies (titre qui pourrait se traduire par Les Crétins... avouez que ça sonne beaucoup moins bien !). Réalisé en 1985 par
Et pourtant, comme on peut le constater en voyant le film, l'esprit Indiana Jones n'est jamais tout à fait loin, et perce constamment au travers de l'intrigue des Goonies. Déjà parce que primo, les (jeunes) héros des Goonies ont tous un petit quelque chose d'Indiana Jones, en version miniature... ce sont des Indiana Jones en culotte courte, pourrait-on dire !...
Toutes ces légères ressemblances, discrètes mais toutefois bien réelles, avec le personnage d'Indiana Jones ne sont en rien anodines, comme on pourrait le croire au premier abord; puisque le scénario des Goonies, qui a été écrit par
Parlons du scénario, justement. Que dire sinon que l'intrigue, dès le début et une fois passé la longue scène d'ouverture (qui est un véritable morceau d'anthologie et de bravoure à elle toute seule !), se révèle absolument captivante et haletante de bout en bout, bien que de facture très classique ?... En effet, l'histoire en elle-même, si l'on y regarde de plus près, est assez banale et ne dégage rien qui soit véritablement exceptionnel ou novateur pour le 7e Art.
Et puis, l'autre atout de la réalisation (en dehors du fait qu'elle soit délicieusement nerveuse et folle), ce sont tous ces petits clins d'il, à la fois littéraires ou cinématographiques, qui s'incrustent subtilement dans le récit et lui confèrent une aura supplémentaire. On distinguera notamment les clins d'il faits à
Menés par Michael Mickey Walsh (
Nos Indiana Jones juniors (!) croiseront sur leur chemin une famille de dangereux malfaiteurs, eux aussi avides de trouver le fameux trésor. Il y a d'abord la mère, Ma Fratelli (
Alors certes, tous ces personnages (principaux ou secondaires, mais surtout principaux) peuvent paraître assez stéréotypés et même totalement caricaturaux, que ce soit dans leurs caractères et leur évolution (puisqu'au final, chacun a appris à se servir de ses petits défauts comme d'une grande force), mais cette caricature volontaire n'est absolument pas gênante puisqu'elle s'assume à 100 % et fait donc partie intégrante du jeu, contribuant à apporter à l'histoire une dimension encore plus comique et donc, plus croustillante.



ALICE AU PAYS DES MERVEILLES (Alice in Wonderland)


Nous avons tous en mémoire le conte inénarrable de
Mais avant toute chose, précisons d'abord que je ne suis pas une fanatique de Tim Burton, contrairement à la grande majorité des gens qui bavent littéralement d'admiration devant cet artiste hors norme et son uvre tout aussi hors norme (allez-y, traitez-moi d'inculte, je ne vous en voudrais pas pour ça !).
À la fois déjanté et complexe, le scénario, incroyablement riche dans son développement et son analyse pertinente sur la limite entre réel et irréel; est donc une adaptation très libre, comme on le sait déjà, du roman original de Lewis Carroll et surtout de sa suite, intitulée 
Comme par exemple dans cette scène, infiniment touchante, où Alice explique au Chapelier Fou qu'il n'est pas réel, qu'il n'est que le fruit de son imagination... le Chapelier Fou n'existe que parce qu'Alice le veut et y croit de tout son cur. Jolie façon de nous rappeler qu'il faut toujours croire en ses rêves, même les plus dingues... car le vrai rêveur est celui qui rêve de l'impossible, comme le dit si bien le proverbe.
Baroques à souhait, les décors inspirent à la fois l'enchantement et la peur, la noirceur et la couleur, l'espoir et la tristesse, la rêverie et la cruauté. La végétation, tour à tour luxuriante ou oppressante, fait basculer l'héroïne et le spectateur dans un univers pas aussi rose qu'il n'y paraît, peuplé de créatures et de personnages pittoresques, mi-lucides, mi-cinglés.
Alors oui, évidemment, tout n'est pas parfait non plus dans cet Alice au pays des merveilles version 2010... il faut bien l'admettre, affirmer le contraire serait un mensonge d'une hypocrisie et d'une crétinerie totales. Comme dans tout film qui se respecte, et surtout parce que la perfection absolue n'existe pas, Alice au pays des merveilles regorge de hauts et de bas, de vraies bonnes idées et d'autres qui, sans être foncièrement mauvaises, auraient dû être laissées de côté.
Arrêtons-nous maintenant sur l'interprétation. Hormis 
En résumé, si l'on peut être quelque peu dépaysé, dérouté, irrité, ou tout simplement déçu par le parti pris par Burton, qui a choisi de donner à ce conte intemporel et universel une dimension très épique, saupoudrée de spectaculaire, d'héroïsme et de violence (attention, certaines scènes risquent d'effrayer les plus jeunes, évitez donc d'y aller avec des petits); cela apporte à l'histoire une touche de modernité plutôt bienvenue, qui accentue en outre le caractère déjà particulièrement romanesque (et fou !) du propos. Après, bien sûr, c'est selon les goûts de chacun, et tout dépend aussi avec quels yeux on découvre ce film... est-ce avec nos yeux d'adultes ou nos yeux d'enfants (en l'occurrence, de grands enfants...) ?... Car la beauté, dit-on, est dans l'il de celui qui regarde...



FANTASTIC MR. FOX


Premier film de l'année 2010 que je vois (oui, je sais, je suis en retard... mais parmi tous les films sortis en salles depuis le début de l'année, je dois dire qu'aucun - sauf peut-être
Car j'ai découvert là une vraie perle cinématographique, un petit bijou d'intelligence rare, un long-métrage exquis au goût marginal plus que prononcé et à la saveur délicieusement caustique et loufoque. Un film instantanément, totalement et définitivement hors du temps et de la mode, qui fait véritable figure d'OVNI dans le registre de l'animation d'aujourd'hui.
Réalisé par
Virtuose et merveilleuse, l'animation constitue un plaisir des plus jouissifs pour l'il du spectateur, qui en prend plein les mirettes sans que jamais la magie ne s'estompe ou ne se relâche. Bourrée de vitalité et de génie, l'animation nous emmène effectivement dans un univers visuel de toute beauté, à l'esthétique soignée et raffinée, qui déborde de multiples trouvailles aussi inattendues qu'euphorisantes.
Mais là où l'animation atteint véritablement le degré suprême de l'excellence et de la satire, c'est lorsqu'elle déballe son lot efficace de clins d'il, à la fois bien envoyés et bien conçus. Les références (principalement cinématographiques) abondent, et le spectateur a tour à tour l'impression d'être devant un croustillant pastiche de 
Seuls bémols que l'on peut reprocher à ce Fantastic Mr. Fox: un début assez laborieux et un peu maladroit, qui traîne un peu en longueur et tarde à se mettre en place; et quelques petites incohérences dans le déroulement de l'intrigue... enfin, incohérences n'est pas exactement le terme approprié, disons plutôt des oublis, des détails manquants... pour exemple, je citerais le personnage d'Agnès, la jeune renarde dont Ash et son cousin Kristofferson semblent tous deux épris: on ne sait pas trop qui elle est ni d'où elle vient, elle apparaît tout à coup comme un cheveu sur la soupe et disparaît subitement avant la fin (une fin magnifique d'ailleurs, à la fois jubilatoire et en même temps terriblement effrayante de par sa cruelle et désarmante lucidité), sans qu'on sache au juste ce qu'il advient d'elle. Bref, de légers oublis certes regrettables mais néanmoins tout à fait pardonnables. À bien y réfléchir, le seul véritable regret que l'on peut avoir au sortir de la projection, c'est que ce film se termine trop, beaucoup trop vite... flûte alors !...





Avec
Avec Cary Grant et
Avec Jane Russell dans Les hommes préfèrent les blondes (1953)
Arrêt d'autobus (1956)
Les Désaxés (1960)






