Mercredi 7 juillet 2010 3 07 /07 /Juil /2010 15:30

ATTENTION, RISQUE DE SPOILERS !

AZUR ET ASMAR

Film français, belge, espagnol, italien

Date de sortie: 25 octobre 2006

Genre: Animation  Durée: 1h34  Tous publics

Conseil personnel: Pour toute la famille.

Disponible en DVD et Blu-Ray - Couleur

Il y a bien longtemps, deux enfants étaient bercés par la même femme. Azur, blond aux yeux bleus, fils du châtelain, et Asmar, brun aux yeux noirs, fils de la nourrice. Élevés comme deux frères, les enfants sont séparés brutalement. Mais Azur, marqué par la légende de la Fée des Djinns que lui racontait sa nourrice, n'aura de cesse de la retrouver, au-delà des mers. Les deux frères de lait devenus grands partent chacun à la recherche de la Fée. Rivalisant d'audace, ils iront à la découverte de terres magiques, recelant autant de dangers que de merveilles...

  

LA CHRONIQUE DE KLEINHASE:

Petit enfant deviendra grand, il franchira les océans... il sauvera la Fée des Djinns et tous les deux seront heureux, seront heureux... et tous les deux seront heureux, seront heureux... C'est presque, pourrait-on dire, par ces mots (qui une fois mis en musique forment une berceuse des plus envoûtantes, au doux parfum d'Orient) que débute l'histoire d'Azur et Asmar. L'histoire de deux garçons qui s'aimaient comme des frères mais qui vont apprendre, malgré eux, que la vie est pleine d'obstacles et de barrières, et qu'il est parfois nécessaire de se séparer pour mieux se retrouver. C'est à Michel Ocelot, auteur de l'inoubliable << Kirikou et la sorcière >> (1998), que l'on doit ce magnifique Azur et Asmar, présenté au Festival de Cannes en 2006, dans le cadre de la Quinzaine des Réalisateurs; et sorti sur nos écrans en octobre de cette même année.

Après l'Afrique de Kirikou et la sorcière, le cinéaste français nous transportait ici au pays des Mille et Une Nuits, à travers un récit fantastique digne d'Aladdin. Dans l'Europe médiévale, il était une fois Azur, blond aux yeux bleus, fils du châtelain, et Asmar, brun aux yeux noirs, fils de la nourrice, qui les élevait comme des frères, dans un pays vert et fleuri. La vie les sépare brutalement. Mais Azur n'oublie pas les compagnons de son enfance ni les histoires de fées de sa nourrice, au pays du soleil. Devenu grand, il rejoint le pays de ses rêves, à la recherche de la Fée des Djinns. Il y retrouve Asmar, lui aussi déterminé à trouver et gagner la Fée, bravant pour cela tous les dangers et les sortilèges d'un univers de merveilles.

D'une trame de départ plutôt classique (mais qui réserve cependant bien des surprises au spectateur), Michel Ocelot tire une œuvre enchanteresse, à mi-chemin entre le conte de fées et la fable initiatique. S'appuyant sur un scénario en béton, beaucoup plus cousu qu'il n'en a l'air, il réussit à brasser - en seulement 90 minutes, et tout ça sous la forme d'un dessin animé, ce qui n'est pas forcément évident - quelques-uns des thèmes qui lui sont chers.

Des thèmes à la portée universelle et intemporelle, puisque Azur et Asmar parle - avec intelligence et poésie - d'amour, de tolérance, de partage, d'amitié, de paix, de fraternité entre les peuples. Mais le moteur principal de l'histoire d'Azur et Asmar est, par dessus tout, la différence. La différence sous tous ses angles et sous toutes ses variétés: différences physiques, différences culturelles, différences de caractères, différences d'âges, différences d'origines, différences de religions, différences de langues. Azur et Asmar est un film sur la différence, et plus que tout, il est un hymne - vibrant - à la différence. Nos différences, aussi multiples et aussi importantes soient-elles, ne sont pas des obstacles, bien au contraire; elles constituent une force permettant que chaque personne devienne un être unique, à part entière, avec ses qualités comme ses défauts. Azur et Asmar illustre admirablement cela, par l'entremise d'un scénario puissant et passionnant, regorgeant d'idées et de trouvailles tout à fait audacieuses, surtout pour un dessin animé.

On saluera par exemple le choix judicieux (et foutrement culotté, il faut bien le dire !) de Michel Ocelot, qui a volontairement décidé de ne pas sous-titrer en français les passages en arabes de son film. Comme il l'explique très bien dans le petit portrait qui lui est consacré sur le DVD d'Azur et Asmar (voir les bonus), cela permet au spectateur de mieux comprendre ce que ressent le personnage principal, Azur, perdu dans un pays qu'il ne connaît pas, face à une langue qu'il ne comprend pas (ou de manière très vague, en tout cas); et ainsi, de s'identifier plus facilement à lui.

On ne se plaindra donc pas de ce choix (qui ne doit pas rebuter, même si il peut légèrement effrayer), d'autant plus que le DVD permet, si on le souhaite, de voir le film dans ses deux versions; c'est à dire dans sa VO non sous-titrée ou, à l'inverse, dans une version exclusive comportant des sous-titres français pour tous les passages en langue arabe. Et puisque nous en sommes rendus à la symbolique de l'œuvre, arrêtons-nous un instant sur ce titre quelque peu évocateur, Azur et Asmar, déjà très symbolique en lui-même; azur signifiant bleu en français et asmar signifiant brun en arabe; comme aime à le raconter Michel Ocelot dans le petit portrait qui lui est dédié sur le DVD du film (superbe portrait au passage, riche en anecdotes et en secrets sur la naissance et l'élaboration d'Azur et Asmar).

Utilisant pour la première fois la technique de l'animation 3D, par images de synthèse (Kirikou et la sorcière était fait sur le mode de l'animation traditionnelle), le réalisateur livre un long-métrage qui, sur le plan purement visuel, est d'une beauté proprement renversante et sidérante. Personnages, décors, couleurs, finesse des traits et des détails: rien n'a été laissé au hasard et l'animation rime ici avec perfection, atteignant une quintessence rarissime en terme de splendeur et de grandeur artistiques (même les dessins Disney, à côté, paraissent bien fades).

Alors certes, au début, le spectateur peut se sentir un peu dépaysé face à ces personnages que l'on croirait directement sortis des Sims, mais une fois que l'histoire démarre pour de bon et que le film trouve peu à peu son rythme, on s'y habitue et on ne peut à ce moment-là admettre qu'une seule chose; c'est que jamais encore des personnages de dessin animé n'avaient été aussi beaux (et quand je dis beaux, je ne parle pas uniquement de la beauté du dessin en lui-même ou de l'aspect physique des différents protagonistes; mais également de leur beauté intérieure), et surtout, n'avaient semblé aussi réalistes (on a presque l'impression, par moments, de se retrouver face à de véritables acteurs en chair et en os, ce qui est absolument troublant et fascinant !). C'est sans doute ce qui constitue la plus grande réussite d'Azur et Asmar, en même temps que le coup de maître total de Michel Ocelot: l'animation s'efface lentement, et on en oublie que tout ça n'est que du dessin (et quel dessin !).

Comme je le disais plus haut, l'histoire peut - au premier abord - paraître très classique, pour ne pas dire complètement banale. Pourtant, elle se révèle beaucoup plus approfondie qu'elle ne veut bien le montrer au début, et ménage d'étonnantes surprises; que ce soit au niveau des rebondissements (assez imprévisibles dans l'ensemble), ou au niveau des personnages (certains d'entre eux sont tout à fait surprenants, à l'image de Crapoux, de la princesse Chamsous Sabah, ou encore du Lion écarlate aux griffes bleues).

Mais la vraie surprise d'Azur et Asmar réside dans sa fin. Une fin à la fois inattendue et sublime, à la fois grandiose et féerique, à la fois touchante et lumineuse; pleine d'optimisme, de fraîcheur et de gaieté. Une fin qui a le mérite de surprendre agréablement le spectateur dans la mesure où elle évite brillamment l'écueil de l'émotion facile afin d'offrir au récit davantage de complexité, d'intemporalité, d'universalité. Une fin majestueuse, en forme d'apothéose pour un film décidément bien plus surprenant qu'on l'aurait cru. Bref, une fin qui a du sens mais surtout, de l'audace. Beaucoup d'audace.

Côté doublage, il est globalement excellent (bien que les voix des deux protagonistes principaux, Azur et Asmar, respectivement interprétées par Cyril Mourali et Karim M'Riba, manquent peut-être parfois d'un peu de naturel et de conviction). On gardera surtout en mémoire les jolies prestations vocales d'Hiam Abbass (alias Jenane) et de Patrick Timsit (alias Crapoux), lequel semble avoir pris beaucoup de plaisir à doubler cet hilarant personnage. Un plaisir naturellement partagé par le spectateur.

Délicieusement orientale dans ses notes et dans ses instruments, la musique composée par Gabriel Yared baigne le long-métrage de Michel Ocelot dans une atmosphère onirique, dans laquelle on aimerait parfois pouvoir s'abandonner indéfiniment. Si Azur et Asmar est d'abord un régal pour les yeux, il est aussi un régal pour les oreilles, grâce à cette bande originale envoûtante et ensorcelante comme les premières notes d'une comptine enfantine. Régal pour les oreilles aussi grâce aux deux langues (française et arabe) parlées dans le film et qui se mêlent en parfaite unisson, nous faisant ainsi vivre un dépaysement auditif des plus réjouissants.

Avant de conclure, j'aimerais juste en profiter pour faire un petit coup de pub et vous informer que, si vous avez aimé Azur et Asmar et si vous aimez le travail de Michel Ocelot, alors vous devriez aussi aimer le superbe DVD récemment paru aux éditions France Télévisions, Les trésors cachés de Michel Ocelot, réunissant pour la première fois quelques-uns des - nombreux ! - courts-métrages (l'un d'entre eux fait d'ailleurs suite à Azur et Asmar) réalisés par le cinéaste français lorsqu'il n'était pas encore connu. Au total, pas loin de trois heures de courts-métrages, le tout agrémenté de passionnants bonus (présentés par Ocelot lui-même) mettant en lumière le formidable travail de cet artiste pour le moins atypique, retraçant ainsi la genèse atypique d'une œuvre... atypique.

  

EN GUISE DE CONCLUSION:

Avec Azur et Asmar, Michel Ocelot prouve que le cinéma français d'animation a de beaux jours devant lui et n'a strictement rien à envier à nos amis américains. Pour petits et grands, un bijou à ne pas manquer.

K.H.

Nominations et récompenses obtenues, le détail complet > ICI



Par kleinhase - Publié dans : En détail
Ecrire un commentaire - Voir les 2 commentaires
Mardi 29 juin 2010 2 29 /06 /Juin /2010 00:00

- Ce mardi 29 juin 2010 -

C'est l'heure !...

Mais l'heure de quoi, au juste ??... Et bien tout simplement, l'heure de fêter ma quatrième année de présence sur la blogosphère. Si LE TERRIER DE LA LAPINE CINÉPHILE n'existe que depuis un an et demi maintenant, cela fait en vérité quatre ans, jour pour jour, que je blogue. Avant, bien avant que LE TERRIER DE LA LAPINE CINÉPHILE ne pointe le bout de son nez sur la toile d'Allociné, il y eut d'abord LE CINÉMA DE KLEINHASE. Mon premier blog. Ouvert le jeudi 29 juin 2006. Il y a quatre ans. Déjà. Je jurerais pourtant que c'était hier.

Que puis-je dire d'autre que je n'aurais pas encore dit ?... Bon anniversaire ?... Pourvu que ça dure ?... Et rendez-vous en novembre pour les deux ans du TERRIER DE LA LAPINE CINÉPHILE ?...

Par cette chaleur, mieux vaut éviter les longs discours bavards et assommants. Une p'tite coupe* de champagne virtuel suffira amplement, pas vrai ?...

* L'abus d'alcool est dangereux pour la santé. À consommer avec modération.

:-D



Par kleinhase - Publié dans : Humeur
Ecrire un commentaire - Voir les 2 commentaires
Mercredi 23 juin 2010 3 23 /06 /Juin /2010 13:00

ATTENTION, RISQUE DE SPOILERS !

ROBIN DES BOIS (Robin Hood)

Film britannique, américain

Date de sortie: 12 mai 2010

Genre: Aventures  Durée: 2h20  Tous publics

Conseil personnel: Pour adolescents et adultes.

Couleur

Site officiel

À l'aube du XIIIe siècle. Après avoir vu périr le roi Richard Cœur de Lion sur le champ de bataille en Normandie, Robin Longstride, humble archer, regagne l'Angleterre avec trois compagnons. En chemin, ils volent au secours de l'escorte qui rapporte la couronne, victime d'une embuscade. Un chevalier à l'agonie confie à Robin le soin de donner son épée à son père, sire Walter Loxley, un seigneur des environs de Nottingham. Arrivé à Londres, Robin remet la couronne à la reine, qui en coiffe le peu reluisant prince Jean, frère cadet de Richard Cœur de Lion...

  

LA CHRONIQUE DE KLEINHASE:

Robin des Bois. Un nom. Une vie. Un homme. Une destinée. Un justicier. Une aventure. Un héros. Une épopée. Un mythe. Une histoire de légende elle-même devenue légendaire. À lui tout seul, le simple sobriquet de Robin des Bois évoque un individu mystérieux et brave, à la fois rebelle et charismatique, en lutte contre l'injustice et la tyrannie, et qui vole aux riches pour donner aux pauvres. L'archétype même du défenseur de la veuve et de l'orphelin, bourreau des cœurs par excellence et véritable modèle pour les enfants (quel môme, en jouant, n'a jamais tenté d'imiter ou de ressembler à Robin des Bois ?...). Ce personnage (a-t-il seulement existé, au juste ?... Nul ne le sait, et ne le saura probablement jamais...) illustre à merveille tout ce dont le 7e Art - et le spectateur !... - raffole depuis la nuit des temps... ou presque (!): héroïsme à toute épreuve, bagarres, félonie, sens de l'honneur et de la droiture, complots en tous genres et autres guets-apens, romance interdite.

Pour preuve, voici près de 100 ans, depuis une toute première version remontant à 1912, que le brigand de Sherwood est devenu un héros plus ou moins récurrent du grand écran. Entre Allan Dwan (<< Robin des Bois >>, 1922), Michael Curtiz (<< Les aventures de Robin des Bois >>, 1938), Richard Lester (<< La rose et la flèche >>, 1976), ou plus actuellement encore Kevin Reynolds (<< Robin des Bois prince des voleurs >>, 1991 - lire ma récente chronique), nombreux sont les réalisateurs à avoir déjà livré leur propre vision du personnage, dans des adaptations plus ou moins différentes; et tout aussi nombreux sont les acteurs qui ont prêté leurs traits au célèbre hors-la-loi, de Douglas Fairbanks à Kevin Costner, en passant par Errol Flynn et Sean Connery; pour ne citer que les plus connus.

Aussi n'est-il pas étonnant, aujourd'hui, qu'un metteur en scène de l'envergure de Ridley Scott, habitué et spécialiste des fresques à grand spectacle (on lui doit << Gladiator >> et << Kingdom of Heaven >>, entre autres), se penche à son tour sur ce mythe universel et intemporel. Mais comment s'approprier et comment, surtout, personnaliser à sa sauce l'énième relecture d'un récit vieux comme le monde, déjà visité d'innombrables fois au cinéma et, qui plus est, sur toutes les formes et sur tous les tons ?... Le défi s'annonce vite de taille, et le risque de se planter apparaît encore plus immense.

Pour commencer, il semble tout d'abord nécessaire - pour ne pas dire inévitable - de donner un gros coup de jeune à une histoire archi-connue qui, si elle n'a pas pris la moindre ride, sent quand même le déjà-vu, il faut bien l'avouer. C'est alors que Ridley Scott trouve une idée proprement lumineuse et particulièrement alléchante: pourquoi ne pas imaginer de quelle manière Robin est devenu LE Robin des Bois que tout le monde connaît aujourd'hui ?... Pourquoi ne pas imaginer comment la légende de Robin des Bois est-elle née et comment, par la suite, s'est-elle propagée ?... Tout simplement ?... Il n'empêche que le projet n'en reste pas moins ambitieux et périlleux, d'autant plus que ce Robin des Bois version 2010, projeté en ouverture du dernier Festival de Cannes, restera longtemps dans les cartons avant de voir enfin le jour, au prix d'un tournage véritablement... drastique. Mais le tournage en lui-même ne fut pas la seule difficulté rencontrée par Ridley Scott. Ô que non.

Longtemps, bien longtemps avant que le tournage de ce film (initialement intitulé Nottingham) ne débute, c'est le scénario qui pose problème. Remanié à plusieurs reprises, il passera entre différentes mains avant d'arriver à sa version définitive, fruit du travail de Brian Helgeland, Ethan Reiff et Cyrus Voris.

La grève des scénaristes, en 2008, retardera aussi considérablement l'écriture et la fixation du scénario et, par conséquent, la mise en chantier du film. Une fois les problèmes de scénario réglés, il reste encore à définir les lieux de tournage, ainsi que le choix des différents acteurs. Et là aussi, le casting subira de multiples changements avant d'être totalement (et définitivement) établi. Bref, un tournage épique, à l'image du personnage de Robin. Est-ce pour toutes ces raisons, qui perturbèrent sérieusement son lancement, que le long-métrage de Ridley Scott n'est pas aussi abouti qu'on aurait pu l'espérer et fait plutôt figure de demi-réussite, pour ne pas dire demi-échec ?...

Mais parlons d'abord du casting, justement, et de l'interprétation. Pour sa cinquième collaboration avec Ridley Scott, l'inégalable Russell Crowe (qui est aussi l'un des producteurs de ce film, au passage) incarne un Robin des Bois ténébreux et plus viril que jamais, bien que l'acteur m'ait paru un peu fatigué par moments (il faut dire que le tournage, sur le plan physique, n'aura pas été de tout repos pour la star).

Cate Blanchett, toujours aussi radieuse, incarne une lady Marianne très éloignée de la représentation qui nous est habituellement servie à l'écran: loin d'être une écervelée romantique en attente de son prince charmant-vaillant-sauveur (!), SA lady Marianne est une femme de poigne, volontiers batailleuse si cela s'impose (ce qui, pour le spectateur, est un peu bizarre à voir, il faut l'admettre !). Parmi les acteurs secondaires qui gravitent autour du personnage incarné par Russell Crowe, citons notamment Max von Sydow, William Hurt, Kevin Durand, Scott Grimes, Alan Doyle, Mark Addy et Danny Huston; qui interprètent respectivement les rôles de sire Walter Loxley, William Marshal, Petit Jean, Will l'Écarlate, Allan A'Dayle, frère Tuck et Richard Cœur de Lion.

Les méchants de l'histoire, eux, sont tout ce qu'il y a de plus caricatural. Entre Oscar Isaac (alias le prince Jean, plus fourbe et cupide que jamais), Mark Strong (alias Godefroy, l'homme de main infidèle du prince), Eileen Atkins (alias Aliénor d'Aquitaine, la mère du prince Jean, qui baisse les yeux devant son fils), et Matthew MacFayden (alias le shérif de Nottingham, absent pendant quasiment tout le film); les méchants sont ici extrêmement stéréotypés. À vrai dire, beaucoup trop pour être totalement crédibles... mais bon, passons.

Les plus susceptibles se vexeront peut-être aussi de l'image très négative qui est donnée des Français; qui, il faut le dire, n'ont pas vraiment le beau rôle dans cette superproduction; et apparaissent plutôt comme des faire-valoir (voir la scène de bataille finale, où les Français, pas courageux pour un sou, détalent comme des lapins devant l'ennemi...). En parlant de ça, on notera la présence au générique d'une actrice française, Léa Seydoux, qui prête ses traits à Isabelle d'Angoulême, la sensuelle compagne du prince Jean.

Niveau mise en scène, pas grand-chose à reprocher (hormis une curieuse et désagréable impression, par moments, de n'avoir aucun réel fil conducteur dans le montage; certains plans se succédant de manière plutôt expéditive, sans qu'on parvienne toujours à faire le rapprochement entre eux), c'est du Ridley Scott grand cru.

La signature du réalisateur britannique est aisément identifiable, que ce soit dans les scènes de bataille comme dans les diverses reconstitutions d'époque, superbes et absolument monumentales. Ridley Scott est un passionné du Moyen Âge et cela se ressent très fortement à l'écran, bien que son film ne soit pas totalement exempt de petites erreurs historiques et de quelques anachronismes. Non, à bien y réfléchir, le seul véritable regret que l'on pourrait formuler par rapport à la mise en scène, c'est qu'on aurait peut-être souhaité que Ridley Scott s'attarde moins sur l'action, très présente, et privilégie davantage les trop rares scènes intimistes qui parsèment son œuvre. Bon, ce qui est fait est fait, on ne va pas remettre en cause le parti pris par le cinéaste, d'autant plus que ce dernier trouve une nouvelle fois l'occasion d'exprimer sa maîtrise dans l'art de filmer des scènes de bataille comme on les aime, épiques et violentes à souhait.

Mais toute cette déferlente d'action et de combats n'empêche cependant pas Robin des Bois de souffrir de plusieurs longueurs, qui auraient sans doute pu être évitées. Ainsi, on regrettera certaines scènes tout à fait languissantes, bavardes et sans intérêt; et d'autres qui, au contraire, auraient gagnées à être plus approfondies (les scènes où il est question de l'enfance de Robin, par exemple).

Bon, ceci n'est qu'un détail, certes regrettable, mais ce n'est pourtant pas ça qui constitue le gros point faible de ce film. Je vais y venir dans un instant. Avant cela, juste un petit mot pour souligner l'ensorcelante et sublime musique du compositeur Marc Streitenfeld, qui se confond parfaitement avec les images et apporte à ce long-métrage une ambiance littéralement envoûtante, teintée de noirceur et d'héroïsme.

Mais alors, quel est donc le gros point faible de ce Robin des Bois version 2010 ?... Qu'est-ce qui fait que ce Robin des Bois, sans être pour autant un navet, est loin d'être le chef-d'œuvre annoncé ?... Qu'est-ce qui fait que la mayonnaise n'a pas complètement pris ?... Qu'est-ce qui fait que ce film, que j'attendais personnellement avec beaucoup de curiosité et d'impatience (assurément ma plus grosse attente cinématographique de l'année 2010), m'a laissée partir sur un goût amer d'inachevé et de déception (déception moyenne, mais déception quand même...) ?... Et bien, tout simplement, le responsable de cette déception n'est autre que... le scénario. Ironie de la situation: le scénario, après avoir longtemps posé problème aux scénaristes, pose maintenant problème au spectateur (du moins, pour ce qui me concerne); qui se perd dans les fils d'une intrigue particulièrement alambiquée, pour ne pas dire tirée par les cheveux.

Avoir voulu donner un nouveau souffle à l'histoire de Robin des Bois en imaginant de quelle manière il est devenu le redresseur de torts légendaire que tout le monde connaît, c'est très bien, mais qui dit relecture de la légende dit forcément remaniement total du récit initial. Qui dit remaniement du récit dit forcément arrivée de nouveaux personnages. Qui dit nouveaux personnages dit forcément nouvelles motivations. C'est là que le bât blesse: les nouveaux personnages sont nombreux, mais ils ne sont pas suffisamment exploités, et du coup, on a un peu de mal à comprendre leurs motivations, qu'est-ce qui les pousse à faire ceci ou cela (par exemple, pourquoi Godefroy, l'homme de main du prince Jean, s'allie soudainement avec les Français et se retourne ainsi contre son prince ??...). Un autre détail dans le scénario qui m'a également gênée, c'est la façon dont le roi Richard Cœur de Lion est présenté: on le décrit comme un vulgaire pillard, et non plus comme le bon roi mythique, juste et généreux, que l'on croyait connaître jusqu'à présent. Et ce n'est qu'un exemple parmi tant d'autres. Bref, pour faire court, le scénario s'enlise, s'embrouille, la confusion règne en permanence; et ce sont naturellement - et malheureusement - le film et le spectateur qui en pâtissent.

  

EN GUISE DE CONCLUSION:

Si la réalisation et l'interprétation restent honorables malgré quelques légères imperfections, le scénario de ce Robin des Bois, lui, mérite plutôt la mention à revoir. Quel dommage, on a le sentiment, au sortir de la projection, que Ridley Scott est passé à côté de ce qu'il aurait pu faire... distrayant, sans plus.

K.H.



Par kleinhase - Publié dans : ¤ En salles ¤
Ecrire un commentaire - Voir les 2 commentaires
Lundi 24 mai 2010 1 24 /05 /Mai /2010 08:26

ATTENTION, RISQUE DE SPOILERS !

Évocation de la légende de Robert Roy MacGregor, dit Rob Roy, chef d'un clan de deux cents villageois au début du XVIIIe siècle, dans les Highlands, et qui tint tête à une aristocratie félonne et corrompue...

En 1995 sortirent deux films quelque peu similaires dans leur sujet et dans leur genre: << Braveheart >>, réalisé par Mel Gibson, et Rob Roy, du cinéaste Michael Caton-Jones. Effectivement, bien que ces deux films présentent plusieurs différences majeures (notamment pour l'époque où l'histoire est située, BRAVEHEART se déroulant à la fin du XIIIe siècle alors que Rob Roy se passe au début du XVIIIe siècle), force est de reconnaître qu'il existe cependant d'importantes ressemblances dans les grandes trames des récits, et aussi dans les ambiances que dégagent ces deux œuvres, qui semblent se compléter l'une et l'autre. Mais si BRAVEHEART (que je ne suis d'ailleurs même pas certaine - honte à moi ! - d'avoir déjà vu en entier... j'ai dû voir des extraits, tout au plus...) jouit d'une notoriété inaltérable et est considéré comme un classique par la majorité des spectateurs, en revanche, Rob Roy, lui, est un film qui apparaît comme assez méconnu (ou oublié, du moins) et en outre injustement sous-estimé. Alors que ce long-métrage, sans être un chef-d'œuvre absolu, constitue un divertissement de qualité, qui mérite d'être redécouvert et apprécié à sa juste valeur.

De la même manière que BRAVEHEART, qui tirait sa source de la vie d'un personnage historique, Rob Roy s'inspire lui aussi d'un personnage ayant réellement existé, Robert Roy MacGregor, surnommé le Robin des Bois écossais; et dont l'histoire a également inspiré un roman de Sir Walter Scott (à qui l'on doit un autre classique de la littérature, << Ivanhoé >>, aussi porté sur le grand écran à plusieurs reprises, et notamment dans un célèbre film datant de 1952, avec Robert Taylor et Elizabeth Taylor dans les rôles principaux). Mais revenons plutôt à notre sujet de départ, si vous le voulez bien (!). Bien que l'intrigue de Rob Roy soit assez ordinaire, globalement parlant, la réalisation enlevée de Michael Caton-Jones emporte malgré tout facilement l'adhésion, ménageant habilement le suspense et l'intérêt jusqu'à la superbe image finale, aussi inattendue qu'émouvante. Les acteurs (Liam Neeson, Jessica Lange, Tim Roth et John Hurt, pour ne citer que les principaux) sont tous excellents et très convaincants dans leurs rôles respectifs. Si l'on ajoute à tout cela la majesté sans égale des décors naturels et la musique envoûtante du compositeur Carter Burwell, aux notes forcément (!) et délicieusement celtiques (n'oublions pas que ce récit se déroule en Écosse... qui dit Écosse dit musique celtique... logique, non ?...); alors oui, pas de doute, le plaisir est plus que jamais au rendez-vous et l'on passe vraiment un très agréable moment de détente devant ce magnifique film d'aventures historiques, qui, malgré quelques légères longueurs de-ci de-là, reste prenant de bout en bout.

Bref, peut-être pas un chef-d'œuvre mais sûrement pas non plus un navet (contrairement à ce que j'ai pu lire dans certaines critiques...), Rob Roy s'avère être un divertissement emballant et remarquablement joué et orchestré; à voir ne serait-ce que pour la splendeur exceptionnelle de ses paysages écossais, face auxquels, avouons-le, il est bien difficile de rester de marbre. À noter d'ailleurs que Rob Roy a récemment bénéficié d'une toute nouvelle réédition, en Blu-Ray... une occasion idéale, pour ceux qui possèdent un lecteur adapté, de (re)découvrir ce joli film.

K.H.



Par kleinhase - Publié dans : En bref
Ecrire un commentaire - Voir les 1 commentaires
Mercredi 12 mai 2010 3 12 /05 /Mai /2010 08:33

ATTENTION, RISQUE DE SPOILERS !

ROBIN DES BOIS PRINCE DES VOLEURS (Robin Hood prince of thieves)

Film américain

Date de sortie: 7 août 1991

Genre: Aventures  Durée: 2h18  Tous publics

Conseil personnel: Pour adolescents et adultes.

Disponible en DVD, VHS et Blu-Ray - Couleur

En 1193, fuyant les prisons de Jérusalem, Robin de Locksley et son compagnon de croisade, le maure Azeem, regagnent l'Angleterre. Là-bas, une mauvaise surprise attend Robin: son père a été exécuté comme hérétique et son domaine confisqué par le cruel shérif de Nottingham, qui fait régner la tyrannie sur les habitants de la région. Ayant réussi à échapper aux hommes de celui-ci, Robin, Azeem et Duncan, un vieux serviteur à qui les sbires du shérif ont crevé les yeux; se réfugient dans la forêt - réputée maudite - de Sherwood et y rencontrent Petit Jean, chef d'une bande de hors-la-loi. Après une bagarre épique entre Robin et ce dernier, ils deviennent amis, et Robin, Azeem et Duncan se joignent aussitôt à la bande. Tous ensemble, ils vont s'opposer au shérif de Nottingham et essayer de ramener la paix et la justice dans le royaume, tandis que Robin va également tenter de conquérir le cœur de la belle Marianne, sur qui il a été chargé de veiller par un ami défunt...

  

LA CHRONIQUE DE KLEINHASE:

Alors que le très attendu << Robin des Bois >> revisité par Ridley Scott fait aujourd'hui même, en ce mercredi 12 mai 2010, l'ouverture du 63e Festival de Cannes et sort simultanément dans toutes les salles de France, j'aimerais revenir sur l'un des derniers grands films qui ait été consacré à ce personnage de légende: je veux évidemment parler de Robin des Bois prince des voleurs, réalisé par Kevin Reynolds en 1991 (19 ans déjà... bon Dieu qu'ça passe vite !...).

Depuis l'avènement du 7e Art jusqu'à nos jours, le personnage de Robin des Bois fait partie - avec ceux de Lancelot du Lac, d'Ivanhoé ou encore du roi Arthur - de ces héros mythiques que les metteurs en scène affectionnent tant et qui continuent à inspirer le grand écran, qui se régale à adapter - avec plus ou moins de réussite - ses aventures et exploits. Et déjà nombreuses sont les œuvres cinématographiques consacrées à ce justicier au grand cœur.

Parmi les films les plus célèbres relatant l'histoire de Robin des Bois, on garde notamment en mémoire << Les aventures de Robin des Bois >> de Michael Curtiz, tourné en 1938 avec Errol Flynn dans le rôle titre; le << Robin des Bois >> animé des studios Disney, datant de 1973 et dans lequel l'intrigue - transposée dans le royaume animalier - offre à Robin les traits d'un renard rusé et espiègle; ou encore, beaucoup moins connu (j'avoue que moi-même, je ne l'ai jamais vu !) mais qui fait pourtant figure de classique, << La rose et la flèche >> (1976), où Robin est interprété par Sir Sean Connery. Sean Connery qui fait justement une apparition surprise en forme de clin d'œil à la fin de ce Robin des Bois prince des voleurs, le temps d'une scène brève mais ô combien savoureuse, au cours de laquelle on le voit endosser la couronne du bon roi Richard Cœur de Lion (pour notre plus grand plaisir, d'ailleurs !).

Ici, point d'Errol Flynn, point de renard, point de Sean Connery. L'inénarrable héros a le visage et le charme d'un Kevin Costner en grande forme, plus bondissant que jamais, qui l'incarne avec énormément de panache et de conviction, trouvant là l'un de ses meilleurs rôles. Il donne la réplique à un Morgan Freeman magnifique dans le rôle du maure Azeem, l'ami fidèle et valeureux de Robin.

Mary Elizabeth Mastrantonio compose de son côté une très jolie Marianne, tandis qu'Alan Rickman incarne avec une jubilation des plus délectables un shérif de Nottingham parfaitement immonde et affreux. Il ne faut pas oublier non plus de mentionner les différents personnages secondaires qui gravitent autour du protagoniste principal et qui sont interprétés avec talent par des acteurs très enjoués. On saluera plus particulièrement les croustillantes prestations de Nick Brimble (alias Petit Jean), Christian Slater (alias Will Scarlett), Michael McShane (alias Frère Tuck), Michael Wincott (alias Guy de Gisborne), et Walter Sparrow (alias Duncan); entre autres.

L'intrigue - si elle est globalement de facture assez classique - réserve néanmoins son lot de surprises et de nouveautés, et est revisitée avec modernité et intelligence par Kevin Reynolds, qui confère à ce mythe universel une seconde jeunesse et une fraîcheur bienvenue. Certains personnages du récit initial ont par exemple été supprimés (le prince Jean Sans Terre) pour laisser la place à d'autres plus surprenants (à l'instar de l'horrible sorcière associée au shérif de Nottingham, interprétée par l'effrayante Geraldine McEwan).

Orchestrée tambour battant avec un sens inné du spectacle et de l'aventure, la mise en scène multiplie les rebondissements, enchaîne les actes de bravoure, alterne les cavalcades et autres courses-poursuites sur une action non-stop et dans des décors d'une renversante beauté; propres à créer cette ambiance héroïque qui inonde constamment l'histoire et ses personnages. Pour la petite anecdote, plusieurs scènes de ce film ont été tournées autour et dans la Cité de Carcassonne qui, il est vrai, constitue un lieu idéal pour ce type de production (Robin des Bois prince des voleurs n'est d'ailleurs pas le seul film à avoir été tourné là-bas, si je ne m'abuse !). L'ensemble est en outre émaillé d'une bonne dose d'humour, ainsi que d'une délicate touche de romantisme. Enfin, j'ajouterais juste un dernier mot pour souligner la superbe bande originale de Michael Kamen, dont les notes intensément épiques apportent un souffle supplémentaire à la réalisation - déjà très enlevée - de Kevin Reynolds.

  

EN GUISE DE CONCLUSION:

Bagarres, félonie, humour, magie, amour, sorcellerie: tous les ingrédients sont au rendez-vous pour faire de ce Robin des Bois prince des voleurs une ébouriffante réussite et un divertissement familial de haut niveau (pour les plus jeunes spectateurs, attention toutefois à la violence de certaines scènes, qui peut heurter), que l'on prend encore et toujours plaisir à revoir, 19 ans plus tard. Bref, un film qui se bonifie avec le temps, cela étant très probablement dû à la qualité exceptionnelle de l'interprétation et de la réalisation, romanesque et fougueuse à souhait. Pas forcément un chef-d'œuvre, mais du bien bel ouvrage dont on aurait vraiment tort de se priver !...

K.H.

Nominations et récompenses obtenues, le détail complet > ICI



Par kleinhase - Publié dans : En détail
Ecrire un commentaire - Voir les 1 commentaires

Présentation

Créer un Blog

Recherche

Calendrier

Février 2012
L M M J V S D
    1 2 3 4 5
6 7 8 9 10 11 12
13 14 15 16 17 18 19
20 21 22 23 24 25 26
27 28 29        
<< < > >>
Créer un blog gratuit sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus